La statistique tombe le 21 juillet 2026 dans une note de l’Insee, et elle mérite qu’on s’y arrête : 18 % des entreprises implantées en France utilisent au moins une intelligence artificielle. Un bond de huit points en un an, qui ramène l’Hexagone à quelques encablures de la moyenne européenne (20 %). Sauf que la moyenne, comme souvent, dissimule deux réalités très différentes.
Un rattrapage réel, mais à relativiser
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Dans son enquête « TIC entreprises » publiée mardi, l’institut de statistique confirme que la France comble une partie de son retard. Rappel : en 2024, seule une entreprise sur dix déclarait recourir à une brique d’IA. Passer à 18 % en douze mois, c’est un rythme de diffusion inédit dans l’histoire récente des technologies numériques – seule l’adoption du cloud avait connu une pente comparable au milieu des années 2010.
Reste que cette photographie moyenne agrège des situations sans commune mesure. Chez les grandes entreprises (250 salariés et plus), le taux d’usage grimpe à 58 %. Il retombe à quelques pour cent chez les très petites structures. Autrement dit, l’IA ne se diffuse pas de façon homogène : elle épouse la taille des organisations, leur capacité d’investissement et, souvent, la présence d’une équipe technique dédiée.
Deux France de l’IA se dessinent
La seconde ligne de fracture est sectorielle. Sans surprise, l’information et la communication caracolent en tête avec 59 % des entreprises équipées. Derrière, les services financiers et l’industrie manufacturière progressent vite. À l’inverse, le bâtiment, l’artisanat et l’agriculture restent largement à l’écart de la vague, freinés par des usages métiers moins évidents à formaliser et des marges d’investissement plus étroites.
Point intéressant relevé par l’enquête : plus d’une entreprise utilisatrice sur deux combine désormais plusieurs technologies d’IA – génération de texte, analyse d’images, moteurs de recommandation ou automatisation de tâches. La monoculture du seul assistant conversationnel, très visible dans le débat public, ne reflète donc plus la réalité des déploiements en interne. Les organisations qui s’y sont mises tôt empilent les briques et, souvent, en tirent des gains de productivité mesurables.
Les vrais freins révélés par l’enquête
Le plus instructif se cache dans les réponses des entreprises qui, elles, n’utilisent pas encore l’IA. 71 % d’entre elles disent n’y voir aucune utilité – un chiffre particulièrement élevé chez les plus petites, qui peinent à traduire les promesses générales en cas d’usage concrets pour leur métier. À l’autre bout du spectre, 54 % des non-utilisateurs pointent un manque d’expertise, obstacle nettement plus cité par les grandes structures.
Ce double frein – désintérêt d’un côté, pénurie de compétences de l’autre – dessine l’agenda des mois à venir. Pour élargir la base, il faudra à la fois multiplier les démonstrations d’usages sectoriels et former massivement. Les diagnostics récents de la Banque de France, publiés fin mai 2026, allaient déjà dans ce sens en pointant un écart d’adoption qui ne se résorbera pas spontanément.
Ce que ça change pour l’écosystème
Pour les entreprises françaises qui hésitent encore, trois enseignements se dégagent de cette photographie 2025 :
- Commencer petit : les déploiements réussis démarrent presque toujours par un cas d’usage limité – automatisation d’un traitement de facture, aide à la rédaction commerciale, tri de messages entrants – avant de s’étendre.
- Former avant d’outiller : les entreprises qui investissent d’abord dans la montée en compétences de leurs équipes obtiennent de meilleurs résultats que celles qui achètent d’abord la licence.
- Mesurer : sans indicateurs de gain – temps économisé, erreurs évitées, ventes additionnelles – impossible de justifier l’extension d’un pilote au reste de l’organisation.
La suite dépendra beaucoup de la capacité des acteurs publics à accompagner les plus petites structures. La note de l’Insee constate un progrès ; elle ne dit pas encore que le mouvement est irréversible. À suivre dans la prochaine édition annuelle, attendue à l’été 2027.
Questions fréquentes
Quelle part exacte des entreprises françaises utilise l’IA en 2025 ?
Selon l’Insee, 18 % des entreprises implantées en France déclarent avoir recours à au moins une technologie d’intelligence artificielle en 2025, contre 10 % en 2024. La moyenne européenne s’établit à 20 %.
Quels secteurs adoptent le plus rapidement l’intelligence artificielle ?
Le secteur information-communication est en tête (59 % d’entreprises utilisatrices), suivi des services financiers et de l’industrie manufacturière. Le bâtiment, l’artisanat et l’agriculture restent nettement en retrait.
Pourquoi certaines entreprises n’adoptent-elles pas l’IA ?
71 % des entreprises non-utilisatrices déclarent n’y voir aucune utilité pour leur activité, un frein très présent dans les petites structures. 54 % citent aussi un manque d’expertise interne, obstacle davantage mentionné par les grandes entreprises.
Sources
- Insee Première n°2120 – Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025
- franceinfo – Près de 20 % des entreprises implantées en France utilisent au moins une IA
- Banque de France – Entreprises françaises : existe-t-il un écart d’adoption de l’IA ? (mai 2026)
Voir aussi : Technologie & Science, B2B, Entreprise, Service & Conseil, Ecole, Formation & Emploi.












