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LE JEUNE
ET LA PRIERE
Par Dossou
Simon Kossi
Dossou Simon
Kossi est professeur d'Ancien Testament et d'hébreu biblique
depuis 1988 à la Faculté de Théologie Protestante
de Yaoundé et depuis peu, professeur associé à
l'Institut Catholique de Yaoundé.
Introduction
La vie religieuse comporte des pratiques plus ou moins obligatoires,
plus ou moins nécessaires pour la vie de la foi. Les unes
sont connues et acceptées de tous : c'est le cas de la prière
qu'on adresse à Dieu ; le culte dominical auquel on participe,
etc. D'autres sont par contre inconnues ou réprouvées
par certains ; c'est le cas des yeux qu'on ferme pendant qu'on prie,
de la pénitence, de la mortification, etc. Le jeûne
entre dans cette catégorie mais connaît une certaine
vitalité de nos jours. Mais plusieurs se demandent ce que
c'est que le jeûne : son origine, sa pratique, son fondement
biblique et ce qu'il faut faire dans la vie de la foi.
1. DEFINITION DU JEUNE
Le jeûne est une abstinence plus ou moins complète
de nourriture. C'est aussi la période où on s'abstient
de manger soit complètement, soit comme d'habitude soit qu'on
se prive de ce qu'on aime de façon particulière. Certains
parlent de carême pendant le jeûne. Le fait de manquer
de nourriture ou de manquer de temps pour manger est différent
du jeûne.
2. L'ORIGINE DU JEUNE
Le jeûne est une pratique très ancienne. En Orient,
chez les Indous, en Egypte, il est une manifestation de tristesse
qui symbolise un état d'âme : signe de deuil, de frayeur,
d'humiliation, etc.
En Afrique traditionnelle, certaines régions connaissaient
le jeûne et le pratiquaient pour éloigner les calamités
qui les frappaient.
3. LE JEUNE DANS LA BIBLE
La Bible, Ancien et Nouveau Testament, connaît le jeûne.
Dans l'Acien Testament
Le jeûne a été pratiqué dans l'Ancien
Testament en général comme signe de deuil (1 S. 31
: 13 ; 2 S. 1 : 12). Il était aussi la manifestation d'une
humiliation (1 S 7 : 6 ; 1R 21 : 27). Cette humiliation était
considérée comme signe de vertu pour attirer la faveur
de Dieu. Un accent particulier était mis sur la repentance
et l'humilité du cur dont le jeûne est simplement
le symbole (Jr. 14 : 12, JI 2 : 12 ; Za. 7 : 5).
Par le jeûne aussi on se préparait spirituellement
à une entreprise difficile (Est 4 : 16). Le jeûne a
connu des évolutions suivant les époques :
- Avant l'exil intervenu aux environs de 587 avant Jésus-Christ
la loi de Moïse était très brève sur le
jeûne. C'est seulement le jour des expiations qu'un jeûne
sévère était prescrit. (Lv. 16 : 29-31 ; 23
: 27-32). Tous les autres jeûnes avant l'exil sont volontaires,
individuels ou spirituels ou spirituels ou ponctuels (calamité
publique etc.).
- Après l'exil, plusieurs jeûnes annuels ont été
institués pour commémorer des désastres nationaux
(Za. 7 : 5 ; 8 : 19). Ces désastres sont :
· La ruine de Jérusalem et du Temple (2 R 25 : 8)
;
· Le meurtre de Guédalia, Gouverneur du Pays de Juda
après la prise de Jérusalem par Nebucadnestsar. Il
fut traîtreusement assassiné par Ismaël membre
de la famille royale de Juda (2 R 25 : 22-26) ;
· La première invasion des Chaldéenhs (Jr 52
: 6-11) ;
· D'autres jeûnes furent ajoutés : jeûne
de la fête de Purim en souvenir de la délivrance du
peuple au temps d'Esther.
Tous les jeunes s'adressaient à Dieu comme une prière
destinée à épargner à l'homme ou à
tout le peuple une situation de désastre déjà
intervenu ou à venir.
Dans le Nouveau testament
Au début de l'ère chrétienne, les gens jeûnaient
pour diverses raisons :
Les pieux jeûnaient pour attendre l'arrivée du Sauveur
promis par Dieu (Lc 2 : 37)
Certains jeûnaient tout simplement par esprit de piété
: Jean-Baptiste et ses disciples jeûnaient de façon
rigoureuse. Les Pharisiens, dans leur formalisme jeûnaient
deux fois par semaine (Lc 18 : 12) : le lundi et le jeudi en souvenir
des jours où Moïse monta sur la monta sur la montagne
(jeudi) et en descendit (Lundi) (selon la tradition).
Pendant les jeûnes prolongés, les gens étaient
autorisés à manger entre le coucher et le lever du
soleil. C'est le cas durant le Ramadan (dans l'islam).
En général, le jeûne au temps de Jésus
s'accompagnait des manifestations de tristesse comme celui qui consiste
à déchirer ses vêtements, se couvrir d'un sac
ou de linge blanc ou noir ; s'asseoir sur la cendre. Certains s'abstenaient
de tout travail pendant le jeûne.
Jésus apporta un esprit nouveau dans la pratique du jeûne.
Il jeûnait lui-même (Mt. 4 : 1-11) pour se préparer
à son ministère. Il ne supprime pas le jeûne
mais il ne l'ordonne pas non plus à ses disciples (Mt. 9
: 14). Il le considère comme un acte personnel, volontaire
et secret (Mt. 6 : 16-18) destiné avant tout à libérer
l'âme de l'esclavage de la chair pour la rendre plus accessible
à l'action de Dieu.
C'est dans cet esprit qu'il le pratique pour se préparer
à son ministère (Lc 4 : 1-4) et qu'il le recommande,
avec la prière pour recevoir la puissance divine (Mt. 17
: 21).
Dans l'Eglise primitive on jeûne pour se consacrer à
de solennelles entreprises (Hé. 13 : 2 ; 14 : 23). Paul jeûnait
aussi (2 Co. 6 : 5 ; 11 : 27) comme d'autres (Mt. 6 : 16-18) (Rm.
14 : 17 ; Col. 2 : 16 ; 1Tm. : 1-5).
4. JEUNER OU NE PAS JEUNER ?
Etant donné qu'il n'y a aucune recommandation particulière
de Jésus à ce sujet, on ne peut imposer le jeûne
aux chrétiens comme c'est le musulman durant le mois du Ramadan
en Islam.
Toutefois, en voyant tous les exemples de jeûnes faits dans
l'Acien Testament et dans le Nouveau Testament, on peut dire que
le jeûne a souvent des retombés positives pour la vie
spirituelle de l'être humain. Il n'est par impossible qu'il
contribue effectivement à une élévation de
la personne vers le Seigneur Dieu. Ainsi la communion établie
se traduit par un exaucement des prières du croyant devenu
l'ami de Dieu.
Face à certaines situations d'extrêmes difficultés,
nous pesons que le chrétien peut jeûner et attendre
la réponse de Dieu. Ce n'est pas parce que nous aurons jeûné
que nous pourrons forcer la main de Dieu pour qu'il nous répondre.
Dieu sait ce qu'il nous faut et à quel moment il faut. Le
silence de Dieu ne peut être considéré comme
une non-réponse mais comme une invitation à nous poser
de sérieuses questions (David et l'enfant d'adultère).
5. COMMENT JEUNER
Il existe plusieurs manières de jeûner
Le jeûne total
C'est lorsqu'on s'abstient de toute nourriture ou boisson pendant
toute la période du jeûne. Pendant ce jeûne,
on occupe son esprit et son temps par la prière intense pour
hercher la communion totale avec Dieu.
Ce jeûne total peut aller d'une journée à
quelques jours (3,7,9, ou 40 jours comme avec Jésus).
Le jeûne se déroule autour d'une préoccupation
particulière et dans une ambiance de liberté totale.
Quand on y est contraint, il perd toute sa valeur.
Le jeûne partiel
Au lieu d'un jeûne total, on peut choisir de faire un jeûne
partiel. Dans ce cas, on ne s'impose pas l'abstinence de nourriture
ou de boisson. Par contre on peut décider ce dont on veut
se priver pendant la période de ce jeûne. Certains
s'abstiennent de prendre leur petit déjeuner qui leur est
" si cher ". D'autres cessent de fumer, de boire, ou s'abstiennent
de toute autre chose qui constitue leur handicap majeur, sur le
chemin de la vie spirituelle.
Durant le jeûne partiel, il faut aussi prier, lire la Bible
et louer Dieu.
Qu'il s'agisse du jeûne total ou peut-être du jeûne
partiel, il est bon de savoir que la journée de prière
est divisée en 4 quarts et que l'on peut jeûner durant
¼ ou ¾ ou 4/4. Ainsi on a :
1/4
. De 06 h à 9 h ; 2/4
de 09 h à 12 h
3/4
.. de 12 h à 15 h ; 4/4
de
15h à 18 h.
Il y a des gens qui vont au-delà de 18 h. Durant le jeûne,
on supplie Dieu mais mon ne peut lui forcer les mains.
Pour sa part la prière, fait partie de la vie du chrétien.
6. LA PRIERE
Jésus dit : Priez sans cesse. Jésus priait beaucoup.
Il sait que c'est à travers la prière que l'on entre
facilement en communion avec Dieu.
La prière, peut être définie comme le moment
où l'humain parle à Dieu. Il lui adresse aussi ses
demandes dans le cadre de la confession des péchés,
des intercessions etc.
Comme le disait quelqu'un, la prière :
" C'est le moyen que Dieu nous accorde pour l'amener à
vouloir ce que nous voulons, mais elle doit être aussi ce
par quoi nous lui demandons de nous amener à vouloir ce qu'il
veut ".
Tout en priant, nous laissons la liberté à Dieu
d'agir en notre faveur quand et comment il le veut. A cause de cela,
il est bon de savoir que les deux attitudes qu'il convient d'avoir
dans la prière sont : la persévérance et la
confiance.
" Priez sans cesse et ayez foi en Dieu ".
Dieu est toujours prêt à écouter et à
exaucer les prières de ses enfants quelle que soit la position
dans laquelle on la lui adresse. Assis, à genoux, debout,
couché (pour les malades) ou même en route, l'essentiel
est de prendre le moment de prière au sérieux.
Voici un bref schéma d'une prière adressée
à Dieu :
1. Invocation
2. Louange
3. Remerciements
4. Confession des péchés
5. Demande de pardon
6. Intercessions en faveur de tous
7. Conclusion.
Conclusion
La prière et le jeûne vont souvent de pair. On peut
prier sans jeûner mais on ne peut pas jeûner sans prier.
La vie de la foi recommande une attitude de sérieux et
d'obéissance à Dieu.
Que Dieu vous bénisse.
BREVE LECTURE AFRICAINE DU MAGNIFICAT
Luc 1 : 39 - 55
Le terme magnificat signifie en gros : Mon âme magnifie le
Seigneur.
C'est un chant qui est composé sur la forme d'une louange
prophétique. On y voit des idées qu'on connaît
déjà dans l'AT. Il rappelle le cantique de Anne dans
1S 2 : 1-10.
Lu par une communauté africaine, on y trouve dans sa forme
littéraire ou poétique une certaine analogie avec
ce qui se vit dans certaines circonstances :
1. Quand une femme est choquée par une rivale ou par un
supérieur, c'est parle chant qu'elle l'exprime à qui
de droit.
2. Quand on l'on comblée de bonheur, c'est par un chant de
composition originale qu'elle exprime sa reconnaissance. En général,
elle ne s'adresse pas à l'intéressé directement,
mais tout en menant son activité à côté
de la personne, elle se met à chantonner. Les allusions sont
si claires que celui qu'elle loue se reconnaît à travers
ce qu'il entend.
Pour parler de la grandeur de Dieu, Marie a voulu l'exprimer par
le chant et la mélodie.
Par contre, le contenu n'est pas tout à fait original car
il peut arriver qu'on chante quelque chose de connu d'autres personnes.
Le contenu du Magnificat
Deux parties distinctes se révèlent :
- Lc 1 : 39-45 : Les circonstances de la rencontre, Elisabeth-Marie.
- Le chant proprement dit de Marie : Lc 1 : 46-55
Marie rend visite à sa parente Elisabeth comme il est de
coutume de le faire en Afrique. Se rendre visite réciproquement
est une devoir et surtout, lorsqu'il survient un événement
heureux ou malheureux dans la famille.
Ceci fait que l'on accorde une grande importance à la visite
pastorale en Afrique puisque le pasteur est le parent de tous ses
membres-chrétiens.
1. Les versets 41-45 sont une sorte d'éloge que la vieille
Elisabeth fait à la jeune Marie qui deviendra la mère
du messie annoncé.
Comment le sait-elle ? Divinement avertie ? En Afrique, on dira
qu'elle est une voyante.
L'éloge se termine avec une sorte de béatitude de
la personne ou de la " béatification " de la personne
: heureuse celle qui a cru.
2. Marie répond à l'éloge d'Elisabeth en s'adressant
à la fois à Elisabeth et à Dieu ; vv 46-55.
Mon âme exalte le Seigneur. Elle ne cache pas ce qu'elle
ressent. Elle loue Dieu qui lui accorde un si grand bienfait. Elle
reprend à son compte la béatitude du V 45.
Dans son chant, elle ne revient plus sur sa crainte à l'annonce
de l'événement lorsque l'ange Gabriel lui a été
envoyé (v. 26). Elle accepte la nouvelle et est heureuse
d'en avoir une confirmation de la bouche de la vénérable
Elisabeth.
Toutefois, dans le contexte africain la phrase : Car voici, désormais
toutes les générations
(v 49) peut être
considérée comme l'orgueil d'une femme qui se croit
au-dessus des autres. Evidemment quand la joie déborde le
cur, on ne se contrôle pas toujours.
Des versets 50 à 54, elle développe des thèmes
chers aux opprimés. Dieu prend la défense des pauvres
et des faibles. Il vient à leur secours et leur donne même
au-delà de ce qu'ils peuvent espérer. (V. 52-53).
Marie rend grâces à Dieu en montrant que ce qu'il
lui a fait entre dans son projet de tous les temps : venir vers
les humbles et les sortir de leur anonymat selon sa volonté.
Ainsi le Magnificat célèbre la bonté de Dieu
envers tous les humains, mais en particulier envers les pauvres,
les opprimés de tous les temps et de tous les lieux.
C'est une invite à la louange de ce Dieu même dans
nos situations encore difficiles en Afrique et dans le monde.
Les riches ne sont pas exclus de cette louange cas ce qu'ils ont
leur vient de Dieu. Mais les pauvres doivent encore plus le louer
car sa providence ne leur fait pas défaut malgré leur
situation difficile.
Il pourvoit aux besoins de tous ses enfants, malgré tout.
Extrait de "Ma Foi, Je partage" collection
TODAH N° 1
Mise en page réalisée aux Presses de l'UCAC, Campus
d'Ekounou
Université Catholique d'Afrique Centrale.
B.P 11628 Yaoundé. Tél 30 55 08
Décalogue
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