LE
NOM DE DIEU
Le troisième commandement dit : " Ne
prend pas le nom de ton Dieu en vain ". Ou " Tu
ne profaneras pas le nom de Adonaï ton Dieu ".
A partir de ces stipulations, peut-on savoir si
Dieu a un nom propre ? C’est après cela qu’on peut avoir
le sens du commandement.
1 – Le nom dit " propre de Dieu "
Il n’est pas tout à fait correct de parler
du nom propre de Dieu mais on a découvert que parmi tous les
noms qui sont employés pour désigner Dieu il existe UN
qui a été plus ou moins considéré comme
nom propre par le peuple d’Israël. Ce nom a été révélé
à Moïse au cours de la théophanie qui s’est produite
dans un buisson " ardent " alors que Moïse
gardait le troupeau de son beau-père à Horeb. Dans Ex
3 : 14, on pense qu’on peut retrouver les racines du nom propre
de Dieu. En effet là on lit ehyeh asher ehyeh. On a cru
voir dans le mot ehyeh la racine possible de ce qui est considéré
comme nom propre de Dieu. Mais ce qui se présent en fait comme
nom propre de Dieu est le tétragramme divin YHWH.
Ce nom se rencontre déjà dans Gn
4 : 26 où il est dit qu’Enoch fils de Seth invoqua le premier
le nom de YHWH.
Dans Gn 9 : 26, il est aussi question de Béni
soit YHWH, le Dieu de Sem. E. Jacob pense qu’il se pourrait que YHWH
ait été au nombre, des dieux vénérés
par les tribus hébraïques avant l’installation en Canaan.
On pense même que les quénites auraient
utilisé ce nom YHWH pour désigner leur Dieu bien longtemps
avant que l’on ne commence à parler d’Israël.
Dans Ex 3 : 14, le verbe hayah signifie
être ; mais c’est aussi un verbe d’état qui signifie
devenir. Ainsi donc, le Dieu dont il s’agit est un Dieu en devenir.
On explique que la révélation faite à Moïse
a pour but d’expliquer à Israël la nature du Dieu qu’il
adore ou qu’il doit adorer à partir de la sortie d’Egypte. C’est
un Dieu en devenir, un Dieu dynamique. Kiyongo pense que ce Dieu en
devenir est celui qui se révèle comme le Dieu puissant
face aux dieux égyptiens et des autres nations. L’expression :
" Je suis qui je suis " a été
compris parfois comme ceci : " Je ne veux pas ou je
ne peux pas dire qui je suis ".
Ainsi donc le nom YHWH ne saurait exprimer totalement
le mystère de Dieu. On ne peut enfermer Dieu dans des mots. Il
se présente comme le Dieu qui engage dans le service après
avoir libéré.
Il existe d’autres tentatives d’explications pour
expliquer l’origine probable de ce nom.
Interjection Yah qui viendrait d’une excitation
lors du culte (transe)
On pense aussi qu’il faut remonter au mot havah
qui signifie entre autres tomber. Ceci fait penser à l’idée
que YHWH faisait tomber la foudre à cause de sa puissance.
Il existe plusieurs autres hypothèses qui
sont toutes aussi précaires les unes que les autres.
Il est à noter que le nom propre représente
la personne elle-même. Ainsi, selon certaines traditions " africaines ",
connaître le nom propre de quelqu’un, c’est le posséder,
c’est être en mesure de faire de celui-là ce qu’on veut.
On peut donc tirer comme conclusion, que l’ambiguïté
avec laquelle Dieu révéler son nom dan Ex 3 : 14
signifie que Dieu ne veut pas révéler sa vraie personne
à bon marché. Ainsi donc avec la troisième stipulation,
Dieu refuse que l’homme utilise son nom en vain.
Pour l’Israélite, il est formellement interdit
d’appeler ce nom à tel point que sa vraie appellation a été
oubliée à travers les âges. C’est pourquoi depuis
longtemps (2e temple), pour lire le nom de Dieu on dit Adonaï
(mon Seigneur). Plus tard, dans un effort de rappel du nom, certains
ont pensé à un mot comme Yahvé, Yahou, Jéhovah
etc.…
Question : En Afrique,
l’adepte peut-il appeler le nom de la divinité qui le " possède "
impunément ? Peut-on reconnaître le nom de la divinité
à travers le nom théophore de l’adepte ?
2 – Elohim, El, le nom générique
de Dieu
Dans le prologue, Dieu se présente comme :
Adonaï ton Elohim. Le Dieu d’Israël est appelé Elohim.
C’est aussi le même mot qui est employé
pour parler des divinités des autres voisins d’Israël. Ceci
montre que le nom Elohim est utilisé pour désigner Dieu
chez plusieurs peuples sémitiques. La racine El (ilu, allah)
intervient dans l’appellation générique de Dieu dans les
langues sémitiques sauf chez les Ethiopiens.
Mais quelle est l’origine de ce nom Elohim ?
Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet :
- Il viendrait de la racine ‘oul qui signifie
être fort, puissant. Ainsi celui vers qui on marche. Le Père
Lagrange d’ajouter que El est celui vers qui on se dirigeait pour rendre
un culte.
- E. Jacob pense aussi qu'il viendra de 'ol
mais donne l'étymologie que propose Noeldeike qui est : être
devant, être le premier. Dieu serait l'être devant, le Premier
de tout.
- Certains rapprochent ce nom de la préposition
'el qui signifie vers. Ainsi, Lagarde Paul dit que El était
é exclusivement en poésie. Les diverses tentatives pour
trouver l'origine du nom Elohim sont presque toutes restées au
niveau des hypothèses.
Ce qui est certain est que EL a représenté
l'appellation de plusieurs dieux locaux. Ainsi, le dieu local de Jérusalem
s'appelait Elyon qu'on traduit par le dieu très-haut. Jérusalem
étant considéré depuis toujours comme la grande
ville, le dieu qui la gouvernait était considéré
comme le créateur des cieux et de la terre. Selon E. Jacob El
Elyon "a réuni dans sa personne toutes les fonctions ailleurs
réparties entre plusieurs divinités".
Les pères avaient leurs dieux et lorsque
les Israélites se sont constitués en un seul peuple (soit
par lien de sang, soit par amphictyonie) YHWH a pris la place de ces
différent dieux car il ne pouvait tolérer les autres à
ses côtés à cause de la jalousie.
Il prend les fonctions de tous les autres El comme
le baal Cananéen. Il s'est d'abord appelé Elyon. L'appellation
Elohim a été interprétée comme le résultat
de cette accumulation des fonctions de chaque El. Mais d'autres ont
pensé que le nom Elohim doit être pris comme un pluriel
intensif. Cf les cieux Shamayim, l'eau, maim etc.
Elohim peut être aussi pris comme un pluriel
de majesté.
L'appellation de Dieu en El remonte à des
temps très anciens puisque plusieurs personnes des temps anciens
ont porté des noms qui ont trait à l'adoration du Dieu
El.
Ex : Gn 4 : 18, Mehouyaël, Metouchael etc.
Les noms théophores anciens prouvent que
El est connu et adoré des peuples Sémites depuis de longues
dates.
Le terme Elohim est très fréquent
dans les textes de la source E. comme Yahvé est fréquent
chez J.
En dehors du nom propre et du nom générique
de Dieu, il existe autres appellations pour désigner Dieu. Ce
sont El Shadday, Yahvé, Tsébaoth, Adon, Baal Melek.
Question : L'importance des
noms théophores en Afrique.
3- Le sens du commandement
Le mot lashave est le plus souvent traduit
par en vain. Le mot shave signifie entre autres : mensonges,
fausseté. Dans le cas où l'un des deux sens est retenu,
le commandement serait en train d'interdire que l'on utilise le nom
de Dieu dans une mauvaise intention. Ainsi donc, il serait interdit
d'utiliser le nom de Dieu pour couvrir un mensonge ou pour accabler
un innocent injustement lors d'un procès.
D'un autre côté, le même mot
signifie, inutile ; ce qui est vain. Son sens adverbial est inutilement,
en vain. C'est pourquoi lashave est rendu par en vain, inutilement.
Le nom de Dieu a une valeur qui doit être
respectée. On ne peut et on ne doit pas utiliser ce nom pour
mentir, ou même pour se faire justice. On ne doit non plus utiliser
le nom de Dieu dans des situations injustifiées. On ne doit pas
l'utiliser ni dans la malédiction, ni dans des bénédictions
injustifiées. Ce commandement doit protéger le nom de
YHWH contre l'usage injustifié qu'on pouvait en faire lors d'un
serment ou d'une malédiction et en particulier dans la sorcellerie.
Il s'agit aussi de ne pas user du nom de YHWH comme d'une chose sans
valeur, de ne pas traiter comme un objet profane ce Nom révélé
solennellement à Israël.
Il s'agit pour l'homme de n'utiliser le nom de
Dieu que lorsque son emploi se justifie absolument. On ne doit pas penser
manipuler Dieu à travers son nom car possède le nom, possède
la personne qu'il désigne. C'est pourquoi, certains pensent que
les noms de divinités jouent un grand rôle dans les exorcismes
et les textes magiques ont une grande place dans la littérature
orientale ancienne.
Nous dirons pour terminer que ce 3e
commandement montre l'un des raisons pour lesquelles la révélation
du Nom "propre" de Dieu est restée si obscure. Dieu ne
veut pas que l'homme connaisse entièrement son nom de peur qu'il
ne l'utilise abusivement pour atteindre ses objectifs et parfois égoïstes.
Ex : Que penser de la bénédiction
de Jacob et d'Esaü par leur père Isaac ?