L'IMAGE DANS LE DECALOGUE ET DANS L'AT
Le 2e commandement stipule : "Tu ne te
feras aucune image taillée". Certaines versions disent " Tu ne
te feras pas de statue". Maillot écrit : "Tu ne feras pour toi
aucune image travaillé".
Ce commandement pose un certain nombre de problèmes
:
Qu'est-ce que l'image dans le décalogue ? Y
a-t-il un lien entre image taillée et idole ? Comment comprendre
le sens de l'expression : l'homme est créé à l'image
de Dieu etc.
Le décalogue utilise le mot phèsèl
dans la 2e stipulation.
Ce mot vient de la racine phasal qui signifie
: tailler, sculpter.
Le substantif phèsèl exprime souvent
l'idée d'image taillée, sculptée (qui peut éventuellement
servir d'idole).
Il exprime aussi l'idée d'image tout court ou
de statue, ou d'objet fondu. Dans le décalogue le phèsèl
est explicitée par le mot temounah dont la racine inusitée
est manah. La signification de cette racine est incertaine mais
on pense que le mot signifierait :
Compter ou destiner, fixer établir etc. Le mot
temounah signifie image, ressemblance, forme, apparence.
Dans Dt 27 : 15, il est fait mention de massékah
généralement rendu par image en fonte (Ex 32 : 4),
mais aussi image sculptée.
L'AT connaît plusieurs cas d'images. Mais
ce sont les fouilles archéologiques qui ont montré que
les Israélites avaient beaucoup d'imagination artistique pour
faire des statuettes qui selon Nagel "semblent bien représenter
les bons dieux de la vie de tous les jours ; importance. On a trouvé
des encensoirs ou des supports ornés de représentations
d'animaux et de divinités".
Ex 25 : 18-22 et autres textes de l'AT évoquent
les Kerouvim qui sont des fabrications ornementales du couvercle de
l'arche de l'alliance. Ce sont des sortes de représentations
de créatures à formes humaines qui ont des ailes. Ce sont
des images qui "ont des fonctions de gardiens devant la présence
invisible de Dieu.
Le serpent d'airain élevé au désert
par Moïse n'était pas adoré au début mais
son importance a conduit les générations postérieures
à lui vouer un culte.
Son image qui se trouvait dans le temple de Jérusalem
a été détruite par le roi Ezéchias considéré
comme un roi juste qui a purifié Israël des stèles
qui servaient de lieu de culte.
Le veau d'or d'Ex 32 est considéré
comme une représentation de Dieu condamné par Moïse
le représentant d'Adonaï parmi son peuple. Le mot idole
est rendu par ètsèv.
Ce mot vient de la racine verbal "atsav" qui
signifie entre autres : chagriner, affliger, irriter, mais aussi former,
travailler, créer.
ètsèv est rendu par image, idole,
ouvrage, douleur, travail pénible. 1S 31 : 9. Le terme est
plus fréquent dans les livres prophétiques que dans les
autres livres de l’AT quand il fait allusion aux idoles qu’on adore
Es 48 : 5 ; Jr 22 : 28.
Les fouilles archéologiques ont montré
qu’il y avait eu des représentations de la divinité chez
les peuples Sémites de la Mésopotamie. Ce n’était
pas le cas chez les autres Sémites sédentaires ou nomades.
Chez les Sémites de Mésopotamie : " On
adorait des montagnes, des sources, des arbres, des blocs de pierre.
Ceux-ci ne représentaient pas vraiment la divinité, mais
les dieux s’incarnaient en quelque sorte dans ces objets ".
L’AT montre que les patriarches connaissaient la
pratique du symbole du lieu sacré. C’est ainsi que Jacob a dressé
en mémorial de l’apparition de son Dieu la pierre sur laquelle
il avait posé sa tête durant sa nuit à l’endroit
qu’il nommera Béthel par la suite selon Gn. 28 :
11-22.
Gédéon brûle le pieu sacré
qui était l’idole de son clan ; Jg 6 : 25-32.
Les Israélites ont fabriqué le veau
d’or qui aurait été l’œuvre d’Aaron Ex 32 : 1-6
On a pensé que la représentation
animale était une influence égyptienne et que c’est plus
tard que cela a été réprouvée dans le milieu
israélite.
Par contre il y a eu des idoles de dieux " domestiques ".
C’est ainsi que Rachel a dérobé les Téraphim de
son père Laban selon (Gn 31 : 31-35). Le Téraphim
que Mical, fille de Saül a mis dans le lit pour faire croire que
David était malade est une autre allusion aux idoles 1S 19
11-17.
Les idoles représentant des divinités
sont traitées avec des égards dus à un dieu comme
dans Ex 32. Là, le peuple d’Israël a dansé devant
le veau d’or. D’autres textes font allusion çà des situations
similaires : Gn 28 : 18, 1R 19 : 18, Os 13 : 2.
La condamnation des idoles et des images de divinités
a été forte plus tard. Au début, on ne condamnait
que les images taillées dans des métaux recherchés.
Ainsi donc nous dirons que dans les représentations des divinités,
l’image représentait la divinité et elle est donc vue
comme une idole. Toute image taillée représentant une
divinité est une idole qui devient concurrent d’Adonaï,
le Dieu d’Israël. C’est pourquoi, il est interdit de faire des
images taillées.
Mais qu’entendre par l’homme est créé
à l’image de Dieu ?
Dans Gn 1 : 26 il est écrit :
" Dieu dit : Faisons l’homme à notre image
selon notre ressemblance ".
Deux mots sont importants ici : kidemouténou
et betsèlèm.
Outre les sens précédemment donné
au mot tsèlèm, il peut aussi signifier : ombre, ténèbres,
fantôme Ps 39 : 7. Il est également rendu par image,
figure Gn 1 : 26-27, 5 : 3.
Il signifie aussi dorme, illusion, image. On rencontre
quelques fois les mots tsèlèm et ètsèv
pour différencier l’image et la manière.
Le mot demout vient de la racine damah
qui signifie ressembler, être semblable, comparable.
demout est rendu par image, forme, ressemblance,
similitude, modèle.
Dans Gn 1 : 26, dire que l’homme est fait
à l’image de Dieu et à sa ressemblance a été
interprété de la façon différente par diverses
personnes. Certains disent qu’il ne faut pas séparer tsèlèm
(image) et demout (ressemblance) car l’un complète l’autre.
Les deux termes visent l’homme tout entier corps et esprit.
D’abord en tant qu’image de Dieu, l’homme est complètement
différent des autres créatures surtout par sa sagesse.
Von Rad dit pense que l’homme est placé très haut au-dessus
de toute créature mais sa qualité de créature lui
impose pourtant aussi une limite vers le haut.
En tant que ressemblance, il est possible de penser
à une certaine identité avec Dieu. Mais l’expression " Faisons
l’homme à notre image " interdit de ramener à
Dieu seul l’identité de cette ressemblance avec lui.
En effet, certaines interprétations disent
que le " Faisons " se rapporterait
à Dieu et à la cour céleste autour de lui. Ces
êtres célestes pourraient être des anges.
La Septante pense que les Elohim pourraient être
les anges. L’homme n’aurait donc pas la ressemblance parfaite de Dieu
mais celle de certains êtres très proches de lui. Cette
idée semble être étayée par le Ps 8 qui dit
que : " Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à
lui ? Tu en as presque fait un dieu ".
" Tu l’as créé de peu
inférieur à Dieu ". Selon cette version
de L. Segond, l’homme, image de Dieu n’est donc pas un prototype de
son créateur.
Comme le pense d’autres, ce qui est décisif
dans cette qualité d’image de Dieu, c’est sa fonction à
l’égard du monde. L’homme est aussi bien responsable des autres
êtres crées par Dieu que de l’homme son semblable.
L’homme en tant qu’image est responsable de la
création. Cette déclaration va plus loin que celle de
ceux qui disent que l’expression " l’homme, image de Dieu "
est seulement liée à ses capacités intellectuelles
supérieures à celles des autres créatures.
Pendant longtemps, plusieurs autres théologiens
ont pensé que le terme tsèlèm désigne quelque
chose de concret.
E. Jacob citant Paul Humbert écrit que :
" Le verdict sémantique est péremptoire :
l’homme d’après P a le même aspect (extérieur) que
la divinité dont il est la tangible effigie et le substantif
stèlèm ne fait pas plus dans ce cas que dans les autres
aucune allusion à une similitude spirituelle ".
Cette tendance pense que l’homme serait comme Dieu,
mais cette image est tempéré par le terme demout (ressemblance).
E. Jacob lui-même : pense qu’il devait avoir une allusion
extérieure à Dieu dans le terme image.
L. Koehler pense que " l’image de
Dieu consisterait dans la position verticale de l’homme qui le différencie
des animaux ".
C. Westermann dit pour sa part que : "
l’homme est image en tant que être entier ". Il
ne faut pas voir dans ces déclarations un aspect particulier,
mais c’est la totalité qui se trouve décrite.
Nous dirons que l’élément spirituel
doit être probablement plus fort que l’élément matériel
dans l’homme image de Dieu. Il ne paraît pas raisonnable de donner
aux termes images une valeur d’image plastique qui donnerait une ressemblance
physique en tout point de vue avec Dieu. Comme image, l’homme est créé
pur sans péché avec des capacités énormes
que même la chute n’a pas complètement effacé. En
tant qu’image, le créateur lui a conféré une domination
sur les autres créatures. Domination se traduit dans son sens
de responsabilité. Il ne sera vraie image que dans la mesure
où il se reconnaît comme chargé de continuer l’œuvre
de création de Dieu. C’est pourquoi il a été responsabilisé
par le créateur qui le plaça dans un jardin qu’il est
appelé à cultiver malgré que sa nourriture lui
soit donnée dans cet endroit. Dieu l’a doté de toutes
les facultés qu’il lui faut pour réussir à sa mission.