Le GIE WAGNE-internet Présente : DOSSOU SIMON KOSSI
LE DECALOGUE
Une Interpellation pour la vie quotidienne

SOMMAIRE

Avant-propos

Brève histoire du Décalogue

Etude thématique

Le don du Décalogue

Le prologue

Israël, peuple de Dieu

YHWH et les dieux

L'image dans le Décalogue et dans l'AT

La Sainteté et la Jalousie de Dieu

Le nom de Dieu

Le jour du shabbat

Les relations parents-enfants

Le respect de la vie humaine

Le respect du mariage

Le respect du bien d'autrui

Le faux témoignage

La convoitise

 

L'IMAGE DANS LE DECALOGUE ET DANS L'AT

Le 2e commandement stipule : "Tu ne te feras aucune image taillée". Certaines versions disent " Tu ne te feras pas de statue". Maillot écrit : "Tu ne feras pour toi aucune image travaillé".

Ce commandement pose un certain nombre de problèmes :

Qu'est-ce que l'image dans le décalogue ? Y a-t-il un lien entre image taillée et idole ? Comment comprendre le sens de l'expression : l'homme est créé à l'image de Dieu etc.

Le décalogue utilise le mot phèsèl dans la 2e stipulation.

Ce mot vient de la racine phasal qui signifie : tailler, sculpter.

Le substantif phèsèl exprime souvent l'idée d'image taillée, sculptée (qui peut éventuellement servir d'idole).

Il exprime aussi l'idée d'image tout court ou de statue, ou d'objet fondu. Dans le décalogue le phèsèl est explicitée par le mot temounah dont la racine inusitée est manah. La signification de cette racine est incertaine mais on pense que le mot signifierait :

Compter ou destiner, fixer établir etc. Le mot temounah signifie image, ressemblance, forme, apparence.

Dans Dt 27 : 15, il est fait mention de massékah généralement rendu par image en fonte (Ex 32 : 4), mais aussi image sculptée.

L'AT connaît plusieurs cas d'images. Mais ce sont les fouilles archéologiques qui ont montré que les Israélites avaient beaucoup d'imagination artistique pour faire des statuettes qui selon Nagel "semblent bien représenter les bons dieux de la vie de tous les jours ; importance. On a trouvé des encensoirs ou des supports ornés de représentations d'animaux et de divinités".

Ex 25 : 18-22 et autres textes de l'AT évoquent les Kerouvim qui sont des fabrications ornementales du couvercle de l'arche de l'alliance. Ce sont des sortes de représentations de créatures à formes humaines qui ont des ailes. Ce sont des images qui "ont des fonctions de gardiens devant la présence invisible de Dieu.

Le serpent d'airain élevé au désert par Moïse n'était pas adoré au début mais son importance a conduit les générations postérieures à lui vouer un culte.

Son image qui se trouvait dans le temple de Jérusalem a été détruite par le roi Ezéchias considéré comme un roi juste qui a purifié Israël des stèles qui servaient de lieu de culte.

Le veau d'or d'Ex 32 est considéré comme une représentation de Dieu condamné par Moïse le représentant d'Adonaï parmi son peuple. Le mot idole est rendu par ètsèv.

Ce mot vient de la racine verbal "atsav" qui signifie entre autres : chagriner, affliger, irriter, mais aussi former, travailler, créer.

ètsèv est rendu par image, idole, ouvrage, douleur, travail pénible. 1S 31 : 9. Le terme est plus fréquent dans les livres prophétiques que dans les autres livres de l’AT quand il fait allusion aux idoles qu’on adore Es 48 : 5 ; Jr 22 : 28.

Les fouilles archéologiques ont montré qu’il y avait eu des représentations de la divinité chez les peuples Sémites de la Mésopotamie. Ce n’était pas le cas chez les autres Sémites sédentaires ou nomades. Chez les Sémites de Mésopotamie : " On adorait des montagnes, des sources, des arbres, des blocs de pierre. Ceux-ci ne représentaient pas vraiment la divinité, mais les dieux s’incarnaient en quelque sorte dans ces objets ".

L’AT montre que les patriarches connaissaient la pratique du symbole du lieu sacré. C’est ainsi que Jacob a dressé en mémorial de l’apparition de son Dieu la pierre sur laquelle il avait posé sa tête durant sa nuit à l’endroit qu’il nommera Béthel par la suite selon Gn. 28 : 11-22.

Gédéon brûle le pieu sacré qui était l’idole de son clan ; Jg 6 : 25-32.

Les Israélites ont fabriqué le veau d’or qui aurait été l’œuvre d’Aaron Ex 32 : 1-6

On a pensé que la représentation animale était une influence égyptienne et que c’est plus tard que cela a été réprouvée dans le milieu israélite.

Par contre il y a eu des idoles de dieux " domestiques ". C’est ainsi que Rachel a dérobé les Téraphim de son père Laban selon (Gn 31 : 31-35). Le Téraphim que Mical, fille de Saül a mis dans le lit pour faire croire que David était malade est une autre allusion aux idoles 1S 19   11-17.

Les idoles représentant des divinités sont traitées avec des égards dus à un dieu comme dans Ex 32. Là, le peuple d’Israël a dansé devant le veau d’or. D’autres textes font allusion çà des situations similaires : Gn 28 : 18, 1R 19 : 18, Os 13 : 2.

La condamnation des idoles et des images de divinités a été forte plus tard. Au début, on ne condamnait que les images taillées dans des métaux recherchés. Ainsi donc nous dirons que dans les représentations des divinités, l’image représentait la divinité et elle est donc vue comme une idole. Toute image taillée représentant une divinité est une idole qui devient concurrent d’Adonaï, le Dieu d’Israël. C’est pourquoi, il est interdit de faire des images taillées.

Mais qu’entendre par l’homme est créé à l’image de Dieu ?

Dans Gn 1 : 26 il est écrit : " Dieu dit : Faisons l’homme à notre image selon notre ressemblance ".

Deux mots sont importants ici : kidemouténou et betsèlèm.

Outre les sens précédemment donné au mot tsèlèm, il peut aussi signifier : ombre, ténèbres, fantôme Ps 39 : 7. Il est également rendu par image, figure Gn 1 : 26-27, 5 : 3.

Il signifie aussi dorme, illusion, image. On rencontre quelques fois les mots tsèlèm et ètsèv pour différencier l’image et la manière.

Le mot demout vient de la racine damah qui signifie ressembler, être semblable, comparable.

demout est rendu par image, forme, ressemblance, similitude, modèle.

Dans Gn 1 : 26, dire que l’homme est fait à l’image de Dieu et à sa ressemblance a été interprété de la façon différente par diverses personnes. Certains disent qu’il ne faut pas séparer tsèlèm (image) et demout (ressemblance) car l’un complète l’autre. Les deux termes visent l’homme tout entier corps et esprit.

D’abord en tant qu’image de Dieu, l’homme est complètement différent des autres créatures surtout par sa sagesse. Von Rad dit pense que l’homme est placé très haut au-dessus de toute créature mais sa qualité de créature lui impose pourtant aussi une limite vers le haut.

En tant que ressemblance, il est possible de penser à une certaine identité avec Dieu. Mais l’expression " Faisons l’homme à notre image " interdit de ramener à Dieu seul l’identité de cette ressemblance avec lui.

En effet, certaines interprétations disent que le " Faisons " se rapporterait à Dieu et à la cour céleste autour de lui. Ces êtres célestes pourraient être des anges.

La Septante pense que les Elohim pourraient être les anges. L’homme n’aurait donc pas la ressemblance parfaite de Dieu mais celle de certains êtres très proches de lui. Cette idée semble être étayée par le Ps 8 qui dit que : " Qu’est-ce que l’homme pour que tu penses à lui ? Tu en as presque fait un dieu ".

" Tu l’as créé de peu inférieur à Dieu ". Selon cette version de L. Segond, l’homme, image de Dieu n’est donc pas un prototype de son créateur.

Comme le pense d’autres, ce qui est décisif dans cette qualité d’image de Dieu, c’est sa fonction à l’égard du monde. L’homme est aussi bien responsable des autres êtres crées par Dieu que de l’homme son semblable.

L’homme en tant qu’image est responsable de la création. Cette déclaration va plus loin que celle de ceux qui disent que l’expression " l’homme, image de Dieu " est seulement liée à ses capacités intellectuelles supérieures à celles des autres créatures.

Pendant longtemps, plusieurs autres théologiens ont pensé que le terme tsèlèm désigne quelque chose de concret.

E. Jacob citant Paul Humbert écrit que : " Le verdict sémantique est péremptoire : l’homme d’après P a le même aspect (extérieur) que la divinité dont il est la tangible effigie et le substantif stèlèm ne fait pas plus dans ce cas que dans les autres aucune allusion à une similitude spirituelle ".

Cette tendance pense que l’homme serait comme Dieu, mais cette image est tempéré par le terme demout (ressemblance). E. Jacob lui-même : pense qu’il devait avoir une allusion extérieure à Dieu dans le terme image.

L. Koehler pense que " l’image de Dieu consisterait dans la position verticale de l’homme qui le différencie des animaux ".

C. Westermann dit pour sa part que : "  l’homme est image en tant que être entier ". Il ne faut pas voir dans ces déclarations un aspect particulier, mais c’est la totalité qui se trouve décrite.

Nous dirons que l’élément spirituel doit être probablement plus fort que l’élément matériel dans l’homme image de Dieu. Il ne paraît pas raisonnable de donner aux termes images une valeur d’image plastique qui donnerait une ressemblance physique en tout point de vue avec Dieu. Comme image, l’homme est créé pur sans péché avec des capacités énormes que même la chute n’a pas complètement effacé. En tant qu’image, le créateur lui a conféré une domination sur les autres créatures. Domination se traduit dans son sens de responsabilité. Il ne sera vraie image que dans la mesure où il se reconnaît comme chargé de continuer l’œuvre de création de Dieu. C’est pourquoi il a été responsabilisé par le créateur qui le plaça dans un jardin qu’il est appelé à cultiver malgré que sa nourriture lui soit donnée dans cet endroit. Dieu l’a doté de toutes les facultés qu’il lui faut pour réussir à sa mission.

 

 

Simon K. DOSSOU, est professeur d'Ancien Testament et d'hébreu biblique à la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé. Il est aussi enseignant associé à l'Institut Catholique de Yaoundé et depuis peu à l'Université Adventiste Consendai de Nanga Eboko (Cameroun).

Collection TODAH n° 2

2e Edition, Revue et Corrigée 1999

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