UNIVERSITE : REPAIRE DES GARDIENS
DU TEMPLE
(Extrait de Le Pari de l'Intelligence
: Reimaginer l'Université en Afrique, CLE,
2000;
Conférence prononcée à la séance d'ouverture de l'Academia Africana,
le 27 janvier 2000,
dans la salle de réunion de la Fondation Friedrich Ebert, à Yaoundé)
S'il en est ainsi dans le domaine techno-scientifique,
la fonction de la formation universitaire s'éclaire dans
son projet comme une fonction d'avenir. Elle ne renvoie pas seulement
à un héritage de connaissances à gérer
et à entretenir, elle ouvre un horizon de choix éthiques
fondamentaux à faire pour que l'humanité continue
encore à être et à vivre en tant que telle.
Cela veut dire que, dans son évolution comme
institution au cur du monde occidental, l'Université
et la formation qu'elle dispense ont été non seulement
un service rendu à la société grâce
au développement d'une mentalité dont l'historicité,
la pensée politique, l'esprit philosophique, la recherche
économique et l'engagement techno-scientifique ont été
les piliers, mais aussi un vecteur d'innovation et de décision
à prendre pour que la société ne se dissolve
pas dans le non-sens.
Vues sous cet angle, elles ont eu pour tâches
essentielles :
- le devoir de recueillir et d'accumuler l'héritage
de connaissances pour les faire passer de génération
en génération ;
- le devoir de construire et d'élaborer des pratiques
de transformation sociale qui conduisent à un projet
de domination du monde dont l'homme et la société
soient de réels bénéficiaires ;
- le devoir de mobiliser les forces vives de la société
pour le triomphe d'une telle vision de la puissance ;
- le devoir de régulation éthique par laquelle
les dimensions essentielles qui ont forgé la culture
occidentale ne se transforment pas énergie de mort.
A mon sens, même si ces fonctions n'ont pas
été assumées de façon idéale
et dans leur rendement optimal, elles ont servi de vecteur
d'une mentalité et de catalyseur des pratiques sociales
décisives dans l'évolution des sociétés
occidentales. Quand on voit à quel point l'enseignement
supérieur, dans le foisonnement de ses Grandes écoles,
de ses centres de recherche et de ses groupes de travail,
est aujourd'hui lié aux entreprises, aux partis politiques,
aux organisations civiles, et aux forces vives qui agissent
sur l'opinion publique, on ne peut pas dire qu'elle ait
une fonction marginale dans la vie des société
occidentales. Bien au contraire, cette fonction est de jour
en jour plus décisive dans la mesure où la
gestion et l'administration des sociétés modernes
exigent d'énormes sommes de connaissances que seule
la formation de haut niveau permet de réunir et d'organiser
à travers l'armée de chercheurs, d'experts
et des spécialistes qu'elle crée.