Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
Premier Journal Camerounais d'informations régionales en ligne.


Noël NGAHANE

Baham :

Un mois de prison pour Monsieur le Maire


Un mois derrière les barreaux. Pour s'être battu avec un gendarme. Il ne fait pas bon être premier adjoint au maire de Baham et …boxeur.

Le 04 octobre dernier, le Tribunal de Grande Instance de Bafoussam a déclaré le prévenu Tabeko Jean, premier adjoint au maire de Baham, " coupable de violences à fonctionnaire " et l'a condamné à un mois d'emprisonnement et à 5.000 FCFA d'amende. Les faits pour lesquels " M. le Maire " de Baham a troqué l'écharpe contre la ceinture de pugiliste et s'est retrouvé devant la barre remontent à un mois plutôt. Tout commence le 12 août 2000. " Fovu ",un débit de boissons, accueille ce soir-là, comme d'habitude, de nombreux clients. Parmi eux, Djapa Idrissou et ses compagnons gendarmes en service à la Brigade de Baham et Tabeko Jean, premier adjoint au maire de la commune rurale de Baham qu'accompagnent deux de ses amis, Mambou Benjamin et Kouam Jean. Comme cela arrive assez souvent chaque fois que des gens s'invitent chez Bacchus, les buveurs vont très vite au-delà de leurs bouteilles. Entre deux paroles, le maire déclare sa haine pour la gent en tenue qu'il dit ne pas trop aimer voir et les traite de " pauvres types ". Ceux-ci de leur côté ruminent leur colère et taxent le maire " d'illettré ". Les échanges deviennent vifs entre l'élu local et les gendarmes, au point que celui-ci et ses amis décident de s'en aller ailleurs continuer leur randonnée alcoolisée. Ils mettent donc le cap malgré la nuit sur le bar de M. Téguia Simplice. Les gendarmes à leur tour décident de les suivre pour laver l'affront.

Dans ce second débit de boisson, l'altercation dégénère rapidement en bagarre. Jurons et coups de savates fusent. Selon des témoins, le maire et sa bande tiennent la dragée haute aux gendarmes enragés. L'adjudant Njapa perdra dans la bagarre son béret et son badge. D'aucuns affirment que c'est M. le maire qui les a arrachés. La descente du Commandant de Brigade sur les lieux ne tempère pas les ardeurs des bagarreurs. Puisque M. Tabeko va plutôt disparaître dans la pénombre avec les attributs du gendarme...
Il se serait rendu au domicile du sous-préfet pour les lui remettre. Manque de pot, celui-ci est absent. Le lendemain, il se rend à Bafoussam pour présenter ces attributs militaires à la plus haute autorité de la gendarmerie de la province. Celle-ci envoie ses éléments à Baham pour enquête. Quelque jours plus tard, le gendarme Njapa et son compère Tangay Oumates déposent une plainte contre le maire. Le 04/09, M. Tabeko est déferré devant le Procureur de la République de Bafoussam qui décide de le placer en mandat de dépôt à la prison de Kouogouo. Le chef d'accusation retenu contre lui est " violences et voies de faits ". Le 11/09, le prévenu introduit une demande de mise en liberté provisoire qui est rejetée.

Le 04 octobre dernier, M. Le Maire est devant la barre. Sa " victime " est absente. Le juge Kamgue est bien en place ; le substitut du procureur Efio Efio aussi. Celui-ci requiert la condamnation du prévenu pour " faits constants ". Dans sa plaidoirie, Me Tanda Zachée du Cabinet Tsapy Joseph Lavoisier s'interroge sur la valeur du procès verbal de l'enquête établi par la gendarmerie de Baham déjà partie prenante à travers un de ses éléments dans les faits. Il relève aussi le manque de respect pour l'uniforme, surtout par ces temps où l'on parle de la moralisation des forces de sécurité : " Comment un gendarme en tenue peut-il se retrouver dans un débit de boisson au point de perdre ses attributs dans une bagarre ? " Enfin, l'avocat relève ce qui apparaît à ses yeux comme une entorse grave : l'absence de certificat médical dans le dossier. Il en conclut que le gendarme devrait être ivre, au point de ne pas se rendre compte que quelqu'un lui arrachait ses attributs. Pour toutes ces raisons, Me Tanda demande la relaxe de son client au bénéfice du doute, ou tout au moins que le tribunal lui accorde de " larges circonstances atténuantes ", le prévenu ayant été " provoqué, traité d'illettré devant son électorat ".

Vidant sur le champ son délibéré, le juge prononce son verdict : un mois d'emprisonnement et 5.000(cinq mille)FCFA d'amende. Ce verdict pour M. le Maire est synonyme de mise en liberté, l'homme étant sous mandat de dépôt depuis le 04 septembre 2000. Autant dire que le juge Kamgue a mesuré au typomètre. On vous promet vous faire vivre le grand retour de M. Tabéko à Baham après un mois de prison, pour avoir fait la fête à un gendarme.


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