Noël NGAHANE
Baham :
Un mois de prison pour Monsieur le Maire
Un mois derrière les barreaux. Pour s'être battu avec
un gendarme. Il ne fait pas bon être premier adjoint au maire
de Baham et
boxeur.
Le 04 octobre dernier, le Tribunal de Grande Instance de Bafoussam
a déclaré le prévenu Tabeko Jean, premier adjoint
au maire de Baham, " coupable de violences à fonctionnaire
" et l'a condamné à un mois d'emprisonnement
et à 5.000 FCFA d'amende. Les faits pour lesquels "
M. le Maire " de Baham a troqué l'écharpe contre
la ceinture de pugiliste et s'est retrouvé devant la barre
remontent à un mois plutôt. Tout commence le 12 août
2000. " Fovu ",un débit de boissons, accueille
ce soir-là, comme d'habitude, de nombreux clients. Parmi
eux, Djapa Idrissou et ses compagnons gendarmes en service à
la Brigade de Baham et Tabeko Jean, premier adjoint au maire de
la commune rurale de Baham qu'accompagnent deux de ses amis, Mambou
Benjamin et Kouam Jean. Comme cela arrive assez souvent chaque fois
que des gens s'invitent chez Bacchus, les buveurs vont très
vite au-delà de leurs bouteilles. Entre deux paroles, le
maire déclare sa haine pour la gent en tenue qu'il dit ne
pas trop aimer voir et les traite de " pauvres types ".
Ceux-ci de leur côté ruminent leur colère et
taxent le maire " d'illettré ". Les échanges
deviennent vifs entre l'élu local et les gendarmes, au point
que celui-ci et ses amis décident de s'en aller ailleurs
continuer leur randonnée alcoolisée. Ils mettent donc
le cap malgré la nuit sur le bar de M. Téguia Simplice.
Les gendarmes à leur tour décident de les suivre pour
laver l'affront.
Dans ce second débit de boisson, l'altercation dégénère
rapidement en bagarre. Jurons et coups de savates fusent. Selon
des témoins, le maire et sa bande tiennent la dragée
haute aux gendarmes enragés. L'adjudant Njapa perdra dans
la bagarre son béret et son badge. D'aucuns affirment que
c'est M. le maire qui les a arrachés. La descente du Commandant
de Brigade sur les lieux ne tempère pas les ardeurs des bagarreurs.
Puisque M. Tabeko va plutôt disparaître dans la pénombre
avec les attributs du gendarme...
Il se serait rendu au domicile du sous-préfet pour les lui
remettre. Manque de pot, celui-ci est absent. Le lendemain, il se
rend à Bafoussam pour présenter ces attributs militaires
à la plus haute autorité de la gendarmerie de la province.
Celle-ci envoie ses éléments à Baham pour enquête.
Quelque jours plus tard, le gendarme Njapa et son compère
Tangay Oumates déposent une plainte contre le maire. Le 04/09,
M. Tabeko est déferré devant le Procureur de la République
de Bafoussam qui décide de le placer en mandat de dépôt
à la prison de Kouogouo. Le chef d'accusation retenu contre
lui est " violences et voies de faits ". Le 11/09, le
prévenu introduit une demande de mise en liberté provisoire
qui est rejetée.
Le 04 octobre dernier, M. Le Maire est devant la barre. Sa "
victime " est absente. Le juge Kamgue est bien en place ; le
substitut du procureur Efio Efio aussi. Celui-ci requiert la condamnation
du prévenu pour " faits constants ". Dans sa plaidoirie,
Me Tanda Zachée du Cabinet Tsapy Joseph Lavoisier s'interroge
sur la valeur du procès verbal de l'enquête établi
par la gendarmerie de Baham déjà partie prenante à
travers un de ses éléments dans les faits. Il relève
aussi le manque de respect pour l'uniforme, surtout par ces temps
où l'on parle de la moralisation des forces de sécurité
: " Comment un gendarme en tenue peut-il se retrouver dans
un débit de boisson au point de perdre ses attributs dans
une bagarre ? " Enfin, l'avocat relève ce qui apparaît
à ses yeux comme une entorse grave : l'absence de certificat
médical dans le dossier. Il en conclut que le gendarme devrait
être ivre, au point de ne pas se rendre compte que quelqu'un
lui arrachait ses attributs. Pour toutes ces raisons, Me Tanda demande
la relaxe de son client au bénéfice du doute, ou tout
au moins que le tribunal lui accorde de " larges circonstances
atténuantes ", le prévenu ayant été
" provoqué, traité d'illettré devant son
électorat ".
Vidant sur le champ son délibéré, le juge
prononce son verdict : un mois d'emprisonnement et 5.000(cinq mille)FCFA
d'amende. Ce verdict pour M. le Maire est synonyme de mise en liberté,
l'homme étant sous mandat de dépôt depuis le
04 septembre 2000. Autant dire que le juge Kamgue a mesuré
au typomètre. On vous promet vous faire vivre le grand retour
de M. Tabéko à Baham après un mois de prison,
pour avoir fait la fête à un gendarme.
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