Sharon MENKA à Bana
BANA :
Les coupeurs de route refont parler d'eux
Une opération juteuse a mal tournée.
Mettant sur le dos des bandits tout un quartier enragé. Notre
reporter s'y est rendu et reconstitue ici le film d'une aventure
nocturne.
Le quartier Bapouh à Bana est célèbre. Pour
deux raisons au moins. La position géographique du quartier
situé au sommet d'un mont n'est pas la moindre des curiosités,
tant il fait froid là-bas. Un vrai paradoxe accompagne ce
nom. Les voyageurs diurnes surtout ceux du week-end l'apprécient
pour la viande qu'on y vend moins cher. Le kilo de boeuf y coûte
en effet 1000f au moins selon que vous êtes ou pas ce qu'on
appelle un gros client. Par contre, les voyageurs noctures le redoutent
à cause du tunnel et du viaduc qui le relie aux voisins de
Bangou. Du côté de Bangou-Carrefour, il n'est pas rare
de voir les chauffeurs s'arrêter pour attendre des compagnons
de traversée. Les forces de l'ordre et les citoyens de tout
bord en souffrent. On rappelle en ces lieux qu'un procureur de la
république y a laissé l'an dernier le scalp de son
chauffeur et une somme avoisinant le million de francs. A l'époque,
des mesures de sécurité furent prises. Le calme revint
pour un temps.
Dans la nuit du 9 au 10 juin, un groupe de malfrats y a atteri
à bord d'un véhicule qu'ils ont arraché après
un braquage. Il est 2h du matin quand ils décident d'opérer.
armés de fusils traditionnels, ils ont occupé la route.
Les véhicules tardent à venir et ils décident
de rendre visite " au bororo qui gardent les boeufs de kadji
". Le tabassent et ramassent tout. Il se raconte en effet dans
le coin que ce dernier a vendu la veille plusieurs taureaux, a des
prix faramineux. De plus, il habite la colline, loin de l'agglomération.
Ayant regagné leur position sur la route, le bororo réussit
par un sentier à rejoindre le quartier où il tombe
sur " kankan ", un boucher du coin qui dans la journée
avait acquis deux taureaux à ... 530 000 FCFA. Et a perdu
le sommeil au point d'abandonner toute sa famille pour " aller
dormir dans le canniveau, à côté de son capital
". Ce sont les deux qui vont prévenir les deux cars
qui arrivent du danger avant que ceux-ci ne les conduisent à
la brigade de gendarmerie de Bana. Deux gendarmes se déportent
sur les lieux et on alerte le quartier qui fait sortir tous ses
hommes valides. Commence la chasse aux bandits. Les gendarmes tirent,
ils sautent au champ. Un peureux jette son arme et se rend. Il est
immédiatement récupéré par la population
qui le tabasse à sang.
La population organise la battue derrière les autres qui
ne maîtrisent pas le terrain et se réfugient dans la
montagne. L'information circule et les curieux accourent. Vers 9h,
les bandits croient la bourrasque passée et commencent à
sortir de la brousse, en prenant soin de contourner le quartier
qui est séparé du reste du village par un vaste espace
inhabité. Mal leur en prend puisque les chutes, glissades
et roulades faites en brousse lors de l'escapade se ressentent sur
eux. Certains ont perdu leurs chaussures, les habits sont sales.
ils présentent les signes de bagarre. En tout cas leur mine
à cette heure matinale est plutôt suspecte. Ajoutée
au fait qu'ils sont inconnus dans ce quartier où tout le
monde se connait.
Deux d'entre eux se feront ainsi cueillir par un " casseur
de pierres " qui s'était déjà rendu à
son poste de travail, à un km de là, malgré
l'effervescence du quartier. Un autre réussira à prendre
un taxi pour regagner sa base à Bafang mais sera récupéré
par des gendarmes en faction à la sortie sud de Bana.
Conduits à la brigade ils ont été interrogés.
Où l'on apprend qu'ils étaient du nombre de 7 et qu'ils
étaient à la troisième opération du
genre. De même, les informations par eux livrées ont
permis de demantéler un vaste réseau de complicité
dans la ville de Bafang, voisine. D'autres éléments
du gang ont été appréhenendés et méditent
actuellement leur sort dans les cellules de gendamerie. En attendant
le tribunal militaire, le commandant de la légion de gendarmerie
de l'Ouest qui était en visite de travail dans le Haut-Nkam
mercredi (14/06/00) leur a fait l'honneur d'une petite visite. Ils
connaissent déjà certainement le sort qui les attend.
Au quartier cependant, on regrette de n'avoir pas autant de fusils
que les voisins de Batcha. On ne leur aurait pas laissé la
posibilité de sortir de la brousse, justement les gendarmes
ont dû jouer de dissuasion pour empêcher les gaillards
du quartier de les lyncher.
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