Gabriel SILO
Bayangam
Un village deux chefs !
Il faudra bien qu'un jour l'histoire nous dise
comment Bayangam, ce village situé entre Batoufam et Bandjoun,
dans le département du Koung-khi, en est arrivé au
bicéphalisme. Ce qui est manifeste aujourd'hui et qui mérite
une attention particulière c'est son écartèlement
et ses conséquences sur le plan politique, économique
et socio-culturel.
Bayangam connaît aujourd'hui deux chefs traditionnels et
un sous-préfet. Le premier, le vrai, réside à
la chefferie et règne sur presque tout le village. Le second,
celui qui est en quête du pouvoir, règne sur Kassap,
un quartier de Bayangam. Il s'en suit, ipso facto, un écartèlement
au niveau des institutions de la République. Avec lequel
des deux chefs le sous-préfet va-t-il collaborer ? Si par
la ruse, la dextérité ou la fourberie, ce dernier
s'en sort, on peut encore se demander à qui le sujet va obéir
si tant est que lorsque l'ordre est mal concerté, le sujet
profite pour ne pas s'exécuter ? L'autre question et pas
des moindres est celle de savoir à qui profite ce bicéphalisme
? Peut-être à l'administration qui hérite de
la loi romaine selon laquelle il faut diviser pour mieux régner,
peut-être aux chefs traditionnels qui gèrent leurs
hommes suivant la philosophie égocentrisme de " après
moi le déluge " ; dans tous les cas ça ne profite
pas aux administrés. Encore faut-il savoir si le sort des
administrés est le souci de ces chefs.
Si l'essor économique, si la prospérité Bayangam
préoccupait ces chefs, comment comprendre les faits suivants
:
Voilà une jeune unité administrative qui vient de
naître. Au lieu de se concerter pour créer des structures
de production économique et culturelle, les chefs, secondés
de part et d'autres par des vraies ou fausses élites, dispersent
et dépensent leurs énergies dans des conflits sordides
et stériles, inutiles sur tous les plans. Peut-être
faudrait-il faire tout en double, comme la carte scolaire, dans
ce village : deux péages, celui de Kassap et celui du reste
du village, deux sous-préfets avec sûrement un à
Kassap, deux ceci, deux cela, etc Quel gâchis ! Voilà
une jeune unité administrative qui ne dispose d'aucune pharmacie,
d'aucune structure de production mais qui interdit les constructions
des stations d'essence, des boulangeries etc. D'où viendront
les ressources pour faire vivre l'unité, la collectivité,
la mairie et autre ? Peut-être des subventions mais jusqu'à
quand ? C'est ici le lieu de se demander si l'esprit Bayangam permet
d'investir à Bayangam ? L'esprit Bayangam favorise-t-il l'épanouissement
spirituel et l'essor économique de ce village ?
L'écartèlement dont souffre Bayangam porte un grand
coup à sa cohésion sociale. A la frontière,
un péage unirait deux villages. Mais au cur d'un village,
il sépare les familles. Dans les centres urbains, à
Douala comme à Yaoundé, chacun de nos deux chefs a
ses élites et ils ont toujours des avis divergeants sur les
initiatives de développement à Bayangam.
Si peut-être le souci des leaders, des chefs, des élites
était celui de la postérité, s'ils avaient
un souci peu ou prou altruiste, humaniste et moins cupide, politique
et non politicien, ils souffriraient moins des affres de la division,
du sous-développement et de la paupérisation. Hélas
! On les entend pourtant se plaindre de la perte de leur autorité.
Mais n'est-ce pas le prix de la cupidité ?
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