Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
Premier Journal Camerounais d'informations régionales en ligne.


Gabriel SILO

Bayangam

Un village deux chefs !

Il faudra bien qu'un jour l'histoire nous dise comment Bayangam, ce village situé entre Batoufam et Bandjoun, dans le département du Koung-khi, en est arrivé au bicéphalisme. Ce qui est manifeste aujourd'hui et qui mérite une attention particulière c'est son écartèlement et ses conséquences sur le plan politique, économique et socio-culturel.


Bayangam connaît aujourd'hui deux chefs traditionnels et un sous-préfet. Le premier, le vrai, réside à la chefferie et règne sur presque tout le village. Le second, celui qui est en quête du pouvoir, règne sur Kassap, un quartier de Bayangam. Il s'en suit, ipso facto, un écartèlement au niveau des institutions de la République. Avec lequel des deux chefs le sous-préfet va-t-il collaborer ? Si par la ruse, la dextérité ou la fourberie, ce dernier s'en sort, on peut encore se demander à qui le sujet va obéir si tant est que lorsque l'ordre est mal concerté, le sujet profite pour ne pas s'exécuter ? L'autre question et pas des moindres est celle de savoir à qui profite ce bicéphalisme ? Peut-être à l'administration qui hérite de la loi romaine selon laquelle il faut diviser pour mieux régner, peut-être aux chefs traditionnels qui gèrent leurs hommes suivant la philosophie égocentrisme de " après moi le déluge " ; dans tous les cas ça ne profite pas aux administrés. Encore faut-il savoir si le sort des administrés est le souci de ces chefs.

Si l'essor économique, si la prospérité Bayangam préoccupait ces chefs, comment comprendre les faits suivants :
Voilà une jeune unité administrative qui vient de naître. Au lieu de se concerter pour créer des structures de production économique et culturelle, les chefs, secondés de part et d'autres par des vraies ou fausses élites, dispersent et dépensent leurs énergies dans des conflits sordides et stériles, inutiles sur tous les plans. Peut-être faudrait-il faire tout en double, comme la carte scolaire, dans ce village : deux péages, celui de Kassap et celui du reste du village, deux sous-préfets avec sûrement un à Kassap, deux ceci, deux cela, etc Quel gâchis ! Voilà une jeune unité administrative qui ne dispose d'aucune pharmacie, d'aucune structure de production mais qui interdit les constructions des stations d'essence, des boulangeries etc. D'où viendront les ressources pour faire vivre l'unité, la collectivité, la mairie et autre ? Peut-être des subventions mais jusqu'à quand ? C'est ici le lieu de se demander si l'esprit Bayangam permet d'investir à Bayangam ? L'esprit Bayangam favorise-t-il l'épanouissement spirituel et l'essor économique de ce village ?

L'écartèlement dont souffre Bayangam porte un grand coup à sa cohésion sociale. A la frontière, un péage unirait deux villages. Mais au cœur d'un village, il sépare les familles. Dans les centres urbains, à Douala comme à Yaoundé, chacun de nos deux chefs a ses élites et ils ont toujours des avis divergeants sur les initiatives de développement à Bayangam.

Si peut-être le souci des leaders, des chefs, des élites était celui de la postérité, s'ils avaient un souci peu ou prou altruiste, humaniste et moins cupide, politique et non politicien, ils souffriraient moins des affres de la division, du sous-développement et de la paupérisation. Hélas ! On les entend pourtant se plaindre de la perte de leur autorité. Mais n'est-ce pas le prix de la cupidité ?


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