Lucie PEKOUA
Juriste
Soliloque sur les lois
La tradition contre
les droits de l'homme
Conditions à remplir pour s'emparer d'un bien immeuble de
votre débiteur à la lumière de l'acte uniforme
de l'OHADA
" Mon débiteur avait mis en gage lors de nos transactions
un immeuble non immatriculé, aujourd'hui qu'il est insolvable
et après la procédure judiciaire qui m'a donné
gain de cause, que dois je faire ? "
De manière constante il a été admis que le
créancier ne peut être en mesure de saisir un immeuble
non immatriculé, mais depuis l'entrée en vigueur de
l'Acte Uniforme de OHADA sur les voies d'exécution, la possibilité
est offerte au créancier lorsque certaines conditions sont
réunies de pratiquer cette saisie. Il suffit que l'immeuble
appartienne effectivement au débiteur et que le créancier
soit titulaire d'un titre exécutoire.
I- L'IMMEUBLE
A SAISIR DOIT APPARTENIR A VOTRE DEBITEUR
Dans plusieurs localités du pays, et plus précisément
à Bafoussam, lorsqu'il avait été question de
tracer la ville, le maire de l'époque avait procédé
à des recasements des particuliers, ainsi ces immeubles attribués,
dans leur majorité, n'ont jamais fait l'objet d'immatriculation,
pour ainsi aucun doute ne peut peser sur la propriété
de ces immeubles à partir du moment où ils ont été
attribué soit par un arrêté préfectoral,
soit par la décision du maire. L'Acte Uniforme de OHADA en
son article 254 alinéa 5 pose le principe selon lequel les
réalisations effectuées sur ces terrains peuvent être
saisies, même si le débiteur n'en est pas encore devenu
propriétaire.
Le problème est plus délicat si l'immeuble entre
dans le domaine public national. C'est-à-dire lorsque l'immeuble
n'a été immatriculé ni au profit du tiers,
ni au profit de l'Etat. Ne pouvant saisir le domaine public national
il est conseiller de laisser tomber car sur ce domaine, il n'est
reconnu aux collectivités coutumières qu'un droit
de chasse et de cueillette. Si les immeubles sont bâtis sur
des domaines pareils ils ne pourront être saisis, la formalité
pour l'immatriculation de ce domaine restant très longue
et incertaine.
II- LE CREANCIER
DOIT ETRE TITULAIRE D'UN TITRE EXECUTOIRE
Article 247 de l'Acte Uniforme déclare que seul le titulaire
d'un titre exécutoire constatant une créance liquide
et exigible peut procéder à une saisie immobilière.
Il est impossible de pratiquer une saisie conservatoire sur un immeuble.
Obtenir un titre exécutoire reste alors la chose la plus
pénible, cependant aisée à partir du moment
où la justice se met en marche.
Ceci dit, il ne suffit pas que vous ayez conclu avec un organisme
financier un contrat pour qu'à expiration de délai,
l'institution vienne vous jeter dehors ; il faut qu'elle soit titulaire
d'un titre définitivement exécutoire.
C'est ainsi que ces histoires du quartier où lorsque vous
devez de l'argent à un tiers et qu'après délai
vous êtes dans l'impossibilité de vous exécuter,
ne suffisent pas pour qu'on vous exproprie forcément de votre
immeuble. Cela n'est possible que si et seulement si la partie saisissante
est titulaire d'un titre exécutoire.
|