Pouokam et Mekat
au boulevard Wanko
Mekat : Kondré man, comment
se portent les reines du chef ?
Pouokam : Bonjour jeune homme, le chef
se porte bien, c’est suffisant.
Mekat : J’ai rencontré Tabakui
par hasard l’autre jour au café de Magellan et il semblait
me dire que la situation ne s’est pas beaucoup amélioré
du côté de Bameka…
Pouokam : Que t’a-t-il dit d’autres ?
Mekat : Rien de plus que ce que je
te dis là, il disputait la viande de porc avec Tà
Ndeffo et n’a pas eu le temps d’être plus clair.
Pouokam : Tu n’avais qu’à attendre
qu’il achève les ripailles pour te dire ce qu’il en est.
Mekat : Est ce qu’il peut pleuvoir
quand les étoiles brillent dans le ciel ? S’il ne me
le dit pas, toi au moins tu ne me laisseras pas sur ma soif.
Pouokam : A propos, justement, tu vois
le bar en bas du monument non ? Je crois que si nous continuons
la conversation là-bas, ma langue se déliera un peu
plus.
Mekat : Si c’est du " bar
des vétérans " que tu parles, pas de problèmes,
allons y je connais la tenancière, elle me fera un crédit.
Mais dis moi, c’est encore quoi cette affaire qu’on dit qu’un notable
Bameka avait donné une panthère à son chef
sans ses griffes et c’est cela qui l’aurait tué ?
Pouokam : Nous mêmes on cherche
encore ce qui a tué Sa Majesté Pokam Mbuko Frédéric.
Le soleil ne se couche pas à la chefferie après seulement
quatre saisons. Quand une telle situation arrive c’est qu’un initié
a léché ses mains des deux côtés avec
les principes sacrés. C’est un cas grave qui se règle
seulement avec le rite de l’ananas. Evidemment, tu ne peux pas comprendre
de quoi il est question…
Mekat : Tu l’as dit, je croyais que
tu m’expliquerais plus clairement cette histoire de panthère
sans griffes.
Pouokam : Les secrets ne sont plus
ce qu’ils étaient. Ecoute-moi bien. Dans notre mythologie
à quoi renvoie la panthère ?
Mekat : Si j’ai bien retenu une de
tes explications anciennes la panthère renvoie à la
terreur.
Pouokam : exactement comme le lion,
sauf que dans le cadre du lion, on estime que cette terreur se mue
en puissance éclairée, c’est-à-dire susceptible
du bien ou du mal d’être juste ou injuste selon. Tu comprends ?
C’est pourquoi, on dit très souvent des chefs Bamiléké
qu’ils sont des " Nom té ma ", c’est-à-dire
des lions. Mais ils sont très souvent aussi des panthères
sans qu’il soit nécessaire de te l’expliquer ici. Bon à
quoi renvoie alors les griffes d’une panthère ?
Mekat : C’est le symbole de sa force…
Pouokam :… ou de sa terreur. Il n’est donc
pas souhaitable de se dire panthère quand vous n’avez pas
de griffes. Et le notable qui aurait donc fait du chef une panthère
sans griffes l’a donc condamné à mourir de faim parce
que à l’heure de la chasse, il lui était impossible
de prendre quelque gibier que ce soit. Tu comprends ?
Mekat : Pas tout à fait !
Pouokam : Exactement comme Me Tsapy
qui ne comprends pas que l’ancien préfet Eugène Moutit
est ceinture noire de judo et qu’il peut toujours revenir à
Bafoussam lui casser une ou deux dents.
Mekat : Et pourquoi, je ne connais
pas cet ancien préfet comme un partisan des manières
particulièrement fortes.
Pouokam : Continue à le penser,
si j’ai bien écouté aux portes, des journalistes de
Ouest Echos disent qu’il a appelé deux fois de suite à
leur bureau pour contester les propos du président du conseil
municipal de Bafoussam, propos contenus dans une interview qu’ils
lui avaient accordée et dans laquelle, le patron du SDF à
Bafoussam disait que le préfet Moutit leur avait mené
la vie dure.
Mekat : ce qu’il conteste ?
Pouokam : Bien entendu. Dans sa version
des faits, il explique qu’il avait refusé aux militants du
SDF de faire leur réunion à la mairie pour garantir
la neutralité des lieux. Il dit que dès le lendemain
de leur victoire aux municipales de 1996, les conseillers du SDF
avaient tout simplement planté leur drapeau à la mairie.
D’autres parts, Samuel Mbou t’a déjà parlé
de la méthode Tsapy ?
Mekat : J’ai souvent entendu Samuel
Mbou se plaindre de ce que lors des réunions publiques quand
Me Tsapy prend la parole, il insulte le régime avec son art
oratoire consommé, mais après quand il remet son discours,
on ne retrouve pas une seule trace des injures qu’il a professées.
De sorte que lorsque le président du conseil municipal parle
désormais, on ne se fit plus au discours qu’il remet à
la fin de son propos mais plutôt à la transcription
de ce qu’il a dit et que les journalistes de la CRTV enregistrent
pour les besoins de la cause. Si c’est cela la méthode Tsapy,
je l’ai effectivement déjà entendue.
Pouokam : C’est exactement ce que le
préfet Moutit dit. Il explique aussi qu’il avait décidé
de ne plus assister aux réunions ordinaires convoquées
par le président du conseil municipal parce que à
chaque fois, on insultait le chef de l’Etat dans ces manœuvres pièges
et comme les renseignements sont ce qu’ils sont ici dehors, certains
de ses collaborateurs étaient les premiers à aller
dire que c’est lui qui a organisé.
Mekat : Bah, Me Tsapy n’a rien à
craindre de ce retraité qui doit plutôt s’aménager
ses vieux jours loin, très loin dans son village perdu dans
la brousse du Haut-Nyong à l’Est. Le temps qu’il arrive ici,
le voyage l’aura suffisamment et il ne sera plus à mesure
de frapper qui que ce soit.
Pouokam : C’est là où
tu fais erreur, jeune homme, le préfet Moutit n’a pas pris
sa retraite à l’Est, mais plutôt dans le Mbam. Aux
dernières nouvelles, il s’est installé à Bafia
et pour ne rien perdre des nouvelles de l’Ouest justement, il s’est
abonné à Ouest Echos chez le vendeur de journaux du
coin qui les lui livre à chaque parution.
Mekat : Tu crois que Ahmadou Tidjani
va aussi s’abonner à Ouest Echos quand il partira d’ici ?
J’ai l’impression qu’il s’est bien attaché à la province
et que la région va lui manquer un tout petit peu…
Pouokam : On n’y est pas encore, même
si pour être en phase avec toi, je te rappelle que Tabakui
m’a dit que le gouverneur Bell était ici ces derniers temps.
Il venait semble-t-il pour des problèmes dans sa belle famille.
Et à propos de Ouest Echos, justement, j’ai vu un de ses
journalistes avec des " pieds rouges " l’autre
jour à la chefferie. Ils ont beaucoup discuté avec
le chef.
Mekat : Ces pieds rouges comme tu dis
sont des journalistes suisses du quotidien " Le temps "
qui paraît à Genève. Après avoir lu les
nouvelles de Ouest Echos sur Internet, ils ont voulu découvrir
cette région. C’était normal que les journalistes
de journal du terroir les conduisent pour une visite guidée.
Pouokam : En dehors de mon chef, ils
ont encore vu qui ?
Mekat : Les gars de Ouest Echos les
ont amené au musée de la chefferie Bandjoun, là-bas
le chef n’était pas là. Ils sont aussi partis à
la découverte des grottes secrètes de Baham, là-bas
ils sont tombés sur un meeting de Kontchou, le " ministre
d’Etat des Baham " qui voyant des journalistes s’est affolé
et a envoyé le commissaire spécial de Baham et le
commandant de brigade pour les interpeller.
Pouokam : Le RDPC à Baham a
peur de quoi ?
Mekat : Je ne sais pas, mais quand
ces journalistes vont aller écrire dans leur journal à
Genève que le Cameroun accueille mal ses touristes, on va
crier à la mauvaise foi. Bye…
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