KREDO
Bafousam à maux couverts
Trois types
Bami
A force de lire Ouest-Echos, nous dégageons
trois types de Bamiléké. Pour ce, la colonne de la
page 2 est très éloquente. On y retrouve dans un dialogue
enchaînant trois caractères, trois personnages, trois
têtes qui représentent l'essentiel Bami, l'espèce
bamiléké, l'homme bamilekus. Il s'agit de Pouokam,
de Mekat et de Tabakwe. Leur lieu de prédilection est la
rue, endroit ouvert et public par excellence, où rien ne
devrait ni se cacher ni se perdre. Cette rue a un nom : le boulevard
Wanko, personnage non-fictif mort au nom de L'INDEPENDANCE du Cameroun
de L'AFRIQUE, DES NOIRS. Ouest-Echos fait ainsi preuve de bon usage
des sources et ressources locales pour garder vive la mémoire
collective bami ou bamilekong. Et si chaque grande victime du Maquis-non
de la longue guerre (1955-1970 de libération nationale- était
ainsi mémorisée d'une façon ou d'une autre,
comme WANKO immortalisé par la rue et popularité par
Ouest-Echos.
Ceux qui lisent ce journal national d'informations régionales
apprécient - ils à leur juste valeur la richesse à
la bami des célèbres personnages qui se rencontrent
chaque semaine au fameux boulevard Wanko ? Commençons par
Pouokam. Deuxième enfant de roi dans chaque chefferie bamiléké
ou Ngrafi, il est prince et notable de rang et de sang, né
sans adultère ni cocuage sur une peau royale de grand fauve
: panthère de préférence, ou lion, ou léopard,
ou tigre..., totems symbolisant grandeur et protection du village.
Parce qu'il peut devenir roi, il est donc gardien en puissance des
us et coutumes et des buts villageois dans son sens noble. Mot à
mot, c'est-à-dire syllabe à syllabe, POUOKAM est "
le champignon de la noblesse ". Comme tout champignon, petite
plante prisée fraîche ou sèche dans les mets
traditionnels bami, il est bon à la bouche, appétissant.
Pouokam est donc à écouter, tout champignon qu'il
est, ou tout simplement champion villageois.
MEKAT, quant à lui, est le " blanc ", le prototype
de l'intellectuel du citadin. En fait, MEKAT, littéralement,
signifie " le voyageur ", " celui qui se promène
". C'est par dérivation sémantique impropre et
tendancieuse qu'on le traduit paresseusement et communément
par " blanc ". N'est-ce pas par l'amour de voyages que
les blancs sont partis de chez eux pour l'Afrique avec leur école
? Parce qu'il a cette aptitude de bouger, de changer de lieu, MEKAT
connaît et beaucoup de gens et beaucoup de choses. Type nomade,
quand il rencontre POUOKAM le sédentaire Pouokam fier, il
y a comme des étincelles entre leurs idées et croyances
: la querelle des anciens et des modernes, du statu quo et de l'évolution
prend corps et chair pour de nos oreilles dans les oppositions locales,
régionales ou nationales. POUOKAM est l'émotion dans
les oppositions locales, régionales ou nationales. Pouokam
est l'émotion à la Senghor, le cur, la défense....
MEKAT est la raison discursive, la tête, l'attaque.
Arrive alors un troisième larron pour assurer le milieu
du jeu. C'est TABANKWE. Son rôle premier ne semble pas empêcher
ou marquer des buts. Courroie de transmission, il joue entre les
deux POUOKAM et MEKAT pour servir chacun ou séparer les deux
en cas d'impasse. TABANKWE, étymologiquement, est "
qui arrache, rougit pour prendre..., prend par force ". Ce
personnage, entre les deux tendances faites de nationalisme (villagisme
élevé au niveau national) et de patriotisme, essaye
de s'imposer, d'imposer ses vues rares. Effectivement, il est rare
dans ses interventions, comme si POUOKAM et MEKAT sont deux pôles
majeurs, un couple antinomique pouvant se tenir sans enfant qui
aurait 50 % des gènes de chacun de ses membres.
Voilà les personnages bami de Ouest-Echos qui couvrent
la vie privée publique nationale dans leur région.
Leurs commérages sont des morceaux choisis socio-culturel-économique-politique.
Notre souhait est que, sachant qu'on les écoute, les lit...et
les aime, qu'ils prolifèrent de l'espace à eux donné
comme une chaise pour nous instruire davantage, et nous abreuver
à vie de savoirs exquis non souvent bien acquis. Ecoutons-les.
Comprenons-les.
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