Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
Premier Journal Camerounais d'informations régionales en ligne.



Lucie PEKOUA
Juriste

Soliloque sur les lois

La tradition contre les droits de l'homme

La semaine dernière une rumeur somme toute fondée a meublé les conversations des habitants dans l'arrière-pays de Bafoussam. Une femme en allant très tôt au champ a été violée par dit-on un jeune homme qui avait perdu sa femme enceinte. La tradition veut qu'il ait absolument des rapports sexuels (généralement non protégés) avec une autre femme avant que son épouse ne soit mise en terre, faute pour lui de devenir un paria. De même, la femme ainsi violée se doit de s'offrir à un homme avant de boire de l'eau ou manger quelque chose préparé avec de l'eau, histoire elle aussi de transmettre ce qui serait comme une malédiction reçue de son violeur.

En vérité, tout un chacun a déjà entendu au moins une fois ce type d'histoire. Pour autant qu'il soit banalisé, il s'agit dit-on d'une coutume qui existe depuis la nuit des temps dans certaines contrées de l'Ouest, une coutume transmise de père en fils et par les usages. Voilà comment le viol se trouve ainsi cautionné, voire légitimé par notre tradition et les gardiens de la traditions.

Interrogé à cet effet un des notables de la contrée concernée nous expliquera à peu près ceci : " chaque société a ses us et coutumes, dès lors il aurait été plus judicieux pour cette femme, non pas de s'apitoyer sur son sort et en alertant en vain le village, mais plutôt d'aller se faire " laver " aussi par quelqu'un d'autre et le tour est joué ". Une réponse renversante et tout à fait hors de propos quand on nous explique que se faire " laver " par quelqu'un signifie qu'il fasse pour le paria copuler avec le " laveur " sans se protéger. Pour la lutte contre le Sida, on repassera en tout cas !

Après ce premier cas, il a été aussi relever que dans l'un de nos villages de l'Ouest, le chef traditionnel a récemment " empoissonné " toute une concession au seul motif qu'après la mort d'un chef de quartier, la jeune veuve a refusé de s'offrir au successeur comme l'exige la tradition, préférant fuir le village. Une attitude qui a du même coup provoquer l'ire du chef du village qui s'en est aussitôt pris à sa concession d'origine, c'est-à-dire celle du père de la veuve rebelle.

Ce dernier cas est malheureusement encore très fréquent dans nos villages, aussi bien dans de simples familles que dans des familles royales. Qui donc expliquera aux différents protagonistes à l'affaire que le mariage est dissout après le décès de l'un des conjoints ? Et que la veuve est libre de prendre n'importe qui pour époux ? ce principe souffre de graves violations, d'abord, la femme est considérée comme un bien acheté par une famille, et ce bien ne doit en aucun cas quitter la famille. Que son mari décède avant ou après la célébration du mariage le bien devra rester dans la famille et nulle part ailleurs. On connaît des situations à l'Ouest où certains se sont retrouvés polygames contre leur volonté tout simplement parce qu'il fallait conserver dans la famille un bien très précieux qui était l'épouse du père, du frère ou du cousin défunt. La femme en tant que bien n'a évidemment pas de point de vue à émettre, devant se contenter alors de suivre l'ordre établi. C'est la raison pour laquelle la fugitive de notre histoire a conduit toute sa famille dans les problèmes, le chef estimant qu'elle avait reçu des mauvais conseils de la part de cette dernière.

Les multiples organisations qui se sont formées pour défendre les droits de l'homme et plus particulièrement de la femme devraient quitter le terrain des beaux langages, pour palper la réalité des faits et sauver ce qui peut encore l'être ; Car comment comprendre qu'au 21e siècle, des hommes réfléchis puissent croire que parce que la femme est morte enceinte on serait automatiquement paria ? Au nom de quelle logique et de quelle démonstration sérieuse ? Comment accepter que l'on continue de pourchasser les veuves au seul motif qu'elles doivent rester dans une famille contre leur gré ? Si elles y restent ne faudrait-il pas penser alors qu'elle aurait très bien pu fricoter avec le fils, le frère ou le cousin en question même du vivant de son époux ? Simple question de conscience !

Notre région étant ce qu'elle est, nous voyons d'ici les réprobations qui nous tomberons dessus, mais il est important qu'en ces temps de valorisation des libertés individuelles, des droits de l'homme et circonstanciellement de luttes contre des maladies infectieuses comme le Sida et autres, que les us et coutumes puissent eux aussi s'adapter à l'air du temps.


 
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