Pouokam et Mekat
au boulevard Wanko
Mekat : Te voilà enfin ! Et apparemment, tu es pressé
?
Pouokam : Oui, oui, ne me prends pas le temps. Je pars à
Baleng pour mettre le nouveau maire sur la chaise.
Mekat : Je ne savais pas que les histoires du SDF intéressent
ton chef. A moins que ce ne soit pour le vin et la nourriture, comme
d'habitude.
Pouokam : Insulte nous toujours. Depuis que tu bavardes ton long
français- là ici dehors, tu es déjà
devenu quoi ? Continue à raconter partout qu'on est seulement
à la chefferie pour manger.
Mekat : Excuse moi, mon cher prince je me demande seulement en quoi
le remplacement de Kengne Gabriel par Tagne Ngueko Emmanuel à
la tête de la mairie de Baleng t'intéresse, puisque
je ne te connais ni militant du SDF...
Pouokam : ...Militant que quoi ? l'autre jour, me voilà au
café Magellan. Il me donne un verre de Gandia avant même
que ça entre dans ma bouche, voilà un Baleng qui vient
me dire que c'est le frère de Mekeu qu'on va mettre sur la
chaise de maire. Donc c'est pour ça que je pars à
Baleng. Mais s'il y a le vin je bois.
Mekat : Je commence à comprendre. Mais avant d'y aller, tu
peux dire où est passé ton chef ces derniers jours
pour que tant de monde le cherchent ?
Pouokam : Est-ce que le chef, c'est le coq qui chante avant de se
coucher ou de se lever ?
Mekat : Non. Mais tu ne réponds pas à ma question,
quelqu'un m'a même dit qu'on a vu sa voiture passer avec uniquement
le chauffeur à bord.
Pouokam : Si tu vois quelqu'un qui a la chose du chef, dis lui de
venir me donner. on le cherche pourquoi ? N'est-ce pas même
Fotso Victor... (apercevant Tabakwi) Hé, c'est qui ça
? Tu sors d'où ?
Mekat : En voilà un qui sait disparaître !
Tabakwi : Embrassez-moi, mes frères !
Pouokam : Vraiment ! Raconte !
Tabakwi : Il y a beaucoup à raconter. J'ai pris des vacances,
et j'ai un peu voyagé. Ca fait souvent bien de voyager.
Pouokam : Gardes les choses que tu as ramenées pour les femmes
et les enfants. Raconte seulement pour nous, après je vais
même laisser le vin des Baleng.
Tabakwi : J'ai été frappé à Bandjoun
par deux gros panneaux sur la nationale Douala Bafoussam sur lesquels
est écrit " Avenue Paul Biya " Je me suis demandé
pourquoi les Bandjoun avaient décidé de baptiser ce
tronçon de route.
Pouokam : C'est ça les nouvelles de tes voyages ?
Mekat : Le boulevard ou l'avenue Paul Biya de Bandjoun est quelque
chose de très sérieux. cette route mal faite, à
propos de laquelle on répand beaucoup de contre vérité,
et qui probablement ne change pas grand chose à Bandjoun,
puisqu'on ne trouve toujours plus de taxi à Bafoussam pour
y aller après 18 heures.
Pouokam : Laissez cette histoire de route pour parler les vraies
choses. D'ailleurs même, on appelle ça pôt Mbià
parce qu'on ne sait pas où on avait enterré le nombril
du chef Kamga Manewa ?
Tabakwi : J'avoue aussi que je n'ai pas pu manger du porc à
Tobè parce que les vendeurs n'y étaient plus. Sans
doute, on ne veut pas qu'ils salissent l'avenue de son illustre
patronyme.
Pouokam : C'est même bien. J'avais déjà dit
au chef de chasser les enfants-là parce qu'ils volaient les
porcs de gens pour venir brûler et vendre. Vraiment, il faut
qu'ils quittent !
Mekat : Vous m'étonnez toujours, ton chef et toi ! Je ne
serais attendu à ce que le maire Fotso Victor construise
un bon marché de porc à la braise à cet endroit.
il pourrait même y percevoir des impôts pour renflouer
les caisses de sa mairie, comme Kekem ou Makénéné.
Tabakwi : Il semble que la commune du milliardaire n'a que foutre
du menu fretin. Puisque chaque fois que les Lions gagnent, il fait
des dons de millions, même si j'ai lu quelque part que les
employés de la commune avaient des arriérés
de salaires
Pouokam : Vous allez faire je perds partout
Mekat : Tu ne perds rien, mon cher prince. Parce qu'à la
fin nous irons inaugurer le nouveau restaurant qui ouvre ses portes,
à l'entrée de la chefferie.
Tabakwi : Cesse de taquiner notre grand ami. Il n'est quand même
pas responsable de la pluie qui tombe même si le torrent sort
de la chefferie ! Puisqu'il veut que je lui raconte les faits de
mon voyage, je voudrais lui parler de Tokombéré.
Pouokam : Heuy ! Tonkom quoi ?
Tabakwi : Takombéré, à une soixantaine de kilomètre
de Maroua. Tu n'es pas seul à croire que le monde se limite
à la cour royale. A Tokombéré, les filles analphabètes
se marient à 13 ans et accouchent beaucoup ; on ne mange
que du couscous de mil et de la viande. Quand il pleut, tout est
inondé alors que la longue saison sèche est toujours
très rude. Il n'y a pas de travail pour les hommes.
Pouokam : Et puis quoi ? Est- ce que les gens de là-bas sont
morts pour ça ?
Tabakwi : Il se trouve que c'est le village du président
de l'assemblée nationale Cavaye Yeguié Djibril. J'ai
failli mourir de soif là-bas, parce que mes amis ne buvaient
que la bière. C'est d'ailleurs la seule chose qui semble
rallier tous les suffrages dans ce village.
Pouokam : C'est seulement eux qui boivent ? N'est-ce pas Tà
Souop a bu l'autre jour jusqu'à on a volé l'argent
de remède de sa femme. mais je crois qu'il a bu avec.
Mekat : La morale de ton histoire, c'est que les camerounais ne
connaissent pas leur pays, ensuite qu'il y a une pauvreté
réelle qu'il ne suffit de discourir pour changer, fût-
on président de l'assemblée nationale.
Pouokam : Le nouveau maire SDF n'est pas pauvre. Laissez-moi aller
le boire et le manger. Salue ta femme, jeune homme !
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