KREDO
Bafousam à maux couverts
Le préfet
est parti, vive le préfet
Quand on voit et vit le rythme de changement
des chefs de terre (sous - préfets, préfets gouverneurs)
on se demande s'ils sont, en réalité, aussi puissants
qu'on le croit. Pouokam dit que c'est eux qui le font croire, et
finissent par le croire eux - mêmes. Bel exemple de mensonge
à soi - même, le pire des mensonges.
Puisque le préfet n'est pas le roi, il est encore en vie,
avec ses yeux et ses oreilles ouverts, quand il perd son poste ou
" sa " ville. Que voit-il ? Qu'entend - il ? Ses amis
estimés ou ennemis qui dansent, boivent et mangent à
sa demi -mort. Mais aussi les hypocrites qui gèrent une sorte
de pitié à son endroit en imaginant ce qui a provoqué
sa chute, en révisant l'usage de leur conditionnel : "
si vous aviez fait ceci ou cela
on ne vous aurait pas touché
! ". Manière bien camerounaise de signifier que le déchu
est touché ! Il faut toujours bien savoir comment pleurer
avec les endeuillés.
Je ne parle pas du préfet de la Mifi. Je ne le connais
même pas, puisque je ne crois pas qu'il me connaît aussi.
Ce n'est pas important. Je parle des gens comme lui et moi qui nous
retrouverons dans la rue sans avoir préparé celle
- ci à nous recevoir sans voiture de service CA, sans gardes
du corps, sans tenue ni bâton de commandement, sans billets
d'invitation pour faire partie des meilleurs mets dans les cérémonies.
Quand on change de ville pour aller " mieux " vivre ailleurs,
la question à se poser est : Comment les autres preneurs
de décisions ont-ils mieux aménagé leurs villes
pour de meilleures vies ? Apprenons à travailler comme si
nous n'étions que des usagers.
Le chef de terre de la Mifi vient de partir. Ce n'est pas mourir
un peu.
Pas du tout. Un dicton Bafoussam dit que quand on est sédentaire,
on ne mange pas de bonne viande. La langue Bafoussam souhaite ainsi
bonne chance à ce chef qui connaît très bien
le dossier épineux de ses terres. Elle le tiendra informé
du dénouement, ne fusse que par les célèbres
voix des Pouokam, Mekat et Tabakwi qu'il reconnaît parfaitement.
Mais aussi, est-ce parce que cette langue crue patois est dite
" pauvre " qu'elle n'a pas eu d'épithète
(ni promu, ni muté, ni re
. ré
)pour habiller
un grand chef de terre fait d'argile dans la boue ? C'est la faute
à la radio diffusion qui, si elle était tombée
en panne comme d'habitude, les auditeurs n'auraient pas entendu
le remplacement de leur chef de terre départemental. A qui
la prochaine chute dans le jardin d'Eden appelé Bafoussam
au nom de toute la province de l'Ouest ?
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