Lucie PEKOUA
Juriste
Soliloque sur les lois
Comment contraindre
mon débiteur à s'acquitter de ses engagements ?
Est-il possible que
je fasse arrêter mon débiteur qui refuse de s'exécuter
? Tel est le sujet que nous propose cette semaine, notre chroniqueur
juridique.
Il n'est pas possible de donner d'emblée une réponse
affirmative ou négative à la question de savoir si
on peut faire arrêter un débiteur qui refuse de s'exécuter.
Au préalable, il est important de savoir de quel genre de
dette il s'agit. Votre débiteur a-t-il été
condamné par une décision de justice à vous
payer cet argent ou la dette est-elle issue d'un accord tacite entre
vous ou encore résulte-t-elle d'une infraction commise par
votre débiteur ?
Toutes ces trois questions servent de piste de réponse.
Commençons par la dette relevant d'une décision de
justice.
Ici encore une différence sera établie entre la
décision du juge civil et celle du juge pénal.
En matière civil depuis la loi du 18 juillet 1967, la contrainte
par corps a été supprimée. Personne ne peut
être arrêtée pour non payement des dommages intérêts
alloués à un particulier par un juge civil. Si la
somme réclamée a été allouée
par un juge pénal, les choses changent absolument, et la
victime d'une infraction peut saisir les officiers de police judiciaire
afin qu'ils exercent contre l'auteur de l'infraction la contrainte
par corps, c'est-à-dire qu'ils l'arrêtent et l'enferment
pour non paiement de la somme à laquelle il a été
condamné.
Ensuite s'agissant d'une dette résultant d'un accord passé
entre le débiteur et le créancier ce que Me Boubou
appelle la " dette civile ". Vous avez librement prêté
de l'argent à un ami en difficulté. Si à l'échéance
vous ne parvenez à lui faire rendre bourse, en aucun cas
vous ne pouvez obtenir son arrêt pour ce motif. Seuls ses
biens meubles ou immeubles peuvent être saisis après
autorisation du juge pour payer cette catégorie de dette.
Enfin si cette dette est le résultat d'une infraction de
la part de votre débiteur.
Imaginons que votre débiteur vous ait remis un chèque
et qu'il " rentre impayé " pour absence de provisions
dans son compte. Dans ce cas il est possible pour vous de recourir
à la force de l'ordre pour rentrer en possession de votre
dû.
Ce cas s'applique aussi à celui qui organise son insolvabilité.
Ceci est monnaie courante aujourd'hui. Bon nombre de débiteurs
préfèrent investir soit au nom de leur frère
soit au nom de leur fils afin de prouver le moment venu qu'ils sont
insolvables. Alors la loi est claire. Si vous ne pouvez pas payer
vos dettes, votre place n'est pas dans la société
libre mais en prison. Dans ces circonstances exceptionnelles on
essaie d'abord de ramener le débiteur à la raison
; s'il ne s'exécute pas c'est alors et alors seulement qu'on
le privera de sa liberté pour non exécution des engagements
souscrits.
Il est utile de noter à la fin de notre exposé que
dans la société aujourd'hui les contraintes par corps
tendent à disparaître au profit l'exécution
sur les biens du débiteur. C'est exceptionnellement et dans
des cas extrêmes qu'on agit sur la personne du débiteur.
La vieille pratique des sociétés romaines où
le créancier vendait son débiteur comme un esclave
et se payait sur le prix de la vente est presque partout tombée
en désuétude.
|