Opinion
La question Bamiléké ne doit pas
se tromper de réponse
Depuis Dschang, Monsieur Fomi Albert Claude, fonctionnaire retraité
et lecteur fidèle de Ouest Echos apporte sa part de contribution
au débat soulevé par l'interview du cardinal Tumi
au bimensuel africain " Jeune Afrique Economique " et
surtout aux réactions qu'elle a suscitées.
Monsieur le directeur,
J'ai lu avec grand intérêt dans l'Edition N°
157 du 18 au 24 octobre 2000 de votre journal, l'article intitulé
: " Le cardinal Tumi met les pieds dans les plats ", s'agissant
du passage de son interview à Jeune Afrique Economique sur
l'ardeur et le dynamisme au travail des Bamiléké,
qualités qui leur ont toujours valu plus de jalousie et de
rancur que d'admiration et d'encouragement.
En guise de ma contribution pour une globale connaissance des
causes des malheurs que subissent les Bamiléké et
des souffrances qu'ils endurent au cours de leur existence, et pour
être objectif dans nos analyses et conclusions, je vous prie
de publier mes observations ci-après, extraites d'un livre
que j'écris intitulé " Les Bamiléké
et la politique au Cameroun ".
(...) Comme l'a écrit le révérend père
Engelbert Mveng en soulignant le caractère propre de l'homme
Bamiléké, son esprit d'entreprise et son sens de l'économie
ne comptent guère de concurrents sous les tropiques.
(...) Cependant, si au plan économique les Bamiléké
sont des géants, au plan politique, ils sont restés
des nains pour n'avoir jamais réussi à s'imposer dans
ce domaine, en se contentant d'appuis aux autres tant du pouvoir
que de l'opposition suivant les circonstances. Si par ailleurs leur
identité et leur réussite sont universellement reconnues
dans les affaires, leur manque de cohésion, d'entente et
de vision claire au plan politique est déplorable.
(...) En effet, comme nous le savons, après le grand virage
de l'indépendance, le Cameroun traverse aujourd'hui un nouveau
tournant décisif se don histoire : c'est celui de la démocratie.
Comme à la veille de l'indépendance les Bamiléké
avaient suivi massivement l'UPC dans la rébellion suicidaire,
ils se sont une fois de plus embarqués sans discernement
dans des partis politiques et s'y maintiennent de manière
obscurantiste, pendant que ceux qui veillent et observent l'évolution,
adoptent à temps des attitudes conséquentes. Certains
diront que c'est parce que le Bamiléké sait faire
confiance et respecte ses amitiés, ses accords et ses engagements.
Or, en politique plus que dans tout autre domaine, la confiance
n'est jamais totalement, ni définitivement donnée
ou acquise, Puisqu'elle, la politique, est essentiellement l'art
de la ruse. car la politique est comme le vent qui change constamment
de sens ou de direction. C'est pourquoi elle exige beaucoup de vigilance,
ainsi qu'une grande faculté d'adaptation. Tout cela semble
manquer chez bon nombre de Bamiléké, ce qui les met
souvent à la traîne des autres lorsqu'ils se réveillent
par surprise chaque fois trop tard, pour courir derrière
des trains déjà en allure, comme ce fut le cas sous
le règne d'Ahmadou Ahidjo. C'est ainsi qu'après avoir
combattu le régime d'Ahidjo, les Bamiléké reconnurent
rapidement leur incapacité à poursuivre longtemps
la lutte, et durent consentir de lourds sacrifices pour rétablir
la confiance entre eux et le pouvoir. A cet égard, non seulement
ils contribuèrent matériellement, financièrement,
et par des investissements humains au rayonnement du parti du chef
de l'Etat, l'U.C. puis l'U.N.C., mais également ils furent
les premiers et presque les seuls à édifier par leurs
moyens propres des somptueuses permanences du parti unique, avec
une magnifique et moderne maison du congrès à Bafoussam,
capitale provinciale de l'Ouest pour la tenue du congrès
de l'U.N.C. de 1980, après avoir financé celui de
l'U.C de 1965.
(...) La leçon à tirer de toutes ces considérations
est qu'il appartient à chaque Bamiléké individuellement
ou collectivement, d'avoir une vision politique claire sur la situation
et l'évolution nationale et internationale, afin de se déterminer
et d'agir fort opportunément, sans jamais perdre de vue le
proverbe de chez nous qui dit qu'on n'enlève pas la viande
de la gueule d'un fauve avec le couteau, mais en y substituant doucement
la moelle de bananier. Il en est de même de la parole du philosophe
Chinois qui avait dit : " Peu importe qu'un chat soit blanc
ou noir, pourvu qu'il attrape les souris.(...) "
Fomi Albert-Claude
Fonctionnaire Retraité
Dschang
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