Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
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Michel Eclador PEKOUA

Conseil supérieur de la Magistrature
Clés de lecture d'un grand chambardement

Longtemps annoncé, autant de fois reporté, le conseil supérieur de la magistrature s'est enfin tenu sous la présidence du chef de l'Etat. A la clé, un grand chambardement qui pourrait signifier quelque chose…

En vérité, après trois reports successifs pour cause d'absence du chef de l'Etat à Yaoundé, les observateurs attendaient un conseil supérieur de la magistrature des plus incisifs. A première vu, ils n'ont pas été déçus. On signale à la clé une vingtaine de textes signés du chef de l'Etat, président du conseil supérieur de la magistrature, en ce 3 novembre 2000 où finalement, les membres de ce conseil ont pu se réunir au Palais de l'Unité.

En vérité aussi, ce conseil, le premier du genre après le discours du chef de l'Etat à la Nation en début d'année 1999 et dans lequel il pointait un doigt sur le corps de la magistrature gangrené par la corruption, se devait d'indiquer ou plutôt de repréciser les options dominantes prises par le gouvernement en vue de contenir les maux relevés par le chef de l'Etat lui-même. En dépit de quelques sanctions prononcées avant ce conseil supérieur de la magistrature, la session du 3 novembre dernier ne s'est pas particulièrement distinguée par des punitions exemplaires à l'endroit de ceux, de plus en plus nombreux dans le corps de la magistrature qui par leur vénalité fragilisent la confiance que les citoyens se doivent d'avoir vis à vis de la justice du palais. Par goût du lucre, ils ont édifié des temples à l'injustice dans nos institutions judiciaires en mettant sous le boisseau le droit qui était sensé leur servir de boussole. Ceux-là disions-nous n'ont pas beaucoup souffert des résultats de ce conseil supérieur de la magistrature. Mais, ce serait aussi se voiler les yeux que de ne pas relever qu'il y a quand même eu comme une volonté d'assainir le milieu, d'interpeller les magistrats. Une volonté qui n'est pas allée jusqu'à son terme et qui finalement n'est apparue que comme un " demi geste " pour parler comme dans les milieux du sport.

Paul Biya n'a pas beaucoup révoqué certes, mais ne faudrait-il pas voir en certaines affectations, comme des sanctions des magistrats. On signale notamment ces cas de magistrats réputés corrompus qui ont été affectés dans des localités très peu hospitalières du septentrion où les populations sont très souvent coupées du reste du pays en certaines saisons. De là à dire que le conseil supérieur de la magistrature a préféré cette solution des affectations quelque peu disciplinaires à des révocations en bonne et due forme, il n' y a qu'un pas que certains n'ont pas hésité à franchir. S'appuyant sur le fait que se mettre à cheval sur les principes consistait à décimer complètement les effectifs des magistrats en ces moments où il est de même reconnu qu'ils ne sont pas des masses comme en témoignent les lenteurs judiciaires très souvent causées par un sous effectif dans le corps de la justice.

Mais il est aussi à relever que le président Biya pourrait s'être contenté des petits messages codés à l'endroit des magistrats qui quoi qu'on en pense constituent encore et toujours le bras séculier de son régime. Et justement, la perspective des élections étant dans l'air. Cette " molesse " dans les sanctions des magistrats n'est pas sans rappeler que le chef de l'Etat devra encore beaucoup compter sur eux pour conduire à bien le saupoudrage sous des atours de droit d' un système que beaucoup qualifie toujours de dictature pernicieuse


Pourtant, l'urgence aujourd'hui est de rédorer le blason de la justice, lui conférer ses véritables pouvoirs de régulation et de recours des citoyens qui pour une raison ou une autre se trouveraient lésés dans la vie quotidienne. Une bonne justice, une injustice et indépendante redonnerait espoir aux populations.En tout cas une situation qui fait du Cameroun une situation à part où les forces de l'ordre elles mêmes ne font plus confiance à la justice et exécutent les suspects qu'ils ont sous la main sans plus autre forme de procès. Une situation franchement anormale dans un Etat où existe une justice digne de ce nom. Nous en sommes encore un peu éloignés et la lecture des décisions du dernier conseil supérieur de la magistrature indique que d'autres " combinazione " politiques ont primé sur la nécessité d'assainir vigoureusement le milieu.

En tout état de cause, la grande leçon à retenir de ces mesures est que revigoré par son long repos de Kribi, Paul Biya est revenu en première ligne et reprend l'initiative sur le plan politique. Après les magistrats qui ont été l'objet de ses attentions la semaine dernière. A qui le tour ?


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