Martial HOGBE MATIP
Exclusions ethniques
Des paysans Bamiléké chassés
du Nord-Ouest à la machette
L'arrondissement de Santa dans le département
de Mezam vient d'être le théâtre d'une autre
chasse aux Bamiléké. Encore une...
Le moins que l'on puisse dire est que les Bamiléké
ont franchement des difficultés d'intégration au Cameroun.
Apparemment, personne n'en veut près de chez lui. Et là
où ils sont installés depuis plus de cinquante ans
comme à Baligham près de Santa le problème
de leur coexistence pacifique se pose encore.
Les faits sont ceux que racontent Wamey Panky, reporter au journal
The Post dans son édition n° 221 du 6 novembre 2000.
Dans cette édition, le journal anglophone fait état
des violences dont ont été victimes les populations
Bamiléké résidents dans le village Baligham,
un village de l'arrondissement de Santa dans la Mezam, tout prêt
de Baba II le village de Fru Ndi le chef de la formation politique
des " Anglo Bami ". Mercredi 1er novembre dernier, la
brigade de gendarmerie de cette localité a abrité
des paysans Bamiléké qui fuyaient les exactions dont
certains villageois les accablaient sous la houlette de Sa Majesté
Galabe MST III, le chef de ce village. Les blessés les plus
graves ont été transportés en observation à
l'hôpital de Mbouda où ils suivent des soins intensifs
en ce moment. D'autres paysans qui n'ont pas pu se sauver se trouveraient
dans la prison privée du chef supérieur Galabe décidé
à chasser tous les Bamiléké de son territoire.
Toujours d'après le journal anglophone qui rapporte les
faits, à l'origine de la crise se trouve un problème
de réorganisation du village. Sa Majesté Galabe avait
décidé de diviser son village en plusieurs sections
dans le but d'accélérer le développement de
la contrée. Les sections qui auraient développé
plus vite leurs espaces étant appelées à servir
d'exemple à celles à la traîne, de fait condamner
à mieux travailler pour atteindre les plus avancées.
Voilà comment ce village put effectivement multiplier en
quelques années ses productions agricoles, de pommes de terre
notamment en même temps qu'on pouvait observer la mise en
place de petites infrastructures communautaires. Mais c'était
un développement inégalitaire. Les sections les plus
développées étaient celles des Bamiléké.
On rappelle que tout allogènes qu'ils sont, les Bamiléké
de ce village y sont installés depuis les années 1950,
c'est-à-dire dès la veille des troubles liés
à l'Indépendance du Cameroun francophone. Majoritairement
originaires des Bamboutos, ils s'y étaient réfugiés
pour fuir les bombardements de l'aviation coloniale française
particulièrement dévastateurs dans les villages réputés
accueillir les rebelles.
Le problème a donc commencé à Baligham quand
constatant que le développement du village reposait majoritairement
sur eux, certains de ces paysans Bamiléké ont commencé
à revendiquer plus d'égards du chef et même
dit-on une sous chefferie autonome. Là, le chef supérieur
Baligham a vu rouge et immédiatement a dressé sa milice
pour chasser violemment les paysans Bamiléké de leurs
terres, s'emparer de leurs récoltes et emprisonner ceux des
récalcitrants qui en dépit des coups de machette s'obstinaient
à ne pas quitter les lieux.
Thomas Nkwete, Benoît Cho, Jean Songnyah et Thomas Ntangda,
quatre réfugiés rencontrés par notre confrère
dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Santa ne se sont
pas faits prier pour exposer leurs blessures et accabler de leurs
témoignages, les agissements du chef supérieur de
Baligham qui aurait recruté plusieurs dizaines de désuvrés
de son groupement pour en faire une milice qui arrête, rançonne
et enferme les paysans Bamiléké récalcitrants
dans les prisons privées de son palais.
DROIT DU SOL
En tout état de cause, la rédaction de Ouest Échos
a joint les autorités de la province du Nord-ouest mardi
dernier sans pouvoir en tirer les meilleures informations. Si à
la province, on est effectivement au courant des troubles qui se
sont déroulés autour du 1er novembre 2000, les responsables
en étaient encore à attendre les rapports des collaborateurs
concernés, préfet de la Mezam et sous préfet
de Santa. (Senior divisionnal officer de la Mezam et le Divisionnal
officer de Santa).
Reste que le sous préfet de Santa, M. Emmanuel Andong Anjeck
a confirmé que des troubles s'étaient effectivement
passés dans son territoire de commandement, mais que la situation
était revenue à la normale, les forces de l'ordre
contrôlant la situation. Avec des mots particulièrement
durs, il a rappelé qu'il avait déjà mis en
garde le chef supérieur Baligham contre les violations des
droits de l'homme dans son village et contre sa propension à
établir ses propres lois qu'il impose à tout le monde
: " Je lui ai dit à plusieurs reprises qu'il n'a aucun
droit de former une milice chargée d'arrêter les gens,
de les torturer en les enfermant contre leur gré dans ses
prisons privées du palais ", a notamment témoigné
le sous préfet.
Emmanuel Andong Anjeck a de même confirmé que les
miliciens du chef ont commencé à maltraiter les paysans
Bamiléké quand certains des leurs à l'instar
de Maître Ndongla se sont mis à faire circuler des
pétitions en vue de recueillir des signatures pour plaider
l'autonomie traditionnelle de ces paysans Bamiléké.
Au-delà de cette guerre des chefs qui vient de ruiner des
dizaines d'hectares de récoltes et de rendre invalides de
nombreux paysans estropiés, le sous préfet de Santa
a rappelé qu'en tant que Camerounais à part entière,
les paysans Bamiléké avaient le droit de jouir des
terres légalement acquises au Cameroun, sans aucun préjudice
de leurs forces de travail. Cependant que certains ressortissants
Baligham se montraient surpris d'entendre dire qu'il fallait chasser
tous les Bamiléké de Baligham : " La plupart
d'entre eux sont nés ici, vont-ils laisser leurs biens ?
Où iront-ils ? " témoigne un autochtone attendri.
Pour autant, cette question de chasse aux Bamiléké
relance profondément le problème de l'intégration
nationale et particulièrement celle des Bamiléké
dans leurs communautés d'accueil, maintenant qu'il est établi
qu'ils sont les plus migrants. Au lendemain des élections
présidentielles de 1992, des Bamiléké avaient
été chassés du Centre et du Sud et leurs commerces,
plantations et habitations brûlés à Ebolowa,
Sangmélima et autres. Scénario identique de rejet
au lendemain des élections municipales de 1996 à Douala
avec la fameuse marche des Sawa craignant de se voir dissoudre dans
la marée Bamiléké. A Foumbot des escadrons
existent pour chasser des Bamiléké de leurs terres
par la terreur, en attendant que des scènes similaires soient
signalées à plus grande échelle dans le septentrion,
voici que les voisins anglophones s'y mettent aussi. Et si finalement
la question de l'intégration nationale camerounaise se résumait
en une seule : que faut-il faire des Bamiléké ?
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