Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
Premier Journal Camerounais d'informations régionales en ligne.


Martial HOGBE MATIP

Exclusions ethniques
Des paysans Bamiléké chassés du Nord-Ouest à la machette

L'arrondissement de Santa dans le département de Mezam vient d'être le théâtre d'une autre chasse aux Bamiléké. Encore une...

Le moins que l'on puisse dire est que les Bamiléké ont franchement des difficultés d'intégration au Cameroun. Apparemment, personne n'en veut près de chez lui. Et là où ils sont installés depuis plus de cinquante ans comme à Baligham près de Santa le problème de leur coexistence pacifique se pose encore.

Les faits sont ceux que racontent Wamey Panky, reporter au journal The Post dans son édition n° 221 du 6 novembre 2000. Dans cette édition, le journal anglophone fait état des violences dont ont été victimes les populations Bamiléké résidents dans le village Baligham, un village de l'arrondissement de Santa dans la Mezam, tout prêt de Baba II le village de Fru Ndi le chef de la formation politique des " Anglo Bami ". Mercredi 1er novembre dernier, la brigade de gendarmerie de cette localité a abrité des paysans Bamiléké qui fuyaient les exactions dont certains villageois les accablaient sous la houlette de Sa Majesté Galabe MST III, le chef de ce village. Les blessés les plus graves ont été transportés en observation à l'hôpital de Mbouda où ils suivent des soins intensifs en ce moment. D'autres paysans qui n'ont pas pu se sauver se trouveraient dans la prison privée du chef supérieur Galabe décidé à chasser tous les Bamiléké de son territoire.

Toujours d'après le journal anglophone qui rapporte les faits, à l'origine de la crise se trouve un problème de réorganisation du village. Sa Majesté Galabe avait décidé de diviser son village en plusieurs sections dans le but d'accélérer le développement de la contrée. Les sections qui auraient développé plus vite leurs espaces étant appelées à servir d'exemple à celles à la traîne, de fait condamner à mieux travailler pour atteindre les plus avancées. Voilà comment ce village put effectivement multiplier en quelques années ses productions agricoles, de pommes de terre notamment en même temps qu'on pouvait observer la mise en place de petites infrastructures communautaires. Mais c'était un développement inégalitaire. Les sections les plus développées étaient celles des Bamiléké. On rappelle que tout allogènes qu'ils sont, les Bamiléké de ce village y sont installés depuis les années 1950, c'est-à-dire dès la veille des troubles liés à l'Indépendance du Cameroun francophone. Majoritairement originaires des Bamboutos, ils s'y étaient réfugiés pour fuir les bombardements de l'aviation coloniale française particulièrement dévastateurs dans les villages réputés accueillir les rebelles.
Le problème a donc commencé à Baligham quand constatant que le développement du village reposait majoritairement sur eux, certains de ces paysans Bamiléké ont commencé à revendiquer plus d'égards du chef et même dit-on une sous chefferie autonome. Là, le chef supérieur Baligham a vu rouge et immédiatement a dressé sa milice pour chasser violemment les paysans Bamiléké de leurs terres, s'emparer de leurs récoltes et emprisonner ceux des récalcitrants qui en dépit des coups de machette s'obstinaient à ne pas quitter les lieux.

Thomas Nkwete, Benoît Cho, Jean Songnyah et Thomas Ntangda, quatre réfugiés rencontrés par notre confrère dans les locaux de la brigade de gendarmerie de Santa ne se sont pas faits prier pour exposer leurs blessures et accabler de leurs témoignages, les agissements du chef supérieur de Baligham qui aurait recruté plusieurs dizaines de désœuvrés de son groupement pour en faire une milice qui arrête, rançonne et enferme les paysans Bamiléké récalcitrants dans les prisons privées de son palais.

DROIT DU SOL

En tout état de cause, la rédaction de Ouest Échos a joint les autorités de la province du Nord-ouest mardi dernier sans pouvoir en tirer les meilleures informations. Si à la province, on est effectivement au courant des troubles qui se sont déroulés autour du 1er novembre 2000, les responsables en étaient encore à attendre les rapports des collaborateurs concernés, préfet de la Mezam et sous préfet de Santa. (Senior divisionnal officer de la Mezam et le Divisionnal officer de Santa).

Reste que le sous préfet de Santa, M. Emmanuel Andong Anjeck a confirmé que des troubles s'étaient effectivement passés dans son territoire de commandement, mais que la situation était revenue à la normale, les forces de l'ordre contrôlant la situation. Avec des mots particulièrement durs, il a rappelé qu'il avait déjà mis en garde le chef supérieur Baligham contre les violations des droits de l'homme dans son village et contre sa propension à établir ses propres lois qu'il impose à tout le monde : " Je lui ai dit à plusieurs reprises qu'il n'a aucun droit de former une milice chargée d'arrêter les gens, de les torturer en les enfermant contre leur gré dans ses prisons privées du palais ", a notamment témoigné le sous préfet.

Emmanuel Andong Anjeck a de même confirmé que les miliciens du chef ont commencé à maltraiter les paysans Bamiléké quand certains des leurs à l'instar de Maître Ndongla se sont mis à faire circuler des pétitions en vue de recueillir des signatures pour plaider l'autonomie traditionnelle de ces paysans Bamiléké.
Au-delà de cette guerre des chefs qui vient de ruiner des dizaines d'hectares de récoltes et de rendre invalides de nombreux paysans estropiés, le sous préfet de Santa a rappelé qu'en tant que Camerounais à part entière, les paysans Bamiléké avaient le droit de jouir des terres légalement acquises au Cameroun, sans aucun préjudice de leurs forces de travail. Cependant que certains ressortissants Baligham se montraient surpris d'entendre dire qu'il fallait chasser tous les Bamiléké de Baligham : " La plupart d'entre eux sont nés ici, vont-ils laisser leurs biens ? Où iront-ils ? " témoigne un autochtone attendri.

Pour autant, cette question de chasse aux Bamiléké relance profondément le problème de l'intégration nationale et particulièrement celle des Bamiléké dans leurs communautés d'accueil, maintenant qu'il est établi qu'ils sont les plus migrants. Au lendemain des élections présidentielles de 1992, des Bamiléké avaient été chassés du Centre et du Sud et leurs commerces, plantations et habitations brûlés à Ebolowa, Sangmélima et autres. Scénario identique de rejet au lendemain des élections municipales de 1996 à Douala avec la fameuse marche des Sawa craignant de se voir dissoudre dans la marée Bamiléké. A Foumbot des escadrons existent pour chasser des Bamiléké de leurs terres par la terreur, en attendant que des scènes similaires soient signalées à plus grande échelle dans le septentrion, voici que les voisins anglophones s'y mettent aussi. Et si finalement la question de l'intégration nationale camerounaise se résumait en une seule : que faut-il faire des Bamiléké ?


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