Michel Eclador PEKOUA
Le Cameroun élu au régime des PPTE
Comment Akamé Mfoumou a conduit son régime
à la " victoire "
Depuis le 11 octobre dernier, le Cameroun a franchi le point de
décision à l'initiative des Pays Pauvres Très
endettés. A Yaoundé on jubile. Reste qu'il faut mettre
un nom sur l'artisan de la " victoire ".
Même les sourds l'ont entendu : depuis le 11 octobre dernier,
les conseils d'administration de la Banque mondiale et du Fonds
monétaire international ont jugé favorablement le
dossier du Cameroun, candidat à l'initiative de réduction
de la dette des pays pauvres très endettés. Une décision
qui conclut le succès du programme économique triennal
conclu avec les institutions de Bretton Woods depuis le 20 août
1997 sur la base d'un document cadre approuvé et présenté
par le gouvernement le 18 juillet 1997. Reste que pour situer ce
qui s'est passé à Washington la semaine dernière,
il faudrait parler de franchissement de " point de décision
" sur le chemin du " point d'achèvement "
qui donnera droit à une réduction de la dette du Cameroun
de près de 850 milliards de francs CFA sur un stock global
de dette d'un peu près de 6000 milliards de francs CFA. En
somme, le point de décision qui a donné droit à
un allégement direct de près de 200 millions de dollars
est un satisfecit attribué à la gestion des finances
publiques du Cameroun et qui voudrait dire : " Vous êtes
sur la bonne voie, nous vous encourageons, mais allez jusqu'au bout
des reformes engagées pour bénéficier de la
réduction totale des huit cents milliards de francs CFA promis
! " Le bout des réformes engagées étant
bien entendu le " point d'achèvement ".
C'est dire que si les bailleurs de fonds sont actuellement satisfaits
de la gestion des finances publiques, reste le volet du désengagement
du secteur public des services marchands qui fait encore problème.
Et c'est en ce sens que les patrons à Washington de Robert
Mark Lacey (représentant résident de la Banque mondiale
au Cameroun) et Mbuyamu Matungulu (chef de mission du FMI au Cameroun)
souhaitent au plus vite que le Cameroun achève le processus
de privatisation de certaines grosses structures publiques telles
que la CDC, la CAMTEL, la SONEL ou même le SNEC pour se voir
attribuer le mérite du " point d'achèvement ".
En attendant, on ne manquera pas de relever que la conclusion heureuse
de ce programme triennal de 1997 marque en fait le premier grand
succès des rapports entre le Cameroun et les bailleurs de
fonds depuis 1988, date où les deux parties ont pris langue.
C'était à l'époque où Sadou Hayatou
était ministre de l'économie et des finances. Avant
le passage au ministère de l'économie et des finances
de Edouard Akame Mfoumou, beaucoup d'autres patrons des finances
publiques se sont succédés sans que ce succès
ne soit atteint. Un parallèle qu'il faudrait peut-être
mettre en relief avec le communiqué de victoire parti de
la présidence de la République, moins de deux heures
après la décision de Washington, Marafa Hamidou Yaya
écrivait : " Ce succès historique est la politique
de redressement prescrite par le chef de l'Etat et mise en uvre
avec détermination par le gouvernement. "
Ce serait peut-être manquer de mémoire que de ne
pas rappeler que cette même présidence ou du moins
ses conseillers en charge des affaires économiques auront
pourtant freiner des quatre fers pour ralentir ou même stopper
le processus des réformes. On a encore à l'esprit
les blocages sur la budgétisation des recettes pétrolières
qui ont donné lieu à une véritable levée
de boucliers entre Hamidou Marafa et Adolphe Moudiki d'un côté
et de l'autre l'équipe du Minéfi Edouard Akame Mfoumou.
Avec l'appui discret des représentants des bailleurs de fonds
au Cameroun, le MINEFI allait finalement remporter la partie, ceux-ci
ayant mis en avant le chantage d'un arrêt net du programme
de reformes engagées entre le Cameroun et eux.
Mieux, le succès des reformes étant aussi celui
du sacrifice des opérateurs économiques, sur qui les
services du fisc ont mis plus de pression que d'habitude, pour recouvrer
des recettes, même non dues, afin d'atteindre les objectifs
fixés par les bailleurs de fonds, la justice et l'équité
voudraient qu'à l'heure où sonnent les clairons de
la " victoire ", qu'on ait un peu plus d'égard
pour eux. Ce n'est pas l'impression que le pouvoir et ses caisses
de résonance donnent à écouter ces derniers
jours.
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