Sharon MENKA
Tintamarre à Bana
Le RDPC se ridiculise en cherchant à tricher
Scénario pour convaincre : faire croire
que toute la population de Bana milite dans le RDPC. En usant de
tricherie et de manipulations. on expérimente ici de bien
curieuses moeurs politiques.
Il y avait des apparences de fête à la chefferie Bana
le 30 septembre dernier. Non en raison de la laborieuse victoire
des lions espoirs à Sydney mais à cause du RDPC. Dans
une de nos livraisons l'année dernière (Ouest-Echos
n°114 du 8 au 15 novembre 1999), nous relevions les manigances
avec lesquelles les responsables locaux de ce parti avaient recruté
à tout vent des " militants " et les dissensions
que cela avait entraîné singulièrement à
Bana où le réputé Kadji Defosso Joseph s'était
cru un devoir de s'immiscer dans le bal. Depuis ce renouvellement-éclatement-
création, on sait que le RDPC se porte très mal à
Bana puisqu'il connaît au moins trois tendances et que le
président de l'ancienne sous-section qui couvrait tout l'arrondissement
a été entre-temps subtilement écarté
des commandes, lui que certains n'avaient pas hésité
à considérer comme un allogène à Bana
parce qu'il serait du village voisin de Badoumkassa. L'installation
de ces nouvelles structures avait été différée
et certains avaient cru avec le temps qu'on était parvenu
à une certaine normalisation. A l'observation, il semble
que ces acrobaties avaient plutôt semé le doute dans
les esprits au niveau des instances supérieurs, qui ont décidé
de venir constater à Bana que l'arrondissement était
vraiment un bastion du RDPC. La cérémonie de samedi
avait donc pour but de confirmer cette popularité.
Kadji DEFOSSO au four et au moulin
Pour la circonstance, on n'a pas lésiné sur les moyens,
des plus orthodoxes aux plus louches, pour faire foule. Une portion
de la richesse et de l'aura de Kadji a permis de mobiliser les "
Bana " de Yaoundé, Douala, Bafoussam, Bafang ; les femmes
Bana de Nkongsamba reconnaissables par leur pagne plutôt suspect
en ces lieux sont sortis nombreuses ; un ami de Dschang lui a prêté
pour cette journée des militants et autres employés
de la CAPLAME auxquels se sont ajoutés ceux de l'UCB ainsi
que des jeunes élèves en week-end.
Sur place au village, le chef avait ventilé l'information
selon laquelle il recevait toutes les populations à la chefferie
le samedi. C'est donc légitimement que de nombreux citoyens
se retrouvée là, sans savoir ce qu'ils venaient faire.
Ce n'est que progressivement qu'ils comprendront qu'ils venaient
à un meeting dont l'objet était... la validation des
listes des membres du parti à Bana. Où l'on a vu que
la honte ne tue pas, même le Bamiléké chez qui
on trouve qu'elle est un instrument d'éducation. Non seulement
les organisateurs ont demandé aux " militants "
de s'aligner par sous-section (on n'ignore le nombre) pour être
comptés mais encore on a régulièrement vu plusieurs
doigts se lever à la lecture d'un seul nom, sans que cela
n'émeuve personne. Parce que c'était les noms des
personnes fictives. Mais le curieux est attiré par des petits
pancartes qui essaiment dans la cour. ce sont les lieux de recrutement,
par sous section. Quel que soit votre âge, votre profession,
le casier judiciaire, connu ou inconnu, vous donnez le nom, on l'enregistre,
vous établit une carte et vous allez répondre à
l'appel, en attendant de trouver le chemin de la caisse. On apprendra
plus tard que les noms et prénoms enregistrés ainsi
que les numéros de cartes d'identités seront portés
sur les listes électorales et ces " mercenaires "
viendront voter lors des prochaines échéances électorales.
Devant ce qui ressemblait à un rite dangereux, les dieux
se sont même fâchés. Car une forte pluie est
tombée et a disloqué la foule. Preuve du génie
d'un peuple, les mamans ont alors coupé toutes les feuilles
de macabo d'un champ pour se couvrir. Sous la pluie battante elles
ne manquaient pas d'ironie : " c'est ce que le père
Kadji nous a appelées pour nous distribuer ". Dans la
soirée, on a aperçu trois cars devant le portail du
père Kadji. Les " vandales de Mbouda " faisaient
du bruit parce qu'ils n'avaient pas reçu l'argent promis
avant leur embarquement. On apprendra qu'après d'âpres
discutions, le père de King Beer a promis de leur envoyer
le pactole, en attendant que le chef de la délégation
lui envoie par fax la liste des membres. On savait les Bana orgueilleux
et fiers d'eux-mêmes mais on ne sait pas où (et pourquoi)
Kadji et Cie veulent mener ce peuple au sein duquel il n'y a pas
que des moutons.
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