Martial HOGBE MATIP
5ème vice présidence du SDF
Quand Fru Ndi calcule l'argent des Bami
En faisant désigner le Dr. Djoumbi Sango
comme 5ème vice président national du SDF, le chairman
ne s'est pas seulement rendu coupable de provocation à l'endroit
des militants de son parti. Il a aussi montré qu'il était
un businessman très avisé.
Le 5ème congrès du SDF tenu à Yaoundé
du 16 au 20 avril 1999 s'était noué sur une symphonie
inachevée. En pleine violation des statuts, les délégués
et plénipotentiaires du parti avaient voté une résolution
portant à cinq le nombre des vice présidents du parti.
En dessous, une méprise des hiérarques du parti à
Bamenda qui finalement s'était retournée contre eux,
contraints à cet artifice pour se sortir d'une impasse dans
laquelle ils s'étaient délibérément
enfermés.
Rappel. On a coutume de le dire et l'observation le montre. Le
SDF est majoritairement habité par des militants originaires
de l'Ouest, qui y apportent le nombre démocratique et l'argent
qui est le nerf de la guerre. Mais il est aussi constant de relever
que l'individualisme trop prononcé des originaires de l'Ouest
les empêche le plus souvent de faire foule et de préférer
les solutions faciles des compromis égoïstes à
leur propre avantage. Toutes choses qui ont fait que le SDF n'est
pas le parti des Bamiléké en ce sens que ceux-ci consciemment
ou non, avec l'aide des autres ou non, se sont écartés
des véritables postes de décision du parti. Conséquence,
les orientations politiques du parti se sont quelquefois trouvés
en totale contradiction avec les préférences populaires
à l'Ouest. C'est le cas notamment du récent traitement
des affaires sécessionnistes qui ont terni la crédibilité
du parti, quand bien même, il n'est pas imaginable que les
populations de l'Ouest puissent préférer cette option
d'enfermement préjudiciables à leurs intérêts
de commerçants.
Il se trouve aussi qu'à la veille du congrès, certains
individus Bamiléké qui parlaient pourtant pour eux-mêmes
ont postulé à des fonctions importantes du parti.
Sans qu'on sache trop pourquoi, le chairman du parti a cru voir
derrière ces candidatures l'expression d'un lobby Bamiléké
imaginaire. Et en dépit des assurances que le président
provincial du SDF pour l'Ouest lui avait données quant à
la fidélité de ses troupes, le chairman a organisé
une ligue avec des électeurs circonstanciels des provinces
septentrionales pour barrer la voie à toutes les candidatures
Bamiléké. Voilà comment au sixième tour
des élections, les délégués de l'Ouest
constatant que leurs candidats étaient systématiquement
battus ne trouvèrent pas mieux que de bloquer spontanément
les travaux du congrès en criant à un complot contre
eux. En ce moment, on avait fini d'élire les conseillers,
le président national et les 4 vices présidents statutaires.
Ce fut alors la véritable occasion de découvrir la
naissance d'un lobby Bamiléké quasi officiel au sein
du parti, né dans la solidarité d'une détresse
commune, improvisé et par conséquent brouillon, les
le groupe qui prit le chairman en otage dans une salle des palais
des congrès obligea ce dernier à admettre qu'on créerait
sur le champ un cinquième poste de vice président
pour les Bamiléké, quant bien même les statuts
ne le prévoyaient pas. Coincé, John Fru Ndi n'avait
pas d'autre choix que d'accepter parce que en laissant la situation
en l'état, il courait le risque de faire face à une
vaste campagne de dénigrement de ceux qui apportent le plus
à son parti dès la fin du congrès. Des porteurs
d'eau qu'il avait été par ailleurs imprudent de les
mettre tous dans le même panier, comme en témoignait
d'ailleurs une littérature du La'akam le traitant d'anti-Bamiléké.
Calcul de Nkap !
Reste que cette acceptation des bouts de lèvre du leader
du SDF allait connaître une très longue gestation,
puisque c'est finalement 19 mois plus tard que la décision
est tombée. En ces Jours où
des consultations
populaires sont dans l'air. Dès lors, comment ne pas donner
raison à ceux qui pensent que la désignation seulement
maintenant d'un cinquième vice président Bamiléké
au sein du SDF n'a que des desseins électoralistes ?
Et le choix même de l'heureux élu porte à
controverse. Le Dr. Djoumbi Sango qui a été coopté
cinquième vice président est celui-là même
qui candidat à la quatrième vice présidence
du parti au dernier congrès a été désavoué
par les militants électeurs. En le nommant à un poste
où il avait été rejeté par les militants,
Fru Ndi et ses amis du NEC se rendent coupables de provocations
à l'endroit des électeurs-militants de base, exactement
comme Biya et son régime se sont rendus coupables de provocation
à l'endroit des électeurs de Kumba quand au terme
des élections municipales de 1996, le chef de l'Etat avait
nommé délégué du gouvernement (maire),
un monsieur qui avait pourtant été vomi par les électeurs.
On se gardera de plus amples parallèles, l'un combattant
l'autre comme il se sait sur ses pratiques démocratiques
!
Mais comme on le voit, le SDF n'est plus loin d'une ploutocratie
où l'argent fait tout et absout tout. Dans ce parti "
démocratique " où on a vu des députés
se faire élire après avoir monnayé leur élection,
le patron du parti se devait de repréciser ses qualités
de businessman en ces heures où les militants sont un peu
oublieux de ces pratiques. Djoumbi Sango a beau avoir été
battu au congrès, reste qu'il un bourgeois fortuné
et bien introduit dans les milieux d'affaires Bamiléké
de la capitale économique. " Il est l'un des rares capables
de convaincre ces derniers à remettre la main dans la poche
pour soutenir l'effort de guerre. ", dit de lui notre confrère
Alex Gustave Azebaze du Messager qui l'a rencontré pour prendre
le pouls de ses impressions au lendemain de sa désignation.
(Lire Le Messager n°1128 du 11 octobre 2000). Et l'heureux élu
d'énoncer sa profession de foi dans la même édition
: " Je crois devoir mon poste aussi bien à la direction
de mon parti qu'à l'ensemble des ressortissants de l'Ouest
militant dans le SDF. C'est une grande confiance que ces derniers
m'ont ainsi faite. En tant que ressortissant de l'Ouest dont vous
n'ignorez pas l'importance sur l'ensemble du territoire, je m'attacherai
naturellement à consolider la participation de ceux-ci dans
la mobilisation pour que le parti gagne toujours. J'engagerai toutes
mes forces pour que le parti réussisse dans l'ensemble du
pays. Je chercherai toujours un consensus sur le terrain. "
En clair, le bourgeois médecin est content et fier de lui.
Fier d'être promu à un poste où démocratiquement
il n'a pas droit. Un trémolo menteur dont le seul mérite
est de confirmer que la démocratie est sérieusement
plombée au Cameroun par un tribalisme grossier et en ras
de terre. C'est dommage que la leçon nous vienne du SDF de
John Fru Ndi parce que la collusion entre le mercantilisme de l'un
d'un côté et de l'autre les appétits irraisonnés
de pouvoir de certains bourgeois arrivés en politique par
effraction auront trouvé un terreau fertile pour prospérer.
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