Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
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Martial HOGBE MATIP


5ème vice présidence du SDF

Quand Fru Ndi calcule l'argent des Bami

En faisant désigner le Dr. Djoumbi Sango comme 5ème vice président national du SDF, le chairman ne s'est pas seulement rendu coupable de provocation à l'endroit des militants de son parti. Il a aussi montré qu'il était un businessman très avisé.



Le 5ème congrès du SDF tenu à Yaoundé du 16 au 20 avril 1999 s'était noué sur une symphonie inachevée. En pleine violation des statuts, les délégués et plénipotentiaires du parti avaient voté une résolution portant à cinq le nombre des vice présidents du parti. En dessous, une méprise des hiérarques du parti à Bamenda qui finalement s'était retournée contre eux, contraints à cet artifice pour se sortir d'une impasse dans laquelle ils s'étaient délibérément enfermés.

Rappel. On a coutume de le dire et l'observation le montre. Le SDF est majoritairement habité par des militants originaires de l'Ouest, qui y apportent le nombre démocratique et l'argent qui est le nerf de la guerre. Mais il est aussi constant de relever que l'individualisme trop prononcé des originaires de l'Ouest les empêche le plus souvent de faire foule et de préférer les solutions faciles des compromis égoïstes à leur propre avantage. Toutes choses qui ont fait que le SDF n'est pas le parti des Bamiléké en ce sens que ceux-ci consciemment ou non, avec l'aide des autres ou non, se sont écartés des véritables postes de décision du parti. Conséquence, les orientations politiques du parti se sont quelquefois trouvés en totale contradiction avec les préférences populaires à l'Ouest. C'est le cas notamment du récent traitement des affaires sécessionnistes qui ont terni la crédibilité du parti, quand bien même, il n'est pas imaginable que les populations de l'Ouest puissent préférer cette option d'enfermement préjudiciables à leurs intérêts de commerçants.

Il se trouve aussi qu'à la veille du congrès, certains individus Bamiléké qui parlaient pourtant pour eux-mêmes ont postulé à des fonctions importantes du parti. Sans qu'on sache trop pourquoi, le chairman du parti a cru voir derrière ces candidatures l'expression d'un lobby Bamiléké imaginaire. Et en dépit des assurances que le président provincial du SDF pour l'Ouest lui avait données quant à la fidélité de ses troupes, le chairman a organisé une ligue avec des électeurs circonstanciels des provinces septentrionales pour barrer la voie à toutes les candidatures Bamiléké. Voilà comment au sixième tour des élections, les délégués de l'Ouest constatant que leurs candidats étaient systématiquement battus ne trouvèrent pas mieux que de bloquer spontanément les travaux du congrès en criant à un complot contre eux. En ce moment, on avait fini d'élire les conseillers, le président national et les 4 vices présidents statutaires. Ce fut alors la véritable occasion de découvrir la naissance d'un lobby Bamiléké quasi officiel au sein du parti, né dans la solidarité d'une détresse commune, improvisé et par conséquent brouillon, les le groupe qui prit le chairman en otage dans une salle des palais des congrès obligea ce dernier à admettre qu'on créerait sur le champ un cinquième poste de vice président pour les Bamiléké, quant bien même les statuts ne le prévoyaient pas. Coincé, John Fru Ndi n'avait pas d'autre choix que d'accepter parce que en laissant la situation en l'état, il courait le risque de faire face à une vaste campagne de dénigrement de ceux qui apportent le plus à son parti dès la fin du congrès. Des porteurs d'eau qu'il avait été par ailleurs imprudent de les mettre tous dans le même panier, comme en témoignait d'ailleurs une littérature du La'akam le traitant d'anti-Bamiléké.

Calcul de Nkap !
Reste que cette acceptation des bouts de lèvre du leader du SDF allait connaître une très longue gestation, puisque c'est finalement 19 mois plus tard que la décision est tombée. En ces Jours où … des consultations populaires sont dans l'air. Dès lors, comment ne pas donner raison à ceux qui pensent que la désignation seulement maintenant d'un cinquième vice président Bamiléké au sein du SDF n'a que des desseins électoralistes ?

Et le choix même de l'heureux élu porte à controverse. Le Dr. Djoumbi Sango qui a été coopté cinquième vice président est celui-là même qui candidat à la quatrième vice présidence du parti au dernier congrès a été désavoué par les militants électeurs. En le nommant à un poste où il avait été rejeté par les militants, Fru Ndi et ses amis du NEC se rendent coupables de provocations à l'endroit des électeurs-militants de base, exactement comme Biya et son régime se sont rendus coupables de provocation à l'endroit des électeurs de Kumba quand au terme des élections municipales de 1996, le chef de l'Etat avait nommé délégué du gouvernement (maire), un monsieur qui avait pourtant été vomi par les électeurs. On se gardera de plus amples parallèles, l'un combattant l'autre comme il se sait sur ses pratiques démocratiques !

Mais comme on le voit, le SDF n'est plus loin d'une ploutocratie où l'argent fait tout et absout tout. Dans ce parti " démocratique " où on a vu des députés se faire élire après avoir monnayé leur élection, le patron du parti se devait de repréciser ses qualités de businessman en ces heures où les militants sont un peu oublieux de ces pratiques. Djoumbi Sango a beau avoir été battu au congrès, reste qu'il un bourgeois fortuné et bien introduit dans les milieux d'affaires Bamiléké de la capitale économique. " Il est l'un des rares capables de convaincre ces derniers à remettre la main dans la poche pour soutenir l'effort de guerre. ", dit de lui notre confrère Alex Gustave Azebaze du Messager qui l'a rencontré pour prendre le pouls de ses impressions au lendemain de sa désignation. (Lire Le Messager n°1128 du 11 octobre 2000). Et l'heureux élu d'énoncer sa profession de foi dans la même édition : " Je crois devoir mon poste aussi bien à la direction de mon parti qu'à l'ensemble des ressortissants de l'Ouest militant dans le SDF. C'est une grande confiance que ces derniers m'ont ainsi faite. En tant que ressortissant de l'Ouest dont vous n'ignorez pas l'importance sur l'ensemble du territoire, je m'attacherai naturellement à consolider la participation de ceux-ci dans la mobilisation pour que le parti gagne toujours. J'engagerai toutes mes forces pour que le parti réussisse dans l'ensemble du pays. Je chercherai toujours un consensus sur le terrain. " En clair, le bourgeois médecin est content et fier de lui. Fier d'être promu à un poste où démocratiquement il n'a pas droit. Un trémolo menteur dont le seul mérite est de confirmer que la démocratie est sérieusement plombée au Cameroun par un tribalisme grossier et en ras de terre. C'est dommage que la leçon nous vienne du SDF de John Fru Ndi parce que la collusion entre le mercantilisme de l'un d'un côté et de l'autre les appétits irraisonnés de pouvoir de certains bourgeois arrivés en politique par effraction auront trouvé un terreau fertile pour prospérer.


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