Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
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Michel Eclador PEKOUA

La suite de l'affaire Kouhekong

S.M. Njitack Ngompé sera-t-il destitué ?

Le moins que l'on puisse dire est qu'on n'a pas fini de parler de l'affaire Kouhekong. Il est maintenant question de la destitution pure et simple du chef traditionnel des Bafoussam accusé d'insubordination et de rébellion à l'endroit des pouvoirs publics. Chaud devant…


Après la chute du préfet de la Mifi David Njilié, consécutive aux yeux de l'opinion de la place de Bafoussam, aux affaires foncières de Kouhekong, le tour est-il venu à celle de S.M. Njitack Ngompé le chef coutumier des Bafoussam, accusé d'être le principal instigateur desdites affaires foncières ? C'est le sujet vedette des conversations des salons et de la rue à l'Ouest, sujet quelque peu réactivé à la faveur de la passation de service entre les préfets sortant et entrant de la Mifi samedi dernier, avec un frémissement bien perceptible dans la tribune quand dans son discours d'installation, le gouverneur de l'Ouest a dit au nouveau promu qu'il héritait de l'affaire Kouhekong sur laquelle il était attendu…

Aujourd'hui, le calme est revenu dans la zone litigieuse de Kouhekong. Cependant, les éléments des forces de l'ordre qui y campent indiquent que cette accalmie peut être rompue à tout moment.

L'affaire Kouhekong ce sont des expropriations forcées des exploitants agricoles et autres métayers y travaillant par des milices villageoises du chef traditionnel des Bafoussam, lequel avait même procédé à de nouvelles répartitions de terres à de nouveaux bénéficiaires qui s'étaient empressés d'y semer des plants. Le hic dans l'affaire est que ce terrain cédé par l'aïeul de Njitack Ngompé à des colons soucieux de vulgariser la culture de café au sein des populations de l'Ouest et des environs, avait entre temps fait l'objet d'autres transactions comme le témoignait la possession des titres fonciers par certains exploitants agricoles. Titres fonciers que le chef des Bafoussam et ses hommes balayaient d'un revers de la main, soutenus en cela au début par les autorités administratives de la place de l'Ouest et de la Mifi en particulier. On connaît le virage à 180% desdites autorités qui allaient par la suite retirer leur soutien aux initiatives de la chefferie Bafoussam et de ses miliciens avant de leur demander de quitter les lieux. En pure perte, puisque dans une bravade encore incomprise aujourd'hui, le chef coutumier des Bafoussam allait refuser de s'exécuter donnant le prétexte aux pouvoirs publics de faire descendre les forces de l'ordre à Kouhekong pour faire appliquer l'autorité de l'Etat. des interpellations allaient s'en suivre, elles-mêmes compliquées par d'autres manifestants descendus à la gendarmerie protester contre ces interpellations et eux-mêmes conséquemment arrêtés. Une escalade folle qui allait déclencher deux procédures, une judiciaire et l'autre administrative contre " l'auxiliaire de l'administration " Njitack Ngompé ci-devant chef coutumier des Bafoussam. Au grand dam de ses pairs, têtes couronnées de l'Ouest. " Ce qui arrive est très regrettable, nous avons fait des pieds et des mains pour régler cette affaire entre nous chefs traditionnels, mais hélas il y a des entêtements incompréhensibles " avouait S.M. Simo Tenkeu le chef des Bagam dans les Bamboutos approché pour donner son sentiment. " certains d'entre nous sont responsables par leur comportement de la dévalorisation de la chefferie traditionnelle à l'Ouest ", renchérissait pour sa part S.M. Sokoudjou Jean Rameau installé au trône des Bamendjou depuis 1953. Bref, l'affaire Kouhekong gênait et inquiétait même.

Puis mu par on ne sait quel génie, le chef coutumier des Bafoussam allait lui aussi reculer. Un volte face matérialisé par une descente chez le gouverneur au début du mois de juin 2000 dernier pour lui dire qu'il revenait " à de meilleurs sentiments " d'après les termes du communiqué sanctionnant la rencontre (lire Ouest Echos n°141 ) Un volte face qui survient peut-être un peu tard. Premièrement parce que entre temps des ressortissants du groupement Bafoussam ont été arrêtés dans le cadre de cette affaire et leur sort ne dépend plus du seul vouloir des humeurs de leur chef et ensuite parce que en laissant pourrir l'affaire, des extrémismes ont eu le temps de sédimenter les esprits en tout cas préparés à un affrontement suicidaire de part et d'autre. Conséquence, non seulement la reculade de Njitack Ngompé n'a pas provoquer la libération des personnes arrêtées dans le cadre de cette affaire, mais en plus de nouvelles agressions ont été signalées dans la zone de Kouhekong par des personnes cagoulées dont l'identité reste à déterminer. Les exploitants agricoles agressés disent que les auteurs de leur malheur sont les hommes du chef Bafoussam, tandis que dans l'entourage du chef, on soutient maintenant que les agresseurs masqués sont des personnes montées pour discréditer Njitack Ngompé qui avait promis de s'en remettre à l'avenir aux autorités publiques. Une partie de ping-pong, qui, au mieux fait passer le chef des Bafoussam pour un hypocrite qui fait le contraire de ce qu'il dit et au pire en fait un monarque qui n'a plus d'emprise du tout sur les débordements de ses administrés qu'il a lui-même poussés au front. Et voilà S.M. Njitack Ngompé gros comme Jean devant de n'avoir pas anticipé sur les conséquences des actes quelque peu déraisonnés qu'il avait posés et qui ternissaient maintenant son image tant auprès des siens de sa communauté d'origine qu'auprès de l'opinion nationale. " Le discrédit du chef Bafoussam va bien se dessiner lors des cérémonies publiques. A celles auxquelles il prendre part, on le montrera de biais en chuchotant dans son dos et à celles qu'il organisera, le public ne sera plus le même, les gens respectables craignant de s'afficher avec lui ", explique un de ses pairs chefs traditionnels. On ajoute bien entendu que l'opposition n'entendant pas être en reste de l'exploitation de ces bévues. " Notre chef coutumier est le monstre fabriqué par l'administration elle-même. On l'avait laissé devenir maire en volant les urnes, avec une telle onction il se croyait tout permis au point d'en devenir fou.

Les Bafoussam doivent maintenant se réveiller et lui retirer leur confiance. ", appuie K. Thomas un fils Bafoussam et dirigeant du SDF de la circonscription de Bafoussam, qui se délecte quelque peu du " fraudeur " qui les avait privés de la gestion de la mairie de Bafoussam rural. C'est vite dit, le thème de la prochaine campagne municipale est tout trouvé pour ce qui concerne en tout cas la circonscription de Bafoussam, surtout si on intègre que d'ici là, lenteurs judiciaires oblige et respect du calendrier de janvier 2001 faisant foi, les miliciens villageois arrêtés dans le cadre de ces affaires foncières risquent fort bien de ne pas être libérés…

En tout état de cause, en se remettant à la disposition des autorités administratives comme il l'avait annoncé le 8 juin dernier, S.M. Njitack Ngompé avait obtenu la suspension de la procédure administrative engagée contre lui et visant à sa destitution. Mais les procédures judiciaires elles continuent leur cours. Au palais de justice où nous nous sommes rendus la semaine dernière, il nous a été confirmé à bonnes et sources plurielles que Monsieur Njitack Ngompé était poursuivi pour complicité et co actions de quatre chefs d'accusation à savoir " destructions de biens ", " pillages en bande " " troubles de jouissance " et " rébellion en groupe ".

Tout ça pour lui seul, comme dirait le comédien Jean Miche Kankan (paix à son âme). Pour les adeptes du code pénal, cela va chercher très loin.

Pour l'heure la procédure administrative en vue de la destitution du chef coutumier des Bafoussam et précédemment suspendue après sa reculade devant le gouverneur de l'Ouest a-t-elle été relancée suite aux attaques des exploitants agricoles par des personnes cagoulées ? Difficile de le dire avec exactitude, même si parallèlement on sait que l'administration aurait quelque difficulté à installer un autre chef au trône des Bafoussam. On a parlé un temps du propre frère de Njitack Ngompé qui est cadre dans une entreprise à Douala avant de se rebiffer parce que disait-on c'est " traditionnellement impossible, à cause des histoires de nombril ! ". Mais aujourd'hui qui respecte encore les traditions ?

Pour autant, les chefs traditionnels de l'Ouest qui ont presque unanimement condamné leur collègue de Bafoussam dans la gestion de l'affaire Kouhekong ne souhaitent pas sa destitution à cause du précédent " destabilisateur " que cela pourrait causer dans les chefferies de l'Ouest. Et le chef supérieur Bamendjou de citer son propre exemple : " En 1959, l'administration coloniale française m'avait jeté en prison et annoncé qu'elle me destituerait. Cela n'a pas été possible parce que j'avais mon peuple derrière moi. Quelques temps après ils m'ont libéré et réinstallé au trône. Si les Bafoussam soutiennent leur chef, sa destitution ne sera pas possible ! "

Tout est donc là, S.M. Njitack Ngompé aura-t-il encore le soutien des Bafoussam si les personnes arrêtées dans le cadre de sa " Jihad " ne sont pas libérées et si les procédures judiciaires et administratives contre lui concourraient à sa destitution ? Les mânes des aïeux de Bafoussam attendent de nous le dire.


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