M.E.P.
Hausse des salaires des agents de l'Etat
Akame Mfoumou revendique-t-il ses lauriers ?
En attendant que la hausse des salaires dans la
fonction publique survienne éventuellement, certains détracteurs
du ministre de l'économie ont repris du poil de la bête,
eux qui estiment que cette exigence vise à polir son image.
Les cercles du pouvoir qui décident dans la capitale ont
de plus en plus des difficultés à contenir la bonne
nouvelle d'une hausse imminente des traitements des agents de fonction
publique camerounaise. Le gouvernement par la voie du Premier ministre
l'a clairement évoqué lors de la présentation
du budget de la Nation pour l'exercice 2000/2001 à la représentation
nationale la semaine dernière.
Une telle éventualité aujourd'hui ne serait qu'un
juste retour aux choses tant, les agents de la fonction publique
auront payé plus que les autres catégories d'opérateurs
économiques le tribut à la crise économique
qui a sévèrement frappé notre pays dès
la deuxième moitié de la décennie 80. Après
avoir gelé les revalorisations automatiques de leurs traitements,
le gouvernement s'est résolu à réduire leurs
salaires par deux fois en 1993 avant que la dévaluation du
franc CFA survenue en 1994 n'érode davantage leur pouvoir
d'achat suite à l'inflation qu'elle a générée.
Depuis lors, les principaux signaux de l'économie camerounaise
sont passés du rouge à l'orange voire au vert sans
que le retour à la croissance ne profite à cette catégorie
de personnes.
Redistribuer la croissance
Il est de plus en plus question de distribuer les fruits de la
croissance. Si les entreprises et les créateurs d'emplois
ont depuis au moins trois ans quelques raisons de se satisfaire
des attentions qui leur sont dues par les pouvoirs publics notamment
par l'avènement d'une " pause fiscale " qui n'autorise
pas de créations d'impôts nouveaux, voici semble-t-il
venu le temps des ménages avec l'éventualité
de plus en plus affichée de revaloriser les salaires des
agents de la fonction publique.
Cette exigence n'est pas que justifiée par un souci de
justice sociale, elle a aussi des fondements macro-économiques
en ces moments où on parle d'essoufflement de l'activité
économique. Depuis les lendemains de la dévaluation
et le retour à la croissance, l'économie camerounaise
était essentiellement portée par le bon comportement
de ses exportations de matières premières. Une économie
qui a, conséquence de son arrimage à la mondialisation,
subit le contre coup de la crise asiatique dès la fin de
l'exercice 1997/98 avec les restrictions à elle imposées
par les importations de ces pays naguère gros consommateurs
des produits du sol (bois notamment). C'est dire que depuis deux
ans environ la croissance de l'économie camerounaise est
essentiellement portée par les ressources endogènes
des entreprises locales soumises à fortes contributions par
l'administration fiscale. Or ces entreprises ne pourront continuer
à être solvables vis à vis du fisc que si elles
restent en activité, c'est-à-dire encore si leurs
débouchés sont garantis. A défaut du marché
de la sous région, il n'est pas illusoire de penser que l'augmentation
des revenus de cette catégorie d'agents économiques
(les agents de la fonction publique), gros consommateurs par essence
devrait relancer justement les activités des entreprises,
pourvoyeuses d'emplois, de richesses et
d'impôts à
payer. Un cercle vertueux qui relancerait donc l'économie
par la consommation.
Arrière-pensée
Quoi qu'il en soit, cette hypothèse n'est pas loin de séduire
jusqu'au patronat regroupé au sein du GICAM. Lors de sa 88e
assemblée générale tenu en janvier dernier,
Ouest Echos avait justement demandé au président André
Siaka, ce que son mouvement qui a l'oreille des pouvoirs publics
et des bailleurs de fonds internationaux du Cameroun faisait pour
améliorer les conditions de vie des employés du secteur
public. Après avoir relativisé l'influence de son
association, le président du GICAM avait relevé que
seule la croissance pouvait garantir l'amélioration des traitements
des fonctionnaires. Pourtant lors de la session suivante du GICAM
(la 89e session tenue en mai dernier) et à la faveur d'une
nouvelle méthode de travail faite de discussions en ateliers,
le patronat allait dans ses résolutions finales, recommander
que " tout en poursuivant la rationalisation de ses dépenses
de fonctionnement, l'Etat, mette un accent particulier sur l'augmentation
des revenus de ses agents dont certains sont improductifs parce
que démotivés ". Elle était donc dite,
l'ode à l'unanimité pour la revalorisation des salaires
des fonctionnaires.
Pour autant en dépit de cette unanimité, il se trouve
que certains en sont quand même à y voir une opération
politicienne du ministre d'Etat chargé de l'économie
et des finances dont on dit en haut lieu, qu'il cherche à
tirer à son avantage les succès de l'économie
camerounaise qu'il pilote depuis quelques années déjà.
Les pays africains qui ont réussi leur programme de reformes
économiques avec la communauté financière internationale
sont rares, et sauf accident le Cameroun fera désormais partie
de ce cercle de privilégiés. "Akame Mfoumou veut
maintenir dire que c'est grâce à lui " soutient
un cadre de la Présidence de la République. "Mais
les feux ne sont pas au vert comme on le croit. En proposant une
hausse des salaires de 20%, le Minefi sait très bien qu'il
n'en tirera que le bénéfice de cette mesure extrêmement
populaire à un moment où certains le voient quittant
la fonction. Après lui l'économie replongera parce
que les finances publiques seront incapables de soutenir un tel
effort et du coup l'opinion se mettra à regretter le temps
d'Akame Mfoumou " ajoute-t-il.
Rappelons aussi que Le Messager se faisait fort d'annoncer dans
son édition 1079 du 16 juin 2000 que la Présidence
avait refréné les ardeurs du Minéfi souhaitant
une revalorisation dès ce mois du traitement des agents de
la fonction publique en appelant à plus de circonspection
et de prudence. On peut deviner d'où viennent les blocages.
Les camerounaiseries et autres grenouillages de la cour en cette
ère de luttes feutrées de positionnement pour une
éventuelle succession du prince ne sont pas loin. Espérons
qu'ils ne viendront pas à bout d'une réalité
économique pourtant incontournable.
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