Edition Mondiale
Directeur de Publication - Publisher : Michel Eclador PEKOUA Bafoussam, Cameroun
Premier Journal Camerounais d'informations régionales en ligne.


M.E.P.

Hausse des salaires des agents de l'Etat

Akame Mfoumou revendique-t-il ses lauriers ?

En attendant que la hausse des salaires dans la fonction publique survienne éventuellement, certains détracteurs du ministre de l'économie ont repris du poil de la bête, eux qui estiment que cette exigence vise à polir son image.




Les cercles du pouvoir qui décident dans la capitale ont de plus en plus des difficultés à contenir la bonne nouvelle d'une hausse imminente des traitements des agents de fonction publique camerounaise. Le gouvernement par la voie du Premier ministre l'a clairement évoqué lors de la présentation du budget de la Nation pour l'exercice 2000/2001 à la représentation nationale la semaine dernière.

Une telle éventualité aujourd'hui ne serait qu'un juste retour aux choses tant, les agents de la fonction publique auront payé plus que les autres catégories d'opérateurs économiques le tribut à la crise économique qui a sévèrement frappé notre pays dès la deuxième moitié de la décennie 80. Après avoir gelé les revalorisations automatiques de leurs traitements, le gouvernement s'est résolu à réduire leurs salaires par deux fois en 1993 avant que la dévaluation du franc CFA survenue en 1994 n'érode davantage leur pouvoir d'achat suite à l'inflation qu'elle a générée. Depuis lors, les principaux signaux de l'économie camerounaise sont passés du rouge à l'orange voire au vert sans que le retour à la croissance ne profite à cette catégorie de personnes.

Redistribuer la croissance

Il est de plus en plus question de distribuer les fruits de la croissance. Si les entreprises et les créateurs d'emplois ont depuis au moins trois ans quelques raisons de se satisfaire des attentions qui leur sont dues par les pouvoirs publics notamment par l'avènement d'une " pause fiscale " qui n'autorise pas de créations d'impôts nouveaux, voici semble-t-il venu le temps des ménages avec l'éventualité de plus en plus affichée de revaloriser les salaires des agents de la fonction publique.

Cette exigence n'est pas que justifiée par un souci de justice sociale, elle a aussi des fondements macro-économiques en ces moments où on parle d'essoufflement de l'activité économique. Depuis les lendemains de la dévaluation et le retour à la croissance, l'économie camerounaise était essentiellement portée par le bon comportement de ses exportations de matières premières. Une économie qui a, conséquence de son arrimage à la mondialisation, subit le contre coup de la crise asiatique dès la fin de l'exercice 1997/98 avec les restrictions à elle imposées par les importations de ces pays naguère gros consommateurs des produits du sol (bois notamment). C'est dire que depuis deux ans environ la croissance de l'économie camerounaise est essentiellement portée par les ressources endogènes des entreprises locales soumises à fortes contributions par l'administration fiscale. Or ces entreprises ne pourront continuer à être solvables vis à vis du fisc que si elles restent en activité, c'est-à-dire encore si leurs débouchés sont garantis. A défaut du marché de la sous région, il n'est pas illusoire de penser que l'augmentation des revenus de cette catégorie d'agents économiques (les agents de la fonction publique), gros consommateurs par essence devrait relancer justement les activités des entreprises, pourvoyeuses d'emplois, de richesses et… d'impôts à payer. Un cercle vertueux qui relancerait donc l'économie par la consommation.

Arrière-pensée

Quoi qu'il en soit, cette hypothèse n'est pas loin de séduire jusqu'au patronat regroupé au sein du GICAM. Lors de sa 88e assemblée générale tenu en janvier dernier, Ouest Echos avait justement demandé au président André Siaka, ce que son mouvement qui a l'oreille des pouvoirs publics et des bailleurs de fonds internationaux du Cameroun faisait pour améliorer les conditions de vie des employés du secteur public. Après avoir relativisé l'influence de son association, le président du GICAM avait relevé que seule la croissance pouvait garantir l'amélioration des traitements des fonctionnaires. Pourtant lors de la session suivante du GICAM (la 89e session tenue en mai dernier) et à la faveur d'une nouvelle méthode de travail faite de discussions en ateliers, le patronat allait dans ses résolutions finales, recommander que " tout en poursuivant la rationalisation de ses dépenses de fonctionnement, l'Etat, mette un accent particulier sur l'augmentation des revenus de ses agents dont certains sont improductifs parce que démotivés ". Elle était donc dite, l'ode à l'unanimité pour la revalorisation des salaires des fonctionnaires.

Pour autant en dépit de cette unanimité, il se trouve que certains en sont quand même à y voir une opération politicienne du ministre d'Etat chargé de l'économie et des finances dont on dit en haut lieu, qu'il cherche à tirer à son avantage les succès de l'économie camerounaise qu'il pilote depuis quelques années déjà. Les pays africains qui ont réussi leur programme de reformes économiques avec la communauté financière internationale sont rares, et sauf accident le Cameroun fera désormais partie de ce cercle de privilégiés. "Akame Mfoumou veut maintenir dire que c'est grâce à lui " soutient un cadre de la Présidence de la République. "Mais les feux ne sont pas au vert comme on le croit. En proposant une hausse des salaires de 20%, le Minefi sait très bien qu'il n'en tirera que le bénéfice de cette mesure extrêmement populaire à un moment où certains le voient quittant la fonction. Après lui l'économie replongera parce que les finances publiques seront incapables de soutenir un tel effort et du coup l'opinion se mettra à regretter le temps d'Akame Mfoumou " ajoute-t-il.

Rappelons aussi que Le Messager se faisait fort d'annoncer dans son édition 1079 du 16 juin 2000 que la Présidence avait refréné les ardeurs du Minéfi souhaitant une revalorisation dès ce mois du traitement des agents de la fonction publique en appelant à plus de circonspection et de prudence. On peut deviner d'où viennent les blocages.

Les camerounaiseries et autres grenouillages de la cour en cette ère de luttes feutrées de positionnement pour une éventuelle succession du prince ne sont pas loin. Espérons qu'ils ne viendront pas à bout d'une réalité économique pourtant incontournable.

 

 


CONTACTS
 
ANNONCES
 


Ouest Echos home page