François T. CHEKOU
Bangangté
Le receveur des finances libre
et les caisses vides
Après avoir
été détenu pendant quelques semaines en prison
suite au braquage dont il avait été l'objet, le receveur
des finances de Bangangté a recouvré depuis sa liberté,
ses agresseurs ayant été abattus quelque part dans
la province. Cependant, l'argent lui, reste toujours introuvable.
D'où la situation de tension extrême dans cette trésorerie
Pour le commun des Camerounais, les fonctionnaires qui ont le privilège
d'être des gestionnaires des crédits seraient les plus
heureux parmi les serviteurs de l'Etat. Ce, grâce aux nombreux
avantages de toute nature que leur confère ce statut envié
tel qu'annoncé par l'article 2 de leur acte de nomination.
Avantages en espèces sonnantes générés
par ces frais en liquidité de leurs nombreux (et pas toujours
justifiés) déplacements ou en nature comme les biens
et services que leur ménagraient les divers fournisseurs
de l'Etat avec qui ils traitent via leurs cartons des crédits.
Si cette image est absolument vraie ailleurs, dans le chef-lieu
du département du Ndé, elle est quelque peu édulcorée
du fait d'un manque criard de liquidités dans les caisses
de l'Etat. Un coup d'il dans ces caisses en dit long en effet.
Pas le moindre sou mais plutôt comme d'un déficit qui
de 66 millions en début d'exercice, est aujourd'hui de plus
de 80 millions. Manque à payer de factures non honorées,
factures des fournitures de matériel de bureau ou des bons
pour investissements d'entrepreneurs ayant pour certains, déjà
et pourtant livré leur chantier. Bons aussi non payés
des fouilles de déplacement s'étalant sur plusieurs
exercices.
Un de ces fournisseurs désemparés M. Wamba Robert,
nous a expliqué qu'il s'était endetté depuis
le début de l'exercice passé pour plus de dix millions
de francs auprès des tontines et des banques, pour livrer
du matériel dans les divers services publics de l'Etat de
Bangangté. Il est aujourd'hui incapable de rembourser ses
dettes, son argent étant pour de bon bloqué à
la recette des Finances sans aucun espoir d'être éventuellement
payé. Pourtant il doit verser chaque mois des centaines de
mille d'intérêts. Il se dit découragé
de voir son capital ainsi bloqué et n'a plus ainsi les moyens
de continuer à livrer du matériel dans les services
publics.
De l'autre côté, les fonctionnaires qui ont aussi dans
cette recette des titres de paiement sont dans le même découragement.
Deux ans parfois après avoir effectué une mission,
ils attendent toujours un hypothèque paiement de ladite mission.
Avant, ils faisaient le pied de grue devant les bureaux du receveur
mais du fait que cela s'est avéré inutile, ils ont
renoncé à cette méthode et se sont résignés
à ne plus compter sur cet argent que comme une quelconque
manne qui leur tomberait un jour, au hasard avec l'aide de Dieu.
ZERO ENTREE CONTRE MILLE SORTIES
Cette situation proche de la cessation de paiement qui crée
une tension extrême à la trésorerie de Bangangté
découle selon le Receveur, M. Weiyipe Victor, de la nature
de cette recette de Bangangté, une recette simplement dépensière
qui ne produit absolument pas de recettes étant l'une des
plus pauvres de la province : 4 millions à peu près
seulement d'entrées mensuelles contre 50 millions en moyenne
qu'il faut pour satisfaire toutes les demandes de paiement. Le salaire
seulement des vacataires au nombre de 120 s'élève
à plus de 7 millions absorbe à lui seul, toutes ces
entrées sans pouvoir suffire. Il faut alors toutes sortes
de gymnastique pour pouvoir affronter les autres dépenses
et leurs bénéficiaires.
Cette faiblesse des recettes est causée par la situation
économique du département qui n'a pas, pour la soutenir,
aucune activité commerciale ou industrielle. Seul le péage
de Bamena est l'unique source des recettes significative. Lequel
péage ne paie pas grand chose étant classé
comme le dernier en entrées de la province.
LES BRAQUEURS SALENT L'ADDITION
On en était là, quand pour faire empirer encore cette
triste situation déjà si précaire, deux bandits
armés firent irruption le 5 décembre 2001 dernier
au bureau du receveur lui arrachant la somme de 28 millions de francs
qu'il venait de ramener de la Trésorerie générale
de Bafoussam destinée au paiement des salaires des agents
de l'Etat et des retraités assignés à ce poste
comptable. Après ce coup, le receveur Weyipe Victor a été
arrêté et gardé d'abord à la Police judiciaire
de Bafoussam puis à la prison de Bazou. Heureusement qu'après
plusieurs semaines de détention, il a été depuis
libéré, juste au moment où, du coté
de Bandjoun, la gendarmerie mettait fin dans le sang à une
autre tentative de braquage de la trésorerie de cette ville.
Les deux gangsters tués auraient été identifiés
comme étant les mêmes qui avaient opéré
à Bangangté. Mais si les bandits ont été
abattus et le receveur libéré, l'argent lui, reste
toujours introuvable dans les caisses. D'où les désagréments
à la place du plaisir, qu'il y aura toujours à être
gestionnaire de crédits à Bangangté.
|