Gabriel SILO
Coup de poing
Elites de l'ouest
:Zéro héros
Le parcours des discours de toutes les
élites qui ont présidé et participé
à la fête des Galons des généraux tribalistes
à Bafoussam et à Baham ne révèle aucun
haut fait, aucun exploit ; A moins que nous n'ignorions le sens
de l'expression " action d'éclat " qui fait d'un
homme un héros. Même les journalistes qui sont pourtant
des esclaves du factuel, des enquêtes et des reportages n'ont
rien trouvé à se mettre sous la dent. Surpris du vide
des autobiographies et des biographies, ils se sont contentés
de publier les discours des plus intelligents de ces élites
pour que le lecteur en juge aussi. Qui, mieux qu'un docteur, mieux
qu'un agrégé pouvait prendre valablement la parole
en de telles circonstances ? Il faut cependant regretter que nos
professeurs ne nous enseignent qu'à être hors sujet.
Par exemple, comment peut-on tenir un discours à tonalité
épique sans citer un seul fait prodigieux ? Quelle est l'épopée
qui a justifié le sacre de nos héros ? A moins que
l'accumulation des zéros ne soit si étrange qu'on
en fasse un critère d'héroïsme, notre élite
méritait-elle tant d'éloges ?
Ces élites, comme l'ont si bien souligné leurs chefs,
consciemment au non, sont " des baobabs sans racines. "
Aujourd'hui ils sont obligés de transformer leurs branches
en racines. Et comme toute cette allégorie matérialise
leur vacuité ,lorsque les branches et les racines vont se
confondre, il ne restera plus qu'un tronc sec, nu, et trop épouvante
pour servir de bois de chauffage.
Faute des faits, aussi bien chez nos zéro-héros
que dans les papiers de nos vaillants journalistes on peut faire
des gesticulations de ces petits généreux les commentaires
suivants : La cérémonie participe de la stratégie
du régime d'amener une élite à se replier sur
elle-même d'abord, ensuite à s'entre déchirer,
enfin à s'étioler et à demeurer des nécessiteux.
Sinon, pourquoi un général de l'ouest ne peut pas
aller fêter ses Galons au Nord pour faire honneur à
Ahmadou Tidjani qui gère avec doigter la province de l'ouest
et pour concrétiser l'intégration nationale que l'on
conjure en vain depuis des années. Comment ne pas distinguer
le dévouement à la division de la nation des généreux
du " dévouement à la nation " tout court
? Comment peut-on confondre la générosité des
prébendiers au mérite et à la compétence
? LA lutte contre les produits pétroliers frauduleux a beaucoup
rapporté mais ne nécessitait aucune action d'éclat.
Il suffisait d'imiter les coupeurs de route, comme les forces de
l'ordre le fond toujours à l'Ouest, en obstruant les voies
publiques avec des objets de toutes sortes pour forcer les conducteurs
à s'arrêter.
Que des intellectuels deviennent de piètre élites
ne devrait plus surprendre un camerounais. Il commencent toujours
par des propos frondeurs. Le gouvernement prend peur et les intègre.
Mauvais politiciens et mauvais commerçants, honteux de leur
statut et incapables de le défendre jusqu'au bout, ils se
complaisent dans la trahison et la mendicité en attendant
que le roi des fauves les utilise, comme des appâts dans sa
politique. Il y a ceux qui font et ceux qui sont faits. C'est le
destin qui décide du bon rôle. Comme dirai Joseph Ngoué,
" la conjoncture crée le héros, et l'histoire
le grand hommes " A quel camp appartiendront nos hommes ? Il
faut craindre de rester à cheval.
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