KREDO
Le blanc parmi nous
Nous sommes en réunion. N'importe laquelle. Et nous sommes
tous noirs. Arrive un blanc. Les débats qui étaient
promis à une animation bienfaisante s'estompent. Un silence
inhabituel, inavoué et à désavouer s'installe
sans permission. D'abord, à cet étranger " aux
pieds rouges " comme certains appellent l'homme blanc dans
certaines langues de l'Ouest, on s'embrouille comme ce n'est pas
permis pour trouver un siège confortable. A la limite, on
lui céderait volontiers celui du chef de famille ou du village
s'il n'y a pas mieux.
Quelle vénération ! Une vraie illustration de complexe
d'infériorité doublée d'une hypocrisie sans
pareille. On vient de refuser d'être nous-mêmes, d'être
libres positivement, de nous prouver autonomes. Après le
" d'abord ", il y a le " ensuite ". Ensuite
alors, on a tendance à accepter tout ce qui sort de la bouche
du blanc ; alors qu'elle ne peut avoir plus d'une langue, plus de
32 dents - s'il n'est adulte !". Parfois l'assistance noire
le gêne même par des applaudissements si pressés
que le pauvre blanc croit qu'elle est si intelligente qu'elle comprend
même ce qu'il n'a pas encore dit ! En fait, on l'admire plus
qu'on ne le comprend, plus qu'on ne comprend le contenu et le fond
de ses pensées. Enfin, à la fin de la réunion,
c'est presque chacun qui veut le rencontrer - lui l'expert - ! ?
pour commémorer, " vendre " ses frères et
s'attirer les faveurs d'un type de Messie que ne connaît la
bible.
Tout ce manque d'assurance et de confiance noires ont souvent
lieu où et quand le " blanc " n'a besoin que des
interventions, collaborations, prises de positions franches pour
faire avancer un projet ou une idée. Et le voilà abusé
de congratulations sans raison, réduit pratiquement à
ses seules idées.
Ne croyez pas que cet état de choses ne se passe qu'avec
les paysans ou les " bas d'en bas ". C'est d'ailleurs
ces semi - éduqués (même s'ils sont bardés
de diplômes) qui ont commencé ce culte de blanc. Ce
sont ces gens qui ont fait l'école et qui n'ont pas, malheureusement
été faits par l'école qui ont plus lutté
contre l'hégémonie gratuite blanche. S'ils avaient
été nos ancêtres, il n'y aurait eu aucune résistance
contre l'esclavage, le colonialisme. Et pour preuve, avec leur présence
partout aujourd'hui, la résistance contre le néo-
colonialisme est sournoise, hypocrite, tendancieuse.
Et quand le blanc de peau n'est pas là, la simple représentation
de l'autorité administrative ou moindre chargé de
missions de la capitale politique est vite peinte en blanc dans
les têtes noires. Quel malheur, si nous nous souvenons que
dans nos coutumes la couleur blanche réelle ou imaginaire
est celle du fantôme, de la mort ou du veuvage ! Ce complexe
de blanc au Cameroun a connu son point le plus élevé
quand un texte dans la philosophie Africaine par les Textes nous
dit qu'un chef noir à Yaoundé s'est une fois peint
de chaud blanche pour mieux ressembler aux blancs ! J'assimile à
ce chef parvenu d'Allemagne ces tenues blanches que jusqu'aujourd'hui
arborent certains sous- préfets et chefs de district de brousse,
comme pour épater le broussard à qui ils veulent faire
croire qu'ils sont sains ! Alors qu'ils ne sont pas saufs.
Je me demande si dans l'antiquité, quand régnait
les universités de Tombouctou avant la Sorbonne et Oxford,
quand les Platon et Pythagore allaient étudier en Egypte
ancienne noire...les blancs comme les Ibn Batoula avaient la même
révérence envers les noirs. Que ce soit vrai ou pas,
le blanc parmi nous devrait être jugé moins par sa
peau qui n'est que pauvreté en mélanine, et plus par
ses talents s'il en a. Et pour savoir s'il en a ou pas, il nous
faut l'écouter comme n'importe qui, peser ses propositions
principales, subordonnées et indépendantes... afin
de ne donner à César que ce qui revient à César.
Par ce nous voulons militer contre ces complexes qui aveuglent et
qui souillent. Apprenons à connaître nos objectifs
vitaux, et à privilégier le partenariat plus que la
soumission. Apprenons à être nous mêmes.
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