KREDO
Bafousam à maux couverts
Rois, chefs
ou Fô ?
Le débat est ouvert. A-t-il jamais
été fermé ? Voici la question : Les souverains
grasfield ou Ngrafi sont-ils des rois, des chefs ou tout simplement
des Fon ou Fô ?
Dans une de ses interviewes fleuves, le père des Bamendjou,
cet espèce d'animal unique "sur-lequel-on-ne-tire-point
" a proposé que le terme Fô ne soit plus traduit
pour parler des chefs traditionnels de l'Ouest qu'ils sont. Sa base
de raisonnement était logique. Traduit-on les vocables Négus
en Ethiopie, Moto-Naba au Mali, Pharaon en Egypte ancienne, Lamido
dans les lamidats du nord-Cameroun, Fon plus près de nous
dans la province sur du Nod Ouest ? Il semblait poser cette
question : pourquoi n'y a t-il apparemment que chez les bamiléké
que les gens sont amenées à s'encombrer des différentes
traductions du titre Fô qui nomme la tête et le locataire
des chefferies ? Bonne question.
Certaines personnes disent et croient qu'ils sont obligées
de traduire Fô ou Fon pour que les " étrangers
" comprennent ce que renferme ce titre ! N'est- ce pas le même
raisonnement plus bête que moins qui fait que nous parlions
le Français ou l'Anglais ou le pidgin à nos enfants
"pour qu'ils nous comprennent mieux " ? Sommes-nous obligés
de nous faire comprendre dans les réalités étrangères
ou extérieures à nous, ou bien de faire valoir les
nôtres ? Réponse indiscutable. Laquelle ?
Le roi suppose un royaume, une ou des reines et des princes. Et
le chef ? D'abord nommable, échangeable, et même péjorativement
assimilable à un " chef de bande " ! Et comment
s'appellerait la femme ou l'enfant d'un chef ? Reine ou prince ?
Ensuite peut-on voir derrière la vulgarisation du mot "chef
" les tentatives sourdes de minimisation et d'intimidation,
avec pour objectif silencieux la destruction à terme de l'organisation
du commandement coutumier. A cette allure, on se lèverait
un matin pour voir les Fô (sauf le sultan Bamoun?) habillés
par force maligne en uniformes avec galons comme de vulgaires sous-préfets
ratés ! Enfin, la notion de chef a accouché des qualificatifs
supérieurs avec son pendant inférieur non exprimé
officiellement ! Voyez vous-même où le vocable chef
peut conduire même si le vrai du Fô ou Fon recouvre
presque les entendus et sous-entendus de roi, retenons la couleur
locale qui nous restitue notre originalité historique et
ancestrale. Alors : Roi, chef ou fon ? Choisissez, en connaissance
de cause. Pour plus d'étendue, en accord avec les Ngrafi-ouest
du Nord-Ouest ou de Lebialem au Sud-Ouest, on peut admettre Fô
et Fon comme synonymes, surtout que le mot créé FONDOM
vient clarifier la confusion que sème CHEFFERIE: Lieu où
il y a le palais du chef, ou bien tout le village ? La racine constante
des mots qui traduit Roi dans toutes les langues-dialectes bamiléké
aiderait scientifiquement à confirmer aisément l'appellation
Fô ou Fon au niveau orthographique commun. Appel est fait
à notre génie linguistique. Lequel génie doit
s'étendre d'ailleurs à la démonstration de
l'unité de nos dialectes et parlers (pas patois comme nous
l'a imposé une singerie malencontreuse !) afin que les bamiléké
se parlent et se comprennent, chacun dans sa langue. Il n'y a qu'un
effort de multilinguisme à faire. Des études comparées
de dialectes nous aideraient à taire nos différences
superflues qui dégénèrent parfois en différends
insoupçonnés. En attendant, les Fô ou Fon bamiléké
n'ont pas besoin d'emprunts pour se sentir et être ROIS ou
CHEFS qui les dénaturent. Tout emprunt trahit, non seulement
un manque et un besoin, mais aussi une faiblesse dans la conservation
d'originalité. J'ai aussi dit qu'un emprunt est le début
d'une dette, et la marque d'un maquillage qui enlaidit au cas où
un équivalent propre existe dans la langue.
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