Propos recueillis à Bouaké par
Michel Eclador PEKOUA
Marie Noëlle Ndjiondjop
Nzeukam
"
Nos travaux peuvent garantir la sécurité alimentaire
en Afrique "
En séjour en Côte d'Ivoire,
notre reporter qui a travaillé sur le site de l'ADRAO à
Bouaké a rencontré une femme camerounaise, chercheur
dans cet institut. L'occasion était trop tentante de lui
demander comment elle y est arrivée et ce qu'elle y faisait.
Marie Noëlle Ndjiondjop Nzeukam qui comme son nom l'indique
est originaire de l'Ouest, plus précisément de Bandrefam
dans le Koung Khi ne s'est pas dérobée à nos
questions. Questions et réponses
Ouest Echos : qui est cette femme camerounaise chercheur
à l'ADRAO ?
Marie Noëlle Ndjiondjop Nzeukam : Je m'appelle Marie
Noëlle Ndjiondjop, je suis responsable des activités
de biologie moléculaire à l'ADRAO et je travaille
aussi dans plusieurs activités de biotechnique
O.E : Depuis combien de temps êtes-vous ici et comment
y êtes-vous arrivée ?
M.N.N.N : Je suis ici depuis novembre 1999. J'ai connu l'ADRAO
depuis 1995, j'étais en France et je travaillais sur un sujet
mis en place par des organisations internationales, le CIAC, l'IR
et l'ADRAO. Le but était d'évaluer la teneur en protéine,
la qualité nutritionnelle des variétés de riz
développées par ces centres internationaux. C'est
comme cela que j'ai découvert cet institut et ensuite par
l'intermédiaire des colloques, j'ai appris un peu plus sur
l'ADRAO et lors de ma première visite ici à Bouaké,
j'ai rencontré les responsables de management de l'ADRAO
à qui j'ai fait part de mon intérêt pour les
sujets qui étaient développés ici. L'autre
chance que j'ai eu est que mon sujet de thèse en doctorat
trouvait des ouvertures ici. Et puis voilà
O.E : Vous faites partie de l'équipe qui vient de
mettre au point des nouvelles variétés de riz baptisés
NERICA. Qu'en est-il exactement ?
M.N.N..N : En fait, j'ai pris les NERICA en cours, les NERICA
sont développés depuis 1994. Ils sont issus des croisements
entre les variétés appartenant à deux espèces
; c'est-à-dire le riz Oryza sativa d'origine asiatique et
le riz de type oryza glaberrima cultivé et plus adapté
à l'environnement africain. L'idée du Dr Jones était
en fait de greffer les espèces asiatiques à haut rendement
sur les gènes des espèces africaines à faible
rendement mais plus adaptés à notre environnement
parce que plus résistantes aux insectes ravageurs et aux
maladies. Le Dr Jones a donc eu l'astuce d'exploiter des études
et une culture biotchecnique, qui a mis en commun les variétés
des deux espèces qu'il a par la suite croisées. C'est
donc ce croisement, qui est la base des nouvelles variétés
dites des NERICA. Ma contribution dans ces nouvelles variétés
qui ont été développés sans apport des
macromolécules, étaient justement de les introduire
pour les évaluer par la suite, les caractériser et
déterminer la part du génome africain dans ces nouvelles
variétés, celui asiatique aussi, identifier et cartographier
tous les gènes intéressants qui avaient été
introduits dans ces variétés. Par exemple, nous sommes
en train de travailler actuellement sur la cartographie du gène
majeur qui implique l'aptitude des NERICA à lutter contre
les mauvaises herbes. Puisque justement les mauvaises herbes sont
une contrainte majeur dans les agricultures d'Afrique. Si nous arrivons
à les cartographier totalement, nous pourrons les introgresser
dans d'autres riz. Ce sera un apport déterminant pour nos
paysans et pour la garantie de la sécurité alimentaire
en Afrique. N'oublions pas que nos pays sont très pauvres
et c'est toujours bien d'économiser les milliards de francs
qui sont dépensés tous les ans pour importer du riz
en Afrique.
O.E : pourquoi dit-on les NERICA et non le NERICA
M.N.N.N : On parle des NERICA parce qu'en fait il y en a
plusieurs. Le Dr Jones a développé plusieurs variétés
et à ce jour 7 (sept) ont été homologués
O.E : Quel est le niveau d'application des NERICA dans les
pays Africains aujourd'hui ?
M.N.N.N : Les NERICA qui ont été développés
pour la riziculture pluviale sont largement appliqués dans
plusieurs pays Africains. En ce moment, les chercheurs de l'ADRAO
sont en train de sélectionner des variétés
adaptées à d'autres types de rizicultures, notamment
les rizicultures de bas-fonds et certainement plus tard aussi on
travaillera sur des rizicultures irriguées. Certains pays
dits pilotes ont été choisis pour des expérimentations
spécifiques qui ouvriront la voie à une plus grande
généralisation des NERICA en Afrique.
O.E : Le Cameroun votre pays fait-il partie de ces pays
pilotes.
M.N.N.N : Malheureusement non. Le Cameroun ne fait pas partie
des pays pilotes de la première tranche, mais notre pays
reste fortement impliqué au projet.
O.E : Quelles sont les principales différences entre
rizicultures pluviales, rizicultures de bas-fonds et rizicultures
irriguées ?
M .N.N.N : La riziculture pluviale est ce type de culture
du riz où la principal apport de l'eau est constitué
des eaux de pluies. C'est justement en termes d'apport d'eau qu'ont
voit les différences. La riziculture de bas-fonds est celle
développée à la base des versants de collines
et des montagnes. Ici les plantes bénéficient des
eaux de ruissellement. La riziculture irriguée est celle
beaucoup plus industrielle qui met en jeu des plans d'eau domestiqués.
Ce dernier type demande plus de moyens et est plutôt rare
en Afrique. La riziculture de type pluvial est largement pratiquée
par nos producteurs paysans, elle occupe plus de 80% je crois des
activités rizicoles en Afrique. Dans ce type de culture,
les semis se font à l'approche des pluies.
O.E : Quels sont les rendements dans ces différents
riziculture ?
M.N.N.N : Tout dépend des variétés de
semences, mais il est évident que avec la riziculture irriguée,
l'agriculteur a la pleine maîtrise de ses cycles de production.
Le but de l'introduction des NERICA est justement de multiplier
ces rendements pour l'agriculture de type pluvial qui comme je le
disais est majoritairement pratiquée en Afrique.
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