Michel Eclador PEKOUA
Envoyé spécial à Bouaké (Côte d'Ivoire)
Agriculture
Le Cameroun
en marge de la révolution du riz
Une équipe de chercheurs de l'ADRAO
vient de mettre au point de nouvelles variétés de
riz baptisées NERICA. Notre pays n'a pas encore pris la pleine
mesure du gain qu'il peut tirer de cette avancée.
Connaissez-vous l'ADRAO ? Certainement que vous êtes plusieurs
à l'ignorer. Pourtant le Cameroun est un pays membre de cette
organisation dont le sigle se décline " Association
pour le Développement de la Riziculture en Afrique de l'Ouest
", ce qui donne en anglais WARDA. Selon plusieurs de ses publications
qui seront abondamment citées ci-dessous, L'ADRAO - WARDA
a été constituée en 1970 par 11 pays de l'Afrique
de l'Ouest, sous le parrainage du PNUD (Programme des Nations Unies
pour le Développement), de la FAO (Organisation des Nations
Unies pour l'alimentation et l'agriculture) et de la CEA (Commission
économique pour l'Afrique). Elle regroupe aujourd'hui 17
pays membres (Bénin, Burkina Faso, Cameroun, Côte d'Ivoire,
Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Libéria,
Mali, Mauritanie, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra
Léone, Tchad et Togo). Nous en dirons un peu plus sur cette
association en relevant qu'en 1987 son siège a été
déménagé du Libéria traversé
par des turbulences pour le centre de la Côte d'Ivoire. Plus
précisément à M'bé à 25km au
Nord de Bouaké. C'est donc dans ce cadre plutôt tranquille
qu'une équipe de chercheurs conduits par le Dr. Monty Jones
a mis au point de nouvelles variétés de riz baptisées
NERICA (Nouveau riz pour l'Afrique) qui est en fait le croisement
et la sélection des espèces asiatiques (Oryza Sativa)
à plus forts rendements avec des espèces africaines
(Oryza glaberrima) plus résistantes et plus adaptées
à l'environnement du continent noir.
Les experts des Nations Unies et des agronomes confirmées
estiment qu'une généralisation de ces variétés
sur le continent devra à terme accroître la production
du riz qui entre de plus en plus dans l'alimentation des populations
africaines tant urbaines que rurales et partant réduire la
dépendance alimentaire du continent. Le fardeau des importations
grève en effet terriblement les budgets déjà
exsangues des économies de nos pays en butte à l'insécurité
alimentaire. Toujours selon des informations de l'ADRAO, les pays
africains membres de cette association ont importé en 1999,
3 millions de tonnes de riz représentant quelques 16% du
commerce mondial de riz, pour combler l'écart entre la production
locale et la demande, ceci pour un coût de 850 millions de
dollars US. La généralisation des NERICA dans les
pays concernés réduirait cette ardoise des importations
de plus de 25%, ce qui serait une économie plus que substantielle
pour nos pays qui font partie des Etats les plus pauvres de la planète.
En tout état de cause, un consortium NERICA comprenant des
bailleurs de fonds, des ONG et divers partenaires a été
mis sur pied en avril 2001 suite à un atelier international
tenu à Bouaké avec pour mission la diffusion rapide
et à grande échelle des NERICA et technologies complémentaires
à travers les zones de riziculture d'Afrique.
Désintérêt
Pour autant, le Cameroun, tout membre de l'ADRAO qu'il est, reste
très loin de bénéficier comme on l'aurait souhaité
des innovations des chercheurs de l'ADRAO. 7 pays pilotes ont été
retenus pour expérimenter le développement du riz.
Sans surprise, le Cameroun n'en fait pas partie. Au siège
de l'ADRAO, des responsables nous ont certifié que notre
pays payait quand même ses cotisations en dépit de
quelques difficultés, mais donnait l'impression de ne pas
toujours s'intéresser aux activités de l'association.
Il en est des postes de chercheurs comme des cadres de l'association
où il est difficile de trouver des nationaux. La seule que
nous avons pu joindre, à ce que nous a expliqué un
cadre de la maison a été recruté via la fondation
Rockfeller. En tout état de cause, il y a une quinzaine d'années
que le Dr. Marie Noëlle Ndjiondjop Nzenkam a quitté
le Cameroun pour la France où elle devait poursuivre ses
études en biologie moléculaires. C'est à partir
de là qu'elle a été recrutée pour apporter
son savoir faire à l'ADRAO. Pour l'instant c'est la seule
Compatriote que nous avons pu rencontrer sur le site de M'bé.
La faute on l'a dit à notre pays qui a délibérément
choisi de se mettre en marge des bienfaits que les recherches sur
le riz peuvent apporter à notre sécurité alimentaire
et partant au budget de l'Etat. Plus précisément encore,
on devrait blâmer le Dr. Shey Jones qui siège au conseil
d'administration de l'ADRAO pour le compte de notre pays, en ce
sens qu'il est coupable de rétention de l'information jusqu'au
niveau des chercheurs et autres agronomes camerounais qui ne savent
pas ce qu'ils peuvent apporter ou bénéficier de l'ADRAO.
Le Pr. Kemajou, vice recteur de l'université de Dschang qui
a séjourné à Bouaké il y a quelques
mois ne pourrait pas nous démentir à ce sujet.
Il est à noter que le riz consommé au Cameroun est
pour une très grande part importé après l'échec
de l'expérience de la SODERIM à Santchou. Dans la
zone de Yagoua, la SEMRY poursuit quant à elle son projet.
Les informations qui y parviennent font état le plus souvent
plus des problèmes sociaux que des performances agricoles.
Ce qui n'enlève rien aux espoirs que cette partie du pays
et partant tout le Cameroun se doit de garder en la riziculture.
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