Propos recueillies par Noël NGAHANE
Mme Ndimba Françoise
"
Les électeurs ont besoin d'autres programmes que ceux du
tribalisme"
Symbole de l'ouverture de son parti
aux idées, aux jeunes, aux femmes et aux
" allogènes
", Françoise Ndimba est la militante la plus en vue
de l'UPC à Bafoussam. Avec ses camarades, elle s'est donnée
le difficile et presque impossible pari de relever le plus vieux
parti politique camerounais dans la ville de Ernest Ouandié.
Lisons-la.
Ouest Echos : Comment Madame Ndimba se définit-elle
elle-même ?
Mme Ndimba Françoise : Je suis une épouse et
une mère plutôt comblée qui s'est engagée
en politique il y a 12 ans. Parce que j'ai modestement le souci
de penser à un futur meilleur pour mes enfants et ceux de
la Nation camerounaise. En douze années de politique, je
n'ai connu qu'un seul parti et j'ai eu la chance d'être récompensée
par mes camarades qui ont décidé il y a deux ans de
me confier le secrétariat général de la section
provinciale de l'UPC pour l'Ouest. Si cette confiance est renouvelée,
je serais candidate à Bafoussam.
O. E. : En tant que provinciale de votre parti, pouvez-vous
nous dire dans combien de circonscriptions l'UPC sera-t-elle présente
? Et comment vous vivez la division au sommet de votre parti ?
Mme Ndimba : Ce que je peux vous dire déjà
c'est que l'UPC ne sera pas au départ des 41 circonscriptions
électorales de l'Ouest, puisque nous n'envisageons aucune
liste dans le Noun. En attendant que toutes les consultations soient
bouclées, il est presque certain que l'UPC sera présente
dans une trentaine de communes à l'Ouest. Parlant de la division
de l'UPC, vous faites bien de dire que c'est une histoire de sommet.
Les militants de l'UPC à l'Ouest ne se reconnaissent pas
dans ces problèmes et partout où nous serons présents,
il n'y aura qu'une seule liste. En vérité, notre parti
n'a pas de problèmes seulement à cause de ses dirigeants,
l'UPC est la mauvaise conscience de beaucoup de gens dans ce pays.
Sa disparition arrangerait beaucoup de gens tant au pouvoir que
ailleurs, mais il faudrait bien un jour que ses ennemis de l'UPC
se fassent une raison : Ce parti est l'âme immortelle du peuple
camerounais.
O.E. : Que dites-vous de ceux qui pensent que l'UPC n'est
pas du tout favori à l'Ouest ?
Mme Ndimba : C'est vrai que sur le papier, l'UPC n'est pas
du tout favori à l'Ouest. Tous les pronostics et sondages
donnent le SDF et le RDPC en tête, mais nous devons faire
confiance aux électeurs qui seront seuls face à leur
conscience dans l'isoloir. Il est important pour l'UPC de leur rappeler
que l'acte qu'ils poseront le 23 juin prochain sera un acte individuel
et lourd de conséquence pour le devenir et l'avenir de notre
pays. Ils doivent faire en sorte qu'il soit le moins affectif possible,
mais tienne compte de l'aptitude des uns et des autres à
nous garantir non seulement un présent acceptable mais aussi
un futur meilleur. Depuis sa création, l'UPC est le seul
parti qui en dépit de la déception de certains de
ses leaders est resté constant dans sa quête du bonheur
des camerounais à travers un programme politique inachevé
certes, mais cohérent.
O.E. : Justement en quoi l'UPC est-elle différente
des formations actuellement les plus en vue à l'Ouest dont
les Primaires ont montré que le choix des candidats était
plus fonction du village que des aptitudes de gestion ?
Mme Ndimba : Effectivement nous avons déploré
comme vous que tant au RDPC qu'au SDF, le village décide
du destin des candidats, mais je veux tout de suite vous rassurer
qu'il en est différent dans la section provinciale de l'UPC
à l'Ouest. Sous le vocable " Justice- Réconciliation
et Dialogue " nous avons développé un vaste programme
qui est en ce moment distribué en premier lieu à notre
électorat cible qui est le plus critique. (Fonctionnaires
non carriéristes, débrouillards autonomes, petits
exploitants industriels ou agricoles lettrés, employés
de bureaux, étudiants, membres des professions libérales)
Dans ce programme nous apportons les réponses de l'UPC à
la crise de l'éducation à l'Ouest avec des grèves
à répétition, nous apportons aussi nos réponses
aux problèmes de santé publique à l'Ouest qui
nous interpellent à l'instar des multiples erreurs médicales
comme celle qui a provoqué la mort du représentant
du bâtonnier de l'ordre des avocats à l'Ouest. L'UPC
a des choses à dire en ce qui concerne l'aménagement
urbain de la cité de Bafoussam. Réconcilions-nous
aussi avec notre histoire en honorant ceux-là qui sont morts
dans le vrai pour que nous soyons libres et indépendants.
Nous n'apporterons pas toutes les réponses à tous
les problèmes, mais avec la concertation qui est à
la base de notre programme, nous pensons que beaucoup de choses
peuvent avancer. Une fois que ce programme a été fait,
nous nous sommes préoccupés de trouver ceux qui pouvaient
mieux le conduire, c'est-à-dire des Camerounais compétents
et dévoués à la cause commune sans préjudice
de savoir s'ils sont de Bamougoum, de Fondjomekwet, de la Menoua
ou Toupouri. Les électeurs ont besoin d'autres programmes
que ceux du tribalisme.
O.E. : En attendant de savoir si vous serez compris, vous
êtes un cas à part. On vous voit très bien en
haut de l'affiche de l'UPC à l'Ouest malgré vos deux
handicaps. Celui d'être d'abord une femme et en plus vous
n'êtes pas originaire de cette région.
Mme Ndimba : En attendant que les tendances se confirment
effectivement, tout indique que de toutes les formations en compétition
à Bafoussam, l'UPC est la seule à privilégier
les femmes. D'un clin d'il complice, nous invitons donc les
femmes à en tenir compte et de ne pas seulement attendre
le 8 mars pour se plaindre. Sur le second volet, j'ai expliqué
que l'UPC se préoccupait peu d'intégrer l'origine
ethnique de ses candidats, mais tout compte fait même si je
suis une femme originaire du Littoral et fier de l'être, je
ne suis pas allogène ici. Je suis ici depuis 12 ans, certains
de mes enfants sont nés ici, c'est-à-dire qu'on y
a enterré leur nombril comme on dit chez les Bamiléké.
Dans cette ethnie qui m'a accueillie on connaît mieux la détresse
des compétences qui sont pénalisées du seul
fait de leur origine tribale. Et parce que c'est une grosse injustice,
les électeurs de Bafoussam ne se doivent pas de la perpétuer
à travers la femme que je suis et l'allogène que je
serais. Il est temps dans ce pays et à Bafoussam en particulier
que justice soit rendue aux femmes, il est temps que justice soit
rendue aux allogènes dans ce pays et il est enfin temps que
justice soit aussi rendue à l'UPC.
|