Lucie PEKOUA et Michel Eclador PEKOUA
Virage à 180°
Maurice
Kamto exalte la politique d'équilibre régionale
Epinglé par Ouest Echos qui a
dénoncé son engagement dans une fête antirépublicaine
à Baham, le Pr. Kamto s'est payé une " confession-droit
de réponse-Kilav " dans les colonnes du Messager où
il dit que nous n'avons rien compris. Seulement il aggrave son cas,
puisque le voici donnant en plus sa caution à l'équilibre
régional qui révolte le mérite dans notre pays.
Tout étudiant, ayant suivi les cours du droit du Pr. Kamto
sur la fonction publique camerounaise en 1990 à l'université
de Yaoundé, est en droit de dire : " Le professeur nous
a lâché ". Dans ses propos ou dans ses agissements
l'homme des années de braise n'est pas resté égal
à lui même.
Le temps change, les hommes aussi et il n'y a que des imbéciles
qui ne changent pas. Cet adage pourrait bien aller au juriste Maurice
Kamto pour ne pas le citer, qui s'est fendu dans le Messager N°
1355 du 26 avril 2002, d'une interview-démenti sous la plume
de Edouard Kinguè. On se doutait que l'homme des années
90 avait bel et bien changé. Mais on est davantage choqué
et déçu par cette sortie médiatique noyée
de propos alambiqués et contradictoires où il dit
qu'il est resté égal à lui-même quand
bien même les faits le rattrapent et l'enfoncent. On est choqué
et déçu, " on ", cette proforme nominale
mise ici pour cet étudiant des années de braise qui
vivifiait son ardeur citoyenne et son combat pour un meilleur idéal
républicain dans notre pays dans la lecture des cours de
droit de la fonction publique camerounaise et des institutions politiques
du Cameroun en 5e année. Cours dispensés par le Pr.
Maurice Kamto. Une illustration ? Dans l'interview qu'il a donnée
dans le journal du Messager sus indiqué et parlant de la
politique de l'équilibre régionale voici ce que notre
gourou d'hier dit aujourd'hui : " Il y a la politique de ce
qu'on appelle politique d'équilibre régional qui existe
au Cameroun depuis toujours, depuis l'indépendance je crois.
Je ne pense pas que ce soit mauvais par principe ". Un reniement
extraordinaire du " Grand Professeur " de l'époque
qui cherche aujourd'hui à donner des explications et un vernis
scientifique à la politique des quotas responsable pour une
grande part de la médiocratie dans notre pays.
Il faut avoir de la mémoire pour se souvenir comme si cela
datait d'hier de cette leçon dans laquelle Le Professeur
nous disait que la politique de l'équilibre régional
telle que pratiquée au Cameroun décourage les méritants
qui échouent souvent aux examens alors que leurs homologues
d'autres régions passent avec des notes en dessous de la
moyenne. Et pour argumenter cela il aimait à citer l'exemple
du concours de l'ENAM où des candidats d'une région
pouvaient le rater avec 14 de moyenne alors que ceux des régions
dites sous scolarisées ou favorisées le réussissaient
avec 10 voir 9 de moyenne puisqu'il fallait respecter absolument
le quota attribué à chaque province. Que le professeur
se retrouve en 2002 en train de légitimer cette politique
qu'il pourfendait inquiète. Le temps a passé, L'Etat
a eu à former et à envoyer dans ces zones dites "
sous- scolarisées " les mêmes enseignants sortis
de nos écoles de formation, pourquoi plutôt que de
concevoir une politique consistant à briser les tabous sociaux
empêchant les populations de ces zones de se scolariser, L'Etat
doit-il paresseusement mettre en péril sa cohésion
en appliquant une politique de favoritisme et de discrimination
ethnique ? Parce que ce qui n'est pas dit est que deux enfants nés
à Douala en 1982 même étant de parents d'ethnies
différentes ont effectivement les mêmes atouts que
l'Etat refuse de reconnaître en donnant l'impression à
l'un que la " res publica " n'est pas la même pour
tous ses enfants. Une entorse qui c'est le lieu de le dire tord
le cou au culte de l'effort et instaure la médiocratie mère
de la corruption et de la déchéance du pays. Si nous
sommes tous du même pays, nous devons affirmer notre citoyenneté
égale et non pas nous complaire dans cette paresse qui nous
pousse à se rattacher à telle ou telle région
pour avoir droit à tel poste ministériel ou pas. Voici
le Pr. Kamto ramant à contre courant de l' évidence
qu'il professait si bien. Et du coup, on peut comprendre qu'il se
retrouve aussi à célébrer des généraux
(fussent-ils méritants !) du village, de son village nommés
par qui on sait de la manière la plus discrétionnaire
qui soi.
Revirement
Dans les agissements de l'homme modèle d'hier, Intellectuel
et valeur refuge de notre idéal républicain, comment
comprendre le fait que le professeur se retrouve à la tête
d'un comité d'organisation pour soit disant dire merci au
chef de l'Etat, mais qui en réalité n'est pas au dessus
de la mêlée puisqu'il cumule en même temps les
fonctions de chef d'Etat et celui du président du RDPC. Le
professeur a-t-il oublié la notion de " Parti- Etat
" telle qu'il l'inculquait ? Il se défend de faire la
danse du ventre dans l'antichambre de la mangeoire du RDPC, mais
n'est ce pas dire merci au chef de l'Etat dans notre république
veut dire en même temps merci au chef du parti RDPC ? comment
dissocier les deux ? Et c'est de coutume au Cameroun qu'après
une promotion ou une nomination les heureux récipiendaires
rentrent vers leur localité respective " fêter
ça " avec les co-villageois et dire merci à celui
qui a eu la magnanimité de les nommer, afin qu'il continue
à penser aux autres fils du terroir. Une coutume pour laquelle
le Pr. Kamto s'était toujours élevé. Ami des
médias, il est d'ailleurs présent dans certains titres
(Juridis Infos, Génération d'abord et Mutations ensuite)
à qui il donne sa caution intellectuelle. Et à ce
titre ceux qui ont côtoyé Génération
dans ses premières années se souviennent que la première
crise de ce journal ayant opposé feu Vianney Ombé
Ndzana son Directeur de Publication au Pr. Maurice Kamto "
conseiller éditorial " est née justement de ce
que le premier cité avait mis en mission un reporter pour
couvrir une fête au village Mvélé donnée
par cette ethnie pour remercier Paul Biya d'avoir nommé Roger
Mélingui dans le gouvernement de la République. Le
Professeur s'en souvient-il ? Sûr que Ombé Ndzana lui
aussi se retournerait de railleries dans sa tombe en apprenant que
son ex associé a terriblement mis de l'eau dans son vin.
Et en dépit de toutes les autres explications compliquées
que le Pr. Kamto s'évertue à donner de sa docte démarche,
le commun des citoyens s'étonne de ces fêtes du merci
qui se passent loin du destinataire. Pas à la capitale où
se trouve le Président à défaut de Mvomeka'a
où il passe la majeure partie de son temps, mais à
Baham localité où il n'a jamais mis les pieds de sa
vie. Et pour dire vrai aussi, le Professeur Maurice Kamto déçoit
par ce qu'il pique dans le fond de commerce d'autres intellectuels
du village. La présence de Françoise Foning à
cette fête des Généraux n'a suscité aucun
commentaires parce que la surprise aurait plutôt été
son absence. Si le Pr. Sindjoun Pokam (qui est aussi de Baham) ou
le Dr. Shanda Tomne (originaire des Hauts-Plateaux) avaient pris
la place de Kamto dans ce comité d'organisation, cela n'aurait
surpris personne parce que ceux-là, incompris pour les uns,
loufoques pour les autres, sont dans leur élément
en ayant toujours été constants et aux avants-postes
des connexions ethniques dans la vie publique. Il est injuste que
le Pr. Kamto leur souffle la vedette sur ce terrain-là aujourd'hui,
sauf à croire que le grand écart n'est pas du tout
fortuit.
Contre pied
D'ici là à voir le Professeur dans les prochains
jours défendre à la télévision nationale
le candidat Biya comme il l'a fait avec brio pour Fru Ndi en 1992,
il n'y a qu'un pas que Maurice Kamto n'aurait plus de scrupules
à franchir. Et ce ne sont pas les arguments juridiques qui
lui feront défaut. Aujourd'hui " c'est même une
simple question de civilité de prôner le dialogue entre
le parti au pouvoir et l'opposition "(sic) dit-il, demain sans
doute ce sera autre chose du genre " indispensable pour construire
une société politique moderne ". Puisque tout
est fait chez nous au nom de la construction de cette nation camerounaise
chérie. Le Pr. Kontchou Kouomegni à son époque
avait pu défendre une constitution dans un contexte semi
-présidentiel où la politique de la nation était
définie par un chef d'Etat et exécutée par
un gouvernement coiffé par un premier ministre, en fait porteur
de sa propre politique réputée différente de
celle du Président. C'est sûr que le Pr. Maurice Kamto
qui lui dispute désormais le leadership intellectuel organique
à Baham va innover en faisant plus fort. Il commence aujourd'hui
par donner sa caution scientifique à la politique de l'équilibre
régional en attendant quoi demain ? Qui vivra verra !
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