Michel Eclador PEKOUA
Affaire des 9 disparus de Bafoussam
La vérité
emprunte la voie des sissonghos
Où sont passés les neufs
braqueurs interpellés à Bafoussam le 13 mars 2002
? Liquidés ! affirmaient il y a peu la Presse et les Organisations
de Droits de l'homme. Depuis quelques jours, les hérauts
d'hier disent " Ils ne sont pas tous vivants ! " Une évolution
sémantique qui marque le trouble et la confusion. Pendant
ce temps la vérité se fait attendre.
Véritable coup de massue à la fatuité des
certitudes que cette enquête de Jacob Nguini diffusée
sur les ondes de la CRTV Bafoussam le 24 avril dernier. Avant cette
diffusion, l'opinion a Bafoussam et même ailleurs était
persuadée de ce que les braqueurs arrêtées dans
le cadre de cette affaire avaient tous été tués.
" Braqueurs et Receleurs liquidés ! " barrait d'ailleurs
la Une de la dernière livraison de Panorama qui a son siège
dans les locaux de la Ligue des Droits et des Libertés. Une
certitude nourrie des prétentions d'autres confrères
sur le sort des braqueurs interpellés depuis le 13 mars 2002,
mais qui sera terriblement bousculée par l'enquête
de Jacob Nguini à qui les autorités de la gendarmerie
ouvriront leurs cellules, occasion pour notre confrère de
faire parler les braqueurs réputés morts. En particulier
Alain Kenfack dit " Don Perrier " le chef du gang. Pour
bien faire, le journaliste de la CRTV diffusera dans un premier
temps l'interview que ce chef de gang avait faite lors de sa présentation
au public et par la suite une autre interview où il était
invité à réagir sur les nouvelles de sa mort.
Du coup, ceux des auditeurs qui avaient suivi l'affaire entraient
dans un grand doute : Et si les braqueurs n'avaient pas été
exécutés ? Et si la presse et les organisations des
droits de l'homme avaient menti ? Qui dit vrai dans cette histoire
? D'après Jacob Nguini, l'auteur de l'enquête que nous
avons contacté, il soutient que immédiatement après
la diffusion de son élément, il a été
approché par les confrères et responsables des organisations
de défense de droits de l'homme, plutôt mis dans un
inconfort terrible par cette espèce de démenti ou
de mise au " poing " assommants. C'est dans cet esprit
qu'il faut comprendre la conférence de presse convoquée
précipitamment pour le lendemain 25 avril 2002 par Charlie
Tchikanda le Secrétaire Général de la Ligue
des Droits de l'Homme et Directeur de Publication de Panorama dont
l'édition encore sur le marché en ce jour de 24 avril
parlait de " Braqueurs et receleurs liquidés ".
L'ordre du jour portait bien entendu sur cette affaire des 9 disparus
de Bafoussam. Au terme d'un exposé plaidoirie pour sa ligue,
Charlie Tchikanda concluait : " Si l'on procède à
une vérification minutieuse de la liste des braqueurs actuellement
détenus il y en aura, en dehors de feu Kengne Barthélemy
qui manqueront à l'appel. " En clair, si certains braqueurs
notamment ceux étant intervenus à la radio étaient
vivants, la Ligue persistait à croire que certains autres
avaient été tués. De " tous tués
", on disait maintenant " ils ne sont pas tous vivants
! " Un glissement sémantique charriant sa part de trouble.
Mais avant la défense de la Ligue, Le Messager informé
par avance de l'initiative de Jacob Nguini avait commis la sienne
sous la plume de Edouard Kinguè. Une défense professionnellement
très discutable en ce sens qu'elle accablait gratuitement
un confrère qui a le droit d'avoir ses opinions mais dont
il aurait été plus juste de le prendre à défaut
sur ses fautes déontologiques, ce qui n'était pas
encore le cas. Voici ce que Edking a écrit dans Le Messager
: " La CRTV s'est également attelé au travail
de blanchiment de la gendarmerie. Un journaliste très actif
dans les milieux de la politique que l'on présente comme
le " correspondant " à Bafoussam du Comité
central du RDPC préparerait une émission à
ce sujet depuis l'annonce par la presse de la disparition de la
bande à Don Perrier et de la mort de B. Kengne. Enregistrements
et images d'archives auraient été récupérés
pour des mixages semblables aux trucages des années 90 ".
Dérives manipulatrices ? Pour sûr que oui ! L'affaire
des 9 a depuis quitté le stade du compte rendu et de la dénonciation
des organisations de défense de droits de l'homme qui sont
dans leurs prérogatives de dénoncer les atteintes
aux violations diverses pour emprunter la voie de la désinformation
et depuis une semaine des connexions politiciennes. A ce titre,
" l'affaire des 9 de Bafoussam " pourrait tout au moins
aussi entrer dans les écoles de journalisme comme sujet de
travaux dirigés des risques que courent les journalistes
chaque jour dans l'exercice de leur métier. La presse et
les organisations de défense de droits de l'homme se sont-ils
trompés en annonçant l'exécution de tous les
braqueurs de la bande à Alain Kenfack ? Manifestement. Mais
il convient de dire qu'ils se sont trompés de bonne foi,
parce que leur source était les officiers de gendarmerie
en charge de cette affaire. Pourquoi les Pandores ont-ils filé
un tuyau crevé à la presse ? Etait-ce pour la manipuler
? avaient-ils effectivement l'intention de les tuer en douce en
évoluant effectivement au diapason des victimes de l'insécurité
à l'Ouest ? Comment comprendre que plus d'un mois après
l'interpellation des braqueurs, le commissaire du gouvernement (ce
qui tient lieu de procureur dans les affaires militaires ou de braquage
à main armée) ait été incapable de situer
le public et la presse sur cette affaire supposée être
sous son coude ? Ce commissaire du gouvernement a-t-il aujourd'hui
repris en main le contrôle de cette affaire de manière
à assurer un procès équitable aux accusés
? Pourquoi les mêmes gendarmes ont-ils attendu les dénonciations
de la presse pour ouvrir leurs cellules uniquement à un journaliste
réputé " sûr " ? Pourquoi ceux de
la presse qui avaient annoncé la mort avant la lettre des
braqueurs ont-ils refusé honnêtement de faire leur
mea culpa se lançant plutôt dans une défense
de surenchères ? Autant de questions qui nous vous le disons
trouveraient bien de réponses dans les écoles de journalisme.
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