Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Santé
publique
Le ministre
interdit l’urine Alexandre T. Djimeli
Le gouvernement prend position contre le traitement
par l’urine. Dans un communiqué rendu public
mardi 11 mars, le ministre de la Santé publique
met en garde toute personne qui ferait la promotion
de l’urinothérapie.
Le ministre de la Santé Publique, Urbain Olanguena
Awono, vient de dévoiler la position officielle
du gouvernement camerounais au sujet du traitement par
l’urine. Dans un communiqué diffusé mardi
11 mars sur les antennes de la Crtv-Poste national,
non seulement il interdit d’autorité l’urinothérapie,
mais encore, il menace de poursuivre en justice ceux
qui oseraient encore en faire la promotion. Le message
est clair. C’est déjà un pas. Le Minsanté
prend sa décision au moment où des
médias internationaux sont en train de préparer,
pour des chaînes de radio et de télévision
étrangères, des magazines sur la prise
de l’urine comme médicament par les Camerounais.
Et les auteurs de ces magazines recueillent des témoignages
à profusion. C’est que, la pratique a pris de
l’ampleur, par exemple dans une ville comme Douala,
et chacun est prêt à raconter sa petite
expérience. Mais comment en est-on arrivé
là?
Les expériences les plus croustillantes dans
la pratique de l’Urinothérapie ne datent pas
d’aujourd’hui. Elles prennent leur source dans certaines
pratiques traditionnelles de l’Afrique. Il faut interroger
les gens pour s’en rendre compte. “Ma grand-mère
m’a confié que quand elle était mordue
par un serpent venimeux, elle buvait ses urines. De
même, quand nous étions blessés
au champ, on nous conseillait d’uriner sur les plaies
pour qu’elles se cicatrisent vite”, témoigne
un journaliste. Seulement, à cette époque,
les différentes pratiques de l’urinothérapie
n’étaient pas codifiées et systématisées.
C’est avec l’édition et la commercialisation
de Amaroli 1, un ouvrage destiné à présenter
des expériences de traitement par l’urine que
la pratique a pris de l’ampleur dans le monde.
A la faveur du premier congrès mondial sur la
thérapie par l’urine qui s’est tenu en 1996 à
Goa en Inde, la psychothérapeute malgache Johanne
Razanamahay et le médecin Dr. Christian Tal Schaller
ont commis Amaroli 2, un essai de vulgarisation destiné
à démontrer que l’urine n’est pas un poison
comme on le dit communément, mais un médicament
qui permettrait à l’homme de rester en bonne
santé toute sa vie. C’est ce livre qui a systématisé
et codifié le savoir sur le traitement par l’urine.
Publié en 1988 aux Éditions Vivez Soleil
en Suisse, l’ouvrage a fait son apparition dans quelques
librairies sélectives au Cameroun en 2001 et
est devenu en très peu de temps un best seller.
Comme ces des millions de patients européens
ou asiatiques, les Camerounais qui ont certainement
lu Amaroli 2 ont modifié leurs habitudes médicales.
Sous le charme du miracle
Cette systématisation qui a bénéficié
d’une large campagne de vulgarisation des promoteurs
d’Amaroli a poussé les populations à se
ruer sur le traitement par l’urine. Surtout que les
auteurs de Amaroli 2 promettaient du miracle aux patients.
Aujourd’hui, certains anciens malades ne jurent que
par Amaroli. Car ils ont appris que “presque toutes
les maladies (même le Sida) sont guéries
par cette thérapie...”. En effet, affirment les
auteurs d’Amaroli, l’individu qui pratique l’urinothérapie
réabsorbe et utilise des substances nutritives
(bile par exemple), des hormones, des enzymes, de l’urée,
etc. contenues dans l’urine. Mais l’action de ce “liquide
de vie” ne se limite pas seulement à la réabsorption
de substances. Les auteurs d’Amaroli 2 montrent qu’elle
va au-delà et crée chez l’être humain
des effets immunologiques, antiviraux, antibactériens,
diuréiques, psychologiques, etc.
A la suite des pharmaciens qui ont pris position contre
la considération de l’urine comme médicament,
le ministère de la Santé publique affirme
que l’urine qui est constituée d’un ensemble
de déchets rejetés par le corps, contient
des substances nocives pour l’organisme humain. En attendant
que l’étude scientifique qui a abouti à
cette conclusion soit publiée de façon
exhaustive, la position du Minsanté doit être
d’abord considérée comme une orientation
politique de la gestion de la Santé publique
au Cameroun. Dans ce cas, l’action de l’État,
si le gouvernement de la République est vraiment
sincère, ne devrait pas s’arrêter à
un communiqué rendu public dans les médias.
Il est en effet question aujourd’hui de convaincre
les Camerounais de changer les convictions qu’ils ont
acquises au contact de livres et des expériences
des autres.