Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Le commentaire
de Jean-Baptiste SIPA
Le Fmi veut
parler !...
Le Fonds monétaire international (Fmi) projette
d’organiser les 18 et 19 mars courant, un séminaire
à Yaoundé, en vue d’expliquer aux parlementaires,
leaders politiques et aux journalistes camerounais,
de quoi retour-nent les relations entre notre pays et
les institutions de Bretton-Woods, mais plus particulièrement
“l’Initiative Ppte” et la “Facilité pour la réduction
de la pauvreté et pour la croissance (Frpc)”.
La Frpc, c’est cet avatar que le Fmi a mis en place
après l’échec du Pas, avec le gouver-nement
Biya, pour appuyer la marche du Cameroun, dans le club
des pays pauvres très endettés, vers ce
qu’on appelle le Point d’achèvement de l’Initiative
Ppte. Elle est censée faciliter le “Programme
triennal” du Fmi qu’applique le gouvernement de Peter
Mafany, à défaut d’un pro-gramme politique
original, pour, dit-on, réduire la pauvreté
et soutenir la croissance économique du pays.
On se serait attendu à ce que le premier ministre
au moins explique au peuple cette politique qu’il applique
depuis bientôt 9 ans. A défaut, le Fmi
le fera. C’est peut-être plus logique ainsi.
Approuvée par près de 180 gouvernements
du monde entier, l’initiative a été saluée
comme un “moyen efficace d’aider les pays pauvres gravement
endettés à réduire leur dette dans
le cadre d’une stratégie d’ensemble de résorption
de la pauvreté”. Le gouvernement camerounais
a-t-il compris alors qu’en liant l’allégement
de la dette à la réduction de la pauvreté,
les bailleurs de fonds rendaient caduque son explication
selon laquelle la dégringolade du Cameroun de
“pays intermé-diaire” à “pays pauvre”
et l’obstacle essentiel à son développement
était la dette ?
Un tunnel sans bout
On leur disait en quelque sorte ceci : “puisque vous
justifiez l’appauvrissement d’un pays aussi riche que
le Cameroun par le grave endet-tement de son Etat, montrez-nous
donc votre stratégie de réduction de la
pauvreté et de développement durable,
et nous renoncerons à une partie de nos créances
pour la financer”. Or, sept ans après, on a l’impres-sion
que nos dirigeants avaient entendu : “signez-nous une
lettre d’intention et une pluie de milliards s’abattra
sur votre gouvernement pour faire ce qu’il veut”. Il
suffit de constater avec quelle difficultés apparentes
le gouvernement camerounais n’en finit pas de rédiger
son Document de stratégie de réduction
de la pauvreté (Dsrp) qui doit amener le pays
au point d’achèvement de l’Ippte, point d’achèvement
au bout duquel on devrait espérer une réduction
d’un montant de 1.500 milliards sur notre dette qui
est toujours d’environ 6.000 milliards. Il est probable
que quand nous atteindrons ce point d’achèvement
à l’horizon 2005, des millions de Came-rounais
seront morts (de famine ou de maladies) par la grâce
de la pauvreté ; tant est long le tunnel qui
y conduit !
Pourtant, ce document dont la première mouture
était prête en août 2000 aurait dû
sortir au plus tard courant 2002, pour que le point
d’achèvement se situe en 2003. Le gouvernement
se trouve, non seulement intellectuel-lement incapable
de le rédiger “de manière satisfaisante”,
mais surtout handicapé par une conditionnalité
parti-culière : “la bonne gestion de l’Etat”.
Partant sans doute du constat que nos dirigeants avaient
pris l’habitude d’em-prunter au-delà des besoins
réels du pays pour investir dans la gabegie et
les détournements de fonds, sans se croire obligés
de rendre compte au peuple qui doit rembourser, les
institutions financières internationales ont
décidé que la “bonne gouver-nance” ferait
désormais partie des conditions “sine qua non”
pour obtenir leur aide. Elles ont supposé nos
dirigeants (c’est-à-dire le régime Rdpc)
capables d’instaurer une fois pour toutes dans le pays,
des principes de bonne gestion des hommes et des biens,
et surtout de les appliquer de manière concrète,
égalitaire et cohérente en vue d’améliorer
le bien-être des populations.
La bonne gouvernance
On parle ainsi par exemple d’une démocratie pluripartite
; d’une société de Droit et de droits
; de compétition et de mérite ; d’une
administration publique responsable, transpa-rente et
non partisane ; d’une programmation économique
en vue d’un développement humain durable... C’est
cela la bonne gouvernance.
En fait, si nos dirigeants étaient conséquents
avec leurs promesses de “démocra-tisation” et
de “moralisation”, s’ils n’avaient pas de la politique
une perception uniquement pouvoiriste, profitiste et
ethnocentrée, on pourrait se demander de quoi
se mêlent ces institutions financières
internationales dont l’aide, en réalité,
n’est qu’un placement déguisé. D’autant
plus que le béné-ficiaire de l’aide n’est
pas toujours associé à l’élaboration
des conditionalités qui sont imposées.
Malheureusement, un gou-vernement dont les promesses
au peuple, comme aux bailleurs de fonds sont délibérément
mensongères, reste indéfendable. En l’occurrence
et pendant 10 ans, le gouvernement du Renouveau a été
incapable de protéger contre un Pas inadapté,
la vision de l’Etat dirigiste qui voulait que le développement
du Cameroun soit maîtrisé par les Camerounais.
Et depuis 8 ans, le même gouvernement, comme s’il
avait compris son erreur, promet de “réintroduire
l’Etat dans les stratégies de développement
économique et social”, pour en faire, semble-t-il,
“essentiellement un facili-tateur, un régulateur
et un partenaire du secteur privé et de la société
civile”. Car à la coordination de la bonne gouvernance
à Yaoundé, pour que le secteur privé
de la société civile (au profit desquels
l’Etat avait été défenestré
de l’économie au nom de la logique du marché),
puissent jouer leur rôle dans le développement,
“il faut qu’ils (les deux secteurs), soient le produit
d’une construction politique et sociale, fonction que
seul l’Etat peut assumer”.
De deux choses l’une : ou bien le gouvernement came-rounais
est donc parfaitement conscient de la nécessité
d’une bonne gouvernance s’il veut sortir le pays de
la crise, ou bien il juxtapose dans des promesses fallacieuses,
des formules préconçues pour caresser
les institutions financières internationales
dans le sens du poil. C’est pourquoi d’ailleurs, le
gouver-nement n’entreprend plus aucune action en vue
d’objectifs endogènes, mais seulement “dans le
cadre de ses engagements internationaux”.