Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Lutte
contre la piraterie
Que peut
Ferdinand Oyono ? Jean-François
CHANNON
Le ministre de la Culture
lance un avertissement officiel aux pirates et
autres acteurs de la contrefaçon des œuvres de
l’esprit. Mais au - delà de l’avertissement on
attend du Mincult, un plan organisé de lutte
contre ce fléau.
En fin de semaine dernière, le Ministre d’Etat
chargé de la culture, Léopold Ferdinand
Oyono, a rendu public un communiqué dans lequel
il traduit la volonté de son département
ministériel de mettre fin aux activités
diverses des pirates des œuvres de l’esprit. Une
vigoureuse mise en garde contre “ces bandits de grand
chemin” pour reprendre une expression d’un artiste,
qui spolient les créateurs de leurs droits divers…
“De plus en plus sont accomplies sans autorisations
préalables requises par la réglementation
en vigueur la reproduction, la communication au public
et la commercialisation des compositions musicales,
des programmes d’ordinateur et de bien d’autres œuvres
protégées par la loi n° 2000/011 du
19 décembre 2000 relative au droit d’auteur et
au droits voisins. Les auteurs de tels actes s’exposent
à une peine d’emprisonnement de 5 à 10
ans, à une amende de 500 000 à 10 000
000 Fcfa et à des dommages et intérêts…”,
constate le communiqué du ministre Ferdinand
Oyono.
Cette prise de position du Mincult était attendue
et souhaitée depuis plusieurs années.
La piraterie intellectuelle, et la contrefaçon
sont des délits réprimés par le
code pénal camerounais. Dans le cadre de la création
artistique et des œuvres de l’esprit, le ministère
de tutelle, a le devoir de saisir les autorités
judiciaires pour réprimer conformément
à la loi toute personne au comportement déviant
assimilé à la contrefaçon
et à la piraterie des œuvres de l’esprit. Pendant
longtemps malheureusement, le Cameroun s’est illustré
comme un pays où les créateurs du monde
entier sont spoliés publiquement au su et au
vu de tous sans que les autorités compétentes
ne lèvent le moindre doigt. La situation de la
piraterie artistique était tellement inquiétante
que la plupart des artistes se sont mis à penser
que les auteurs de ces actes bénéficiaient
des complicités en haut lieu compte tenu d’importantes
dividendes que génèrent cette activité.
Pirates protégés
Il est notoirement connu qu’en dehors des pays voisins
tels que le Nigeria, la Guinée Equa-toriale
et dans une certaine mesure le Tchad, où sont
produites les œuvres contrefaites des créateurs
camerounais des villes comme Bafoussam, Limbé
et Douala sont des laboratoires de la piraterie artistique.
Combien de fois les artistes ont ils dû
prendre sur eux la téméraire décision
d’aller affronter à ces endroits des pirates
très souvent armés et jouissant contre
attente de la protection des autorités
locales. On a le souvenir de cette cuisine de duplication
de cassettes audios, détruite publiquement à
Bafoussam en 1994, et qui appartenait à un…
commissaire de police, en fonction dans la même
ville. Ou encore ce magasin de stockage des œuvres musicales
piratées découvert à Limbé
et dont le propriétaire était le fils
d’un influent membre du gouvernement dans les années
1990. A Yaoundé, en face du ministère
de la Culture, des jeunes vendeurs ambulants proposent
ouvertement dans les cafés et bars, des CD, des
cassettes audiovisuelles, et autres œuvres de l’esprit
dont on sait très bien qu’ils sont des produits
de la piraterie et de la contrefaçon. Mais
encore, 90 % des discothèques des métropoles
camerounaise exercent dans la compilation illégale
des œuvres artistiques, et dans certains cyber-cafés
le vol informatique des programmes s’exerce impunément.
Il était donc plus que temps que le ministère
de la Culture s’engage à arrêter ces actes
de gangstérisme. Peut-on estimer les dégâts
que la piraterie et la contrefaçon ont causés
en termes de manque à gagner aux caisses
de l’Etat et surtout aux artistes ? L’heure n’est
donc plus au ponce pilatisme comme cela s’est vu ces
dernières années où l’on a laissé
différentes corporations d’artistes aller affronter
dans la rue, les gangs organisés des pirates,
parfois au risque de leur vie. Le communiqué
du ministre de la Culture, on voudrait bien l’espérer,
devrait pouvoir sous-tendre un plan concret et organisé
de lutte et d’anéantissement de la piraterie
et de la contrefaçon des œuvres de l’esprit.
Car, comme l’a relevé la chanteuse Sally Nyolo
lors de son passage au Cameroun en janvier dernier,
“si l’on pirate ou alors on laisse pirater les artistes
dans un pays comme le Cameroun, l’essence expressive
de l’art en tant que œuvre de création spirituelle,
n’aura vraiment plus de sens”.