Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Paroles
à la jeunesse
Paul Biya
n’est pas un jeune Jean-Célestin
Edjanguè
Entre deux manifestations
de la fête de la jeunesse, à Douala comme
à Buea, des jeunes évoquent la perception
qu’ils ont du président de la République
et de son action. Propos saisissants.
La jeunesse camerounaise d’aujourd’hui? “C’est une
jeunesse éveillée, curieuse et dynamique.
Malheureusement, elle n’est pas aidée, accompagnée
dans son élan”. Petit, un jeune étudiant
en sciences économiques, de l’Université
de Buea, exprime le sentiment de la plupart de ses camarades.
Pour tous, la fête de la jeunesse c’est l’occasion
de faire le bilan, un état des lieux sur l’année
écoulée et celle à venir : “il
y a un malaise profond, qui va en s’agrandissant, chez
les jeunes. Nous n’avons plus de sens critique sur les
valeurs, on s’intéresse davantage au superflu
qu’aux choses importantes. Il est vrai que nos aînés
ne nous aident pas beaucoup. Mais nous-mêmes ne
faisons pas trop d’efforts dans ce sens”, poursuit-il.
Quant au chef de l’Etat, il juge son action en direction
des jeunes pour le moment insuffisante : “il a beaucoup
essayé pour nous aider, en développant
notamment l’enseignement des nouvelles technologies.
Malheureusement, il l’a limité à Yaoundé.
Comme si la capitale est représentative du pays
tout entier”. Son camarade Maxime est nettement plus
tranché dans le regard qu’il porte sur le “premier”
jeune camerounais : “il y a un très grand fossé
qui sépare le président de la République
des jeunes du pays. Aujourd’hui, beaucoup de jeunes,
à Buea, quittent le Cameroun après le
bac ou la licence pour aller tenter leur chance à
l’étranger. Le pays ne leur offre aucune perspective
d’avenir”, insiste-t-il.
Le président Biya est un vieux
Pour Maxime, il n’y a aucune raison valable de fêter
la jeunesse au Cameroun, si ce n’est pour ajouter une
journée fériée supplémentaire
dans le calendrier : “la fête de la jeunesse,
ici, n’a aucune signification réelle. Pour nombre
d’entre nous, c’est un jour de plus pour rester à
la maison. Ce qui pénalise l’économie
et nuit au développement du pays. la jeunesse
camerounais est dynamique, avec ou sans fête.
Le problème c’est qu’elle n’a pas les moyens
de s’affirmer davantage”. Et de s’interroger : “comment
peut-elle alors que le chef de l’Etat lui-même
ne semble guère lui faire confiance? Aucune instance
importante du Cameroun n’est confiée à
des jeunes. Le président Biya est un homme politique,
un vieux et certainement pas un jeune”. Cette image
d’un Paul Biya mieux, ne comprenant pas les jeunes,
ne percevant pas leurs problèmes, on la retrouve
également chez Peter, un étudiant de 20
ans : “le président de la République ne
connaît pas les jeunes. Il est coupé de
nos réalités. On a besoin de quelqu’un
qui nous ressemble, qui soit proche de nous par les
idées, le paraître, le langage et l’action.
On a plutôt l’impression que Paul Biya refuse
le changement, qu’il n’aime pas des idées révolutionnaires,
c’est pourquoi il refuse d’être entouré
de jeunes”.
Plus proche de nous, au lycée bilingue de Bonabéri,
où une semaine culturelle célébrait
la fête de la jeunesse, on a une image beaucoup
plus positive du président de la République
: “je crois qu’il a beaucoup fait ces dernières
années pour tenter d’intégrer la jeunesse
dans le monde des adultes”, note Ntonga-Ntonga, le président
de la coopérative du lycée, élève
en 1ère A espagnole. Mais il regrette que “les
jeunes soient peu nombreux à occuper des postes
de responsabilité, alors que ça favoriserait
une meilleure prise en compte des aspirations de la
jeunesse du pays”. Même son de cloche chez Sidonie,
en classe de 3e espagnole au lycée bilingue de
Bonabéri : “la situation des jeunes est déplorable.
Ils ne respectent plus rien, à l’école
comme à la maison. Je considère le président
Biya comme un père, même s’il ne prend
pas assez en compte les besoins des jeunes”. Et de conclure
: “cela dit, il ne faut pas toujours attendre que l’Etat
nous donne tout. Nous devons aussi savoir nous débrouiller,
être imaginatif, inventif, si nous voulons avoir
toute notre place dans la société”. En
d’autres termes, c’est en étant responsable,
que la jeunesse camerounaise fera entendre sa voix dans
le sourd bourdonnement de l’aréopage qui nous
gouverne.