Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Les lolos
in Danielle L. Nomba
De plus en plus, à
Douala, les poitrines protubérantes se libèrent
des vêtements amples qui les soustrayaient aux
regards, pour revêtir les vêtements moulants
qu'ils n'osaient pas se permettre. Et les regards, les
langues et les esprits se délectent du phénomène.
Une rue de Douala, par une après-midi de novembre
2002. Alexandre D., la vingtaine sonnée, s'apprête
à traverser la route. Soudain, il marque un temps
d'arrêt, un pied sur le trottoir, l'autre sur
la chaussée, et le regard glué à
la poitrine si imposante que les seins se compressent
d'une passante. Salivant d'envie, il ne peut s'empêcher
de remarquer: "Des seins comme je les aime. Bien gros.
Seigneur, quand je pense à tout ce qu'on peut
faire avec!". Il se ressaisit une fraction de minute
plus tard, trop tard pour que sa remarque ait échappé
à sa collègue, qui chemine avec lui. Il
sourit, gêné, et se croit obligé
de s'expliquer: "C'est que tu ne sais pas combien
une telle poitrine est érotique et permet de
s'éclater à souhait". Enigmatique, il
conclue: "si seulement tu savais à quoi ils peuvent
servir...".
Combien sont-ils, les hommes qui salivent à la
vue d'une poitrine dont la taille va chercher dans les
cent et plus? En tout cas, rares sont ceux qui y sont
indifférents. Tous louchent sur une poitrine
aux proportions hors du commun. Et il n'y a pas que
les hommes à manifester un certain intérêt
pour ces seins dont certains attribuent la particularité
aux Africaines. Depuis quelques temps, les femmes aussi
s'y mettent.
Opération charme côté seins
Le mot "lolos" s'est taillé une place de
choix dans le vocabulaire des citadins. Ce soir du 10
février 2003, la foule compacte qui se marche
sur les pieds à l'entrée du parc des princes,
à Bali, n'a que ce mot à la bouche. Plus
que le spectacle de l'Ivoirien Meïway, c'est "le
concours des lolos" qui aura lieu ce soir, sous les
notes de "miss lolos" du maître de cérémonies
Meïway, qui met cette foule en transe. A l'intérieur
dudit parc, tous les regards convergent vers le podium
où des filles aux poitrines phénoménales
se succèdent. "Je n'en ai jamais vu d'aussi gros",
avoue Meïway, encore sous le charme 24 heures après
le show. Sa miss lolos, une noire plantureuse, les seins
deux fois plus gros que la moyenne, plus rebondis par
le resserrement du petit bustier qu'elle arbore, fait
pâle figure au milieu de ses rivales camerounaises.
Dans la foule, c'est la démence: on crie à
tue-tête.
Descendues de l'estrade où elles affichaient
leurs formes, les filles ne sont plus si fières
que cela de parler de leurs rondeurs. Surtout pas de
leur poitrine. Chez la plupart, la gêne empêche
de s'étendre sur le sujet. Pendant ce temps,
celles qui ont la poitrine menue s'en donnent à
gorges chaudes.
Les chouchous des couturiers
Michèle E. N., poitrine moyenne, aimerait bien
donner du volume à ses seins. "C'est plus beau
quand c'est gros", remarque-t-elle en essayant de donner
du volume, de la main, à sa poitrine. Mais des
seins de dimensions plus qu'imposantes, elle n'en veut
pas. "Juste la bonne moyenne. Pas petits, pas hyper
gros non plus. Et puis, les seins qui se touchent, sans
espace au milieu, c'est laid", prétend-elle.
Célestin E., lui, est loin de partager cet avis.
"Les lolos, il n'y a rien de tel pour vous procurer
de la tendresse. Et puis, une femme dotée d'une
poitrine forte, vous avez avec elle un rapport qui confine
à celui que vous auriez avec votre mère;
elle est plus proche".
"La poitrine, c'est la partie du corps d'une femme,
sexy, qu'on peut exposer sans choquer". Parole de couturier
camerounais, Jemann. Et il est plutôt bien placé
pour en parler. Lui qui affectionne de faire des folies,
dans ses collections, avec le seins. Comme beaucoup
de ses pairs. De quoi se demander pourquoi les hommes
des ciseaux s'y appuient particulièrement dans
la confection de leurs modèles, au point d'être
à l'origine du complexe développé,
un temps, par les femmes fortes. "C'est parce que c'est
la première partie visible qui différencie
la femme de l'homme", explique Jemann. Mais de là
à avoir une préférence pour les
seins menus ou moyens..."Moi, je n'ai pas de préférence.
Mon travail, c'est de mettre la poitrine en valeur.
avec les lolos, il est pratiquement simplifié,
car ils s'imposent d'eux-mêmes. Dans ce cas, il
suffit de les suggérer. Le déshabiller,
ce n'est plus avantageux", avance le couturier.
Celles qui déambulent aujourd'hui, sous le coup
de la mode des lolos qui prévaut, les seins agressifs
débordant de leurs vêtements destinés
à les dévoiler, au risque de faire perdre
le sens de l'orientation un Alexandre, auraient bien
besoin de le savoir.