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Déçu par le marché
Nkongsamba ne boit plus de café

Léopold Chendjou

On y déterre les caféiers pour cultiver les bananes.

Comme tous les matins, le vieux Essoube, la soixantaine largement entamée, arpente la ruelle sinueuse et cahoteuse qui mène à sa plantation située dans les confins du quartier 8. Dans un porte-tout qu’il traîne sans grande peine, sont rangées des jeunes pousses de bananes-plantains. De temps en temps, il esquisse un sourire narquois pour répondre aux salutations des passants qui lui adressent un “ Bonjour Café man ”. Pourtant, l’homme ne se reconnaît plus dans ce pseudonyme. ”Je ne suis plus l’homme du café. Le café m’a déçu. Vous verrez que dans ma plantation, j’ai déjà déterré plus de la moitié de mes caféiers”, fulmine-t-il. Des paroles plutôt extraordinaires venant de ce planteur de café  connu et respecté dans la ville de Nkongsamba et propriétaire de 15 ha. Vigoureusement frappé par la chute des prix et la désorganisation du secteur, il s’est lancé dans la culture des bananes plantains, délaissant ainsi le café qui  lui a pourtant donné sa réputation.  “On m’a surnommé ainsi  parce que j’étais un très grand planteur de café. Ensuite, mon champ était très bien entretenu ce qui m’attirait beaucoup d’admiration de la population ”. Sa vaste plantation de café est aujourd’hui un melting pot de produits vivriers. Des centaines de plants de caféiers arrachés s’amoncellent dans un recoin, destinés au bois de chauffage.  ”Quand le prix du café a commencé à baisser à partir de 1987, nous avons cru que c’était juste pour quelques temps. Nous ne nous sommes pas découragés, nous avons continué de planter le café, d’entretenir nos champs. C’est aujourd’hui que nous comprenons que nous perdions notre temps, notre énergie mais surtout l’argent que nous dépensions pour acheter l’engrais ”. Cette réflexion entièrement partagée par les planteurs du Moungo justifie le recul qui s’y observe au sujet de la culture du café.  Pendant la période glorieuse de cette culture en effet, plus de 80% de la population du département du Moungo, ne vivait que de la culture du café qui était alors vendu à prix d’or”. Moi je vendais un sac de café à 40.000 f cfa et même plus! A l’heure actuelle, le même sac me revient à 6.500 f cfa. Sans compter qu’il faut acheter un sac d’engrais à 10.000 f cfa ”dit avec nostalgie Matiké planteur à Nkongsoung .

Erigé en capitale du café robusta au cours de la décennies 70/80, le département du Moungo avait transformé ses vastes étendues montagneuses en plantations caféières. On ne cultivait que du café parce que la vente était plus sûre et les revenus plus importants. “Les multiples usines à café appartenant aux Grecs  qui florissaient ici étaient un facteur galvanisant chez les planteurs” explique un ingénieur agricole à la délégation départementale de l’agriculture. La plupart de ces grands usiniers ont fermé leurs portes depuis des lustres ce qui a contribué davantage à l’abandon des champs. Aujourd’hui, les plantations de café dans le Moungo sont soit abandonnées, soit transformées pour la production des plantes vivrières (plantains, bananes, ignames, taro etc...).  Même les usiniers de renom comme Yimo, Menessier, Godzounian ont fermé boutique. Une attitude très compréhensible aux yeux de certains. “Nous nous sommes demandés pourquoi continuer de cultiver un produit dont le coût de production est supérieur au bénéfice que l’on peut en tirer? Nous avons donc choisi de sensibiliser nos membres sur la diversification de nos cultures”, explique M. Kamdem, responsable d’un groupement d’initiatives communes (GIC) basé à Melong.

Grand désordre
 Ici, les désagréments subis par les planteurs de café ne résultent pas seulement de la baisse du coût d’achat aux planteurs. Il règne un grand désordre dans ce secteur depuis sa libéralisation et ce sont les planteurs qui en souf-frent. “L’Etat nous a aban-donnés. Avant il fallait avoir un livret pour vendre ou acheter du café. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. C’est chacun qui vient maintenant, fixe son prix et c’est à prendre ou à laisser. Autant de choses qui ne nous encouragent plus à cultiver le café ” se plaint Sama diplômé sans emploi, reconverti dans l’agriculture.

 Le risque est grand que la culture du café soit totalement abandonnée dans le Moungo. Le manque d’intérêt des planteurs a déjà des répercussions  sensibles au niveau de la production locale. A la délégation départementale de l’agriculture du Moungo, on parle d’une baisse de près de 60% de la production. Pourtant, nonobstant le désespoir enduré ici par les planteurs de café, certains restent optimistes, tout en espérant que l’Etat reprenne son rôle d’antan “ Nous sommes prêts à reprendre nos champs si le gouvernement nous accorde des subventions ne-serait ce que au niveau de l’achat des engrais ”, conclut Matiké. Mais en attendant, bon nombre de planteurs  comme Essoube ont déjà opté pour une autre voie, plus porteuse celle-là.  “Moi, j’exhorte tous les autres planteurs à faire comme moi , à regarder vers la culture  des bananes plantains. On n’y gagne aussi beaucoup ”.
 



 


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