Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
L’affaire
Feicom - direction des impôts
Polémique
autour des centimes additionnels communaux René Dassie
En décidant de procéder
au recouvrement des Centimes additionnels communaux
(Cac), le Feicom n’empiète pas sur la loi. Mais
les contribuables devront désormais faire face
à une procédure éclatée
donc plus contraignante.
L’annonce en début d’année du Fonds spécial
d’équipement intercommunal (Feicom) de s’impliquer
directement dans la collecte des centimes additionnels
communaux (Cac), une part des impôts destinée
au financement des communes, continue d’alimenter la
polémique dans les milieux d’affaires de nos
principales métropoles. Une polémique
d’autant justifiée, que cette annonce soutenue
par une importante campagne médiatique intervient
alors que jusque là, c’est surtout la Direction
des Impôts et la Douane, qui recouvraient l’essentiel
des Cac.
Lorsqu’à l’issue du conseil d’administration
de fin décembre dernier Emmanuel Gérard
Ondo Ndong annonce que le Feicom ira désormais
chercher les centimes additionnels communaux là
où elles se trouvent c’est à dire chez
le contribuable, plusieurs observateurs voient dans
cette sortie soudaine et inattendue, les prémisses
d’une guerre avec les administrations principales des
impôts. Quelques titres de la presse nationale
font même état d'une guerre réelle,
entre le Feicom et les impôts qui se disputeraient
la gestion des Cac. L’enjeu est important, et pourrait
bien susciter des appétits. Chaque mois, le Feicom
reçoit de la seule direction des impôts
près d’un milliard de francs Fca, au titre des
Cac. Une somme collectée en majorité dans
les seules villes de Douala, Yaoundé et Limbe,
qui y contribuent à près de 90%.
Pour autant, l’enquête du Messager aux Impôts
comme au Feicom ne permet pas d’établir un véritable
conflit entre les deux administrations, même si
des problèmes subsistent au sujet du recouvrement
des Cac. « M. Ondo Ndong ne nous a pas saisi sur
cette affaire. Donc pour nous, il n’y a pas de problème
», indique un jeune inspecteur des impôts,
qui travaille sur les recouvrements fiscaux. Son de
cloche analogue au Feicom. « Nous dépendons
du ministère des finances et du budget, qui assure
notre tutelle financière. Nous dépendons
aussi pour ce qui est de la tutelle administrative,
du ministère de l’administration territoriale.
Nous ne pouvons donc pas entrer en guerre contre une
de nos tutelle », indique un cadre de la cellule
de communication du Feicom.
Des interrogations
Pourtant, l’intrusion du Feicom dans les recouvrements
des Cac , ne va pas sans interrogations dans les administrations
traditionnelles des impôts. Un inspecteur des
impôts s’interroge ainsi sur ce qu’il appelle
« l’agitation du Feicom ». Les centimes
additionnels indique-t-il constituent des accessoires
des impôts principaux, comme la Taxe sur la valeur
ajoutée, l’Impôt sur les sociétés
(IS), ou encore l’impôt sur le revenu des personnes
physiques (Irpp). « C’est la direction des impôts
ou encore les Douanes, qui recouvrent le principal,
et recouvrent aussi logiquement, les accessoires comme
les Cac. Les répartitions qui suivent permettent
de reverser au Feicom, la part qui lui revient ».
L’attitude du Feicom poursuit-il, constitue un recul
par rapport aux principes usuels de l’administration
fiscale, l’unicité des caisses de l’Etat, et
l’interlocuteur unique face au contribuable. D’où
les réserves de cet inspecteur des impôts,
sur les capacités du Feicom, a recouvrer de façon
efficiente, les Cac. « C’est la Direction des
impôts qui gère les fichiers des contribuables.
Comment le contribuable saura-t-il que l’argent payé
aux agents du Feicom constitue effectivement le montant
dû ? Où ira-t-il payé cet argent
au titre des Cac ? ». Citant le cas de la Cnps,
il indique que l’option pour cette administration qui
éprouvait des difficultés à suivre
les contribuables, de confier le contrôle du reversement
des redevances Cnps à la direction des impôts,
lui a permis de doubler pratiquement ses recettes mensuelles,
qui sont passées de 02 à 04 milliards
de francs Cfa. « La Direction des impôts
gère avec le même succès les redevances
Crtv, et l’argent du Fonds national de l’emploi »,
conclut-il.
Au Feicom, cette argumentation est battue en brèche.
Ici, l’on déclare s’appuyer sur la loi, pour
intervenir dans les recouvrements de Cac. Et de citer
l’arrêté conjoint no 03449 Minat/ Minefi
du 22 octobre 2001 portant modalité d’assiette,
de recouvrement et de reversement d’impôts et
taxes destinés aux communes et au Feicom, qui
autorise expressément le Feicom à intervenir
dans la phase de recouvrement des Cac. Ce texte inclut
en effet en ses articles 2 et 6 le Feicom dans les administrations
chargées de recouvrer les centimes additionnels
communaux. Traitant de l’émission et du recouvrement
des Cac sur l’Is et L’Irpp par exemple, ce texte, indique
que les services d’assiettes des impôts doivent
établir des bulletins d’émission (BE)
distincts, selon l’administration qui procède
au recouvrement. Contraintes pour les contribuables
Les BE no 1 sont encaissés par l’Etat ; les no
2 par la Commune urbaine, et les no 3 par l’agent comptable
du Feicom.
Difficultés de paiement
Pour ce qui est des centimes additionnels communaux
sur la Tva, une procédure similaire est prescrite,
à travers l’émission par les services
de la douane, de trois types de Bulletin unique de liquidation
douanière (Bld) dont les no 3 sont encaissés
par le Feicom. « Ce texte amorce la décentralisation
financière aux profit des collectivités
», commente un cadre du Feicom. Il reste qu’en
pratique, la procédure des payements induite
par l’arrêté conjoint n’ira pas sans gène
pour le contribuable. Celui-ci devra désormais
(art. 6.3) en cas de payement, émettre trois
chèques distincts, ou faire trois parts s’il
paye en liquide, conformément aux trois types
de bulletin, d’où la crainte légitime
d’une aggravation de la résistance à l’impôt.
Pour essayer d’atténuer cette résistance
on affirme au Feicom avoir opté pour l’installation
d’agent de recouvrement, dans les services habituels
de payement des impôts, pour éviter au
contribuable, des déplacements supplémentaires.
« Nous avons mis en formation des agents, pour
cette tâche. Notre souci majeure est de réaliser
rapidement notre budget revu à la hausse et fixé
à 30 milliards de francs, pour une intervention
plus efficace dans les communes dont nous constituons
la banque », y assure-t-on.
Répartition des centimes additionnels communaux
Etat: 10% Feicom: 90% Dont: 70% pour le financement
des communes, Et 20% pour le fonctionnement du Feicom,
et ses investissements.