Dir. de Publication - Publisher
: Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly
Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo
electronique publié par le groupe GMM
Enlèvement
frauduleux des containers au port
Les douaniers
dans tous les états Alex Gustave Azebaze
Les révélations
du Messager sur un possible trafic de fausses
déclarations douanières a mis la plupart
des douaniers dans tous leurs états, au moment
où s’ouvrait la journée internationale
de la douane. Mais la mauvaise humeur compréhensible
de quelques uns ne réussit pas à laver
le soupçon qui tend à se généraliser
Combien sont-ils ces douaniers suspectés d’être
au cœur du réseau de trafic de documents en vue
de l’enlèvement frauduleux des containeurs de
marchandises au Port de Douala ? Combien de containers
ont pu être enlevés grâce à
ce manège ? Ces questions, que l’opinion se pose
et auxquelles aucun responsable de la douane camerounaise
sollicité par les reporters du Messager pendant
notre enquête n’a apporté de réponse,
prennent une dimension polémique depuis la publication
de nos informations révélant
l’existence d’une enquête policière sur
un vaste trafic sur les containeurs au port de Douala.
Les plus grincheux sont, comme il fallait s’y attendre
les agents et cadres de douane. Ils semblent ne pas
apprécier le fait que Le Messager ait publié
ces informations «sans les vérifier».
Drapés sous l’anonymat habituel, ils s’en prennent
à «ceux qui utilisent les journalistes
pour salir les douaniers, (excellents ?!) serviteurs
de l’Etat.»
Seuls pourris ?
L’un d’entre eux ne nous-a-t-il pas en marge de la conférence
publique du directeur des douanes pour le lancement
de la journée mondiale de la douane accusé
de vouloir déstabiliser la nouvelle direction
? Pourtant, l’affaire révélée par
le Messager, est selon des sources dignes de foi, initiée
par le directeur des douanes, tout au moins en partie.
Modeste, Goni Mal Adji, il refuse d’en assumer
ouvertement la paternité, préférant
parler des « instructions du ministre des finances
et du budget ». Mais en soutenant clairement que
« les formes tracassières et bureaucratiques
de l’administration douanière agissent comme
repoussoir », il se jette à l’eau. Il a
ainsi rappelé une circulaire du président
de la république portant orientation générale
des budgets de l’Etat. Celle-ci prescrit “l’intensification
de la lutte contre la fraude et la contrebande, ainsi
que les trafics divers”. En matière douanière
il n’est un secret pour personne que ce sont ces pratiques
réprouvées qui favorisent les situations
comme celle rapportée par Le Messager et qui
met en cause des membres de l’administration douanière.
Une réforme serait en cours pour les résorber,
a indiqué Goni Mal Adji.
Comment éviter longtemps de minimiser l’affaire
révélée par la presse ? Interrogée
lors du jeu des question réponses, Goni Mal Adji
se contente de dire que « les investigations internes
se poursuivent ». Y a-t-il meilleure confirmation
des informations du Messager, tout au moins dans ses
grandes lignes ? Le directeur des douanes a par la suite
expliqué que « c’est au fur et à
mesure que les propriétaires des marchandises
conteneurisées les enlèvent que les contrôles
mis en place appréhendent l’ampleur du phénomène».
C’est lorsque l’enlèvement du container est fait
qu’on peut savoir si les documents portant déclaration
douanière sont conformes ou non, a-t-il révélé.
« S’ils sont bien déclarés, aucun
problème. S’ils ne le sont, pas on les saisit
et c’est ici qu’on voit qui a fait la déclaration
et quel est le douanier qui l’a signé»
a indiqué le Directeur des douanes, en réponse
à la question du Messager qui souhaitait être
fixé sur le nombre précis de douaniers
et de conteneurs en cause. Et de révéler
que depuis que ce nouveau système de contrôle
a été mis en place, nombre d’importateurs
ou déclarants suspects abandonnent purement et
simplement leurs conteneurs. Explication : ils éviteraient
de tomber dans les mailles du filet de la gendarmerie
du port.
« Faites un tour aux Impôts»
Un cadre de la direction des Douanes a , une fois encore
sous anonymat, déclaré aux reporters du
Messager que «les gendarmes [qui vous ont donné
le chiffre de 2000 conteneurs] ont certainement exagéré.
En réalité, cette affaire concerne quelques
centaines de containers. Nous les comprenons puisqu’ils
ne savent pas de quoi ils parlent.» Si on peut
admettre que le chiffre de 2000 containers est quelque
peu exagéré un autre agent de douane
soutient que ce chiffre correspond au nombre de containers
manipulés au port de Douala pendant au moins
6 mois on doit convenir qu’au stade actuel des
choses, la difficulté pour situer le nombre exact
de conteneurs frauduleusement enlevés reste grande.
Très grande même. Et les réponses
du directeur des douanes de même que celles de
ses collaborateurs ne suffisent pas à relativiser
les faits rapportés par la presse. On a même
l’impression qu’un certain flou est volontairement entretenu.
A qui le directeur des Douanes veut-il faire croire
qu’au moment où il rencontrait le public à
Douala, il n’était pas en mesure de dire à
l’opinion combien de ses collaborateurs avaient déjà
été interrogés, d’autant qu’il
a dit à la même occasion que des sanctions
internes sont prises au fur et à mesure que la
conviction des contrôleurs est faite sur un cas
? Surtout qu’il soutient que la douane, en organisant
l’exercice d’échange avec le public, s’inscrit
dans la logique d’une gouvernance transparente. Cette
posture recoupe d’ailleurs le thème de sa conférence
du jour « Réforme et modernisation de la
douane ou l’option de changement d’une administration.».
A moins que les demies révélations du
directeur ne cachent sa difficulté de bousculer
des habitudes qui se sont ancrées dans cette
administration.
Comment ne pas le penser dès lors que la plupart
des cadres de Douanes qui ont critiqué Le Messager
ont avoué ne pas le faire parce que ses informations
sont totalement erronées. «La presse a
tendance à diaboliser la douane et ses agents
alors même qu’elle se montre étonnement
silencieuse sur l’enrichissement de nos confrères
d’autres régies financières telles les
Impôts et le Trésor» fulmine un cadre
des douanes. Il révèle les pistes d’enquêtes
pour ceux qui prétendent au sein de l’appareil
d’Etat engager une opération “Mains propres”
à tête chercheuse. « Aux Impôts,
en dehors des 10% auquel a droit chaque cadre des régies
financières qui réussit une opération
de redressement fiscal, nos camarades qui ont aujourd’hui
le privilège de fixer le montant des pénalités
et de les collecter négocient au prix fort leur
quote-part, dans le secret des cabinets des Dg ou responsables
financiers des entreprises. Personne ne s’en offusque.
Faites-y un tour, et vous m’en direz» accuse-t-il.
Et de conclure : « En réalité, nous
ne sommes pas les plus pourris, mais simplement victimes
de la chaîne d’intermédiaires qu’il y a
entre l’usager (client) et le douanier. La plupart des
exactions sont le fait des transitaires»
« Un sport » selon Sohaing
Mais « pourris autant ou plus que les autres »
ou non, les douaniers chargés vont dans un avenir
non déterminé s’éloigner du port
de Douala. Le projet de transfert de la direction des
douanes semble, selon Goni Mal Adji, un début
de solution à la tendance à l’enrichissement
sans cause général relevé aux douanes
camerounaises. « La réforme en cours prévoit
le retour de la direction nationale des douanes à
Yaoundé. Elle permettra, nous en sommes convaincus,
que les douaniers aient les yeux moins rivés
sur le port de Douala. » a dit M. Goni, sous un
ton sarcastique.
Pour le reste, le président du Groupement des
importateurs, André Sohaing, a plaidé
pour que le débat sur la douanes soit moins focalisée
sur les fraudes. Certes il reconnaît qu’il y a
des brebis galeuses parmi les importateurs, mais une
fois encore c’est «une petite minorité
de jeunes importateurs » Pour lui, c’est une façon
de diaboliser les opérateurs économiques
lorsque l’on prétend «qu’il n’y a pas de
corrompus sans corrupteurs» C’est du moins ce
qu’a soutenu le représentant du Gouverneur du
Littoral Patrick Kamsu Simo dans son intervention clôturant
cette cérémonie. Une sortie qui est venue
relativiser les griefs faits aux douaniers pourtant
reconnus comme fondés par cette même autorité.
Selon André Sohaing, si les douaniers font bien
leur travail, les importateurs n’auront point besoin
de frauder sur les déclarations. Plus cynique,
il a utilisé une image de sport pour résumer
la situation : « entre les importateurs et la
douane c’est comme un match de football. Si le gardien
de but est mauvais, peut-on accuser le joueur adverse
d’avoir marqué le but?» Une invite à
plus de rigueur pour les serviteurs de l’Etat ? On l’espère.