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Zimbabwe
Les dégâts de la réforme agraire
Emmanuel de Solère Stintzy


Au Zimbabwe, 1% de la population -les fermiers blancs-, détient 70% des terres. Pour remédier à cette injustice, le président Mugabe lance sa réforme agraire en 2000. Au final, ce sont 95% des terres possédées par des Blancs qui doivent être expropriées. A priori, pas de quoi crier au scandale. Pourtant, de plus en plus de voix s’élèvent pour critiquer une réforme agraire qui engendrerait de nouvelles injustices plutôt que de combattre les précédentes.



1. Détérioration du climat social

Entre 2000 et 2001, les expropriations de fermiers blancs ont entraîné la mort de 40 personnes, en majorité... des Noirs. Par ailleurs, au Zimbabwe, les fermiers blancs emploient actuellement 750.000 ouvriers agricoles (en majorité noirs), qui font vivre environ 1,6 million de personnes. Pour le journaliste zimbabwéen Basildon Peta, le problème ne se situe donc pas en termes de “Blancs” ou de “Noirs” : “en fait, les “nés libres”, cette génération de citadins noirs auxquels son gouvernement a donné la meilleure éducation d’Afrique, sont plus nombreux à quitter le Zimbabwe que les Blancs”, souligne-t-il. Il poursuit en tentant de voir dans l’acharnement du président Mugabe envers les Blancs un règlement de comptes personnels : “en 1966, Mugabe, alors en prison, apprenait par sa femme que son fils était mort du paludisme. Il supplia les autorités coloniales de le laisser enterrer son enfant, mais elles refusèrent ; une attitude qui le meurtrit à jamais”.

2. Redistribution clientéliste des terres

Le gouvernement de Robert Mugabe confisque plus de 4 millions d’hectares de terres à partir de 1980. Au départ, les autorités d’Harare sont aidées dans leur tâche par le Royaume-Uni qui investit 72 millions d’euros avant de cesser ses versements affirmant que les terres ne sont pas redistribuées aux Zimbabwéens les plus pauvres. L’activiste Margaret Dongo confirme : “270 des 400 propriétés achetées par le gouvernement zimbabwéen avec l’argent des compensations britanniques ont été redistribuées entre les membres de l’élite de la Zanu-Pf, le parti du président Mugabe”. Nouvelle désillusion avec le programme de redistribution de 1992 qui ne bénéficie qu’à quelques centaines de dignitaires du régime, dont le président de l’Assemblée nationale et le ministre de la Défense... Certes, 5.000 fermes appartenant aux ex-colons britanniques sont passées aux mains de propriétaires noirs ces deux dernières années, mais à en croire plusieurs observateurs, le nouveau programme de redistribution des terres amorcé en 2000 ne serait pas différent de ses prédécesseurs : “la plupart des fermes saisies ont été données à des officiers de l’armée et à des fidèles du parti au pouvoir”, insiste, début septembre, le journal sud-africain “The Mail and Guardian”.

3. La famine menace

En mars 2002, le journaliste zimbabwéen Basildon Peta décrivait dans son pays une situation peu enviable. “Après l’occupation de plus de 1.500 exploitations agricoles en 2000, 400 entreprises manufacturières ont dû fermer leurs portes l’an dernier (...)”. Selon le Programme alimentaire mondial, 1,8 million de tonnes de nourriture seront bientôt nécessaires d’ici à la prochaine récolte en 2003 pour venir à bout des graves problèmes de santé qui menacent près de 14 millions de personnes en Afrique australe, du fait de la pénurie alimentaire qui sévit dans la région. Rien qu’au Zimbabwe, les autorités d’Harare estiment que 7,8 millions de personnes risquent d’être touchées par la famine.

La réforme agraire et les expropriations des fermiers blancs portent-ils à eux seuls la responsabilité du drame qui se prépare ? Le journaliste sud-africain George Monbiot n’y croit pas. Selon lui, “la plupart des fermiers blancs cultivent du tabac, tandis que 70% du maïs -l’aliment de base au Zimbabwé- produit par le pays l’est par les petits exploitants noirs”. D’autres jugent cependant suicidaire de se passer de ressources vitales -les exploitations agricoles représentent 42% des devises du pays- en ces temps de vaches maigres. “La décision d’ordonner à près de 3.000 fermiers blancs d’arrêter de cultiver et de quitter leurs fermes en août 2002 est une renonciation complète de la responsabilité de l’Etat de nourrir la population dans cette situation de crise alimentaire aiguë”, dénonce le Mouvement pour le changement démocratique, principal parti d’opposition.

Quel Zimbabwe demain ?

Après la réélection contestée de Mugabe en mars 2002, le pays a été suspendu pour un an du Commonwealth. Aujourd’hui, le président zimbabwéen dénonce régulièrement les “ingérence occidentales”, mais il oublie que dans les années 60 et 70, le régime proche de l’apartheid de Ian Smith, contre lequel il se battait, subissait de fortes pressions de la part de ce même Commonwealth...

Le Zimbabwe pourrait donc avoir intérêt à sortir de son isolationnisme. Ainsi, l’Occident se retrouverait obligé de reconnaître sa responsabilité dans les injustices de la terre et forcé d’aider au financement d’un programme enfin juste de redistribution au Zimbabwe. Un vaste programme qui ferait la part belle aux petits exploitants de bonne volonté, parmi lesquels, pourquoi pas, quelques fermiers blancs, eux qui sont de plus en plus nombreux à émigrer vers le Mozambique, la Zambie, ou l’Ouganda, “des pays qui ont un besoin évident de gens capables de produire de la nourriture quelle que soit leur couleur de peau”, ironise “The Zimbabwe Independent”.


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