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Côte dIvoire
Entre putsch et règlements de comptes
La situation sans précédent de crise dans laquelle se trouve la Côte dIvoire a pratiquement reçu toutes les dénominations. Tantôt considérée comme mutinerie puis tentative de coup dEtat, elle est désormais qualifiée de terrorisme international par le président ivoirien Laurent Gbagbo dont le gouvernement parle même dun 11 septembre ivoirien en pointant du doigt un Etat voyou de la sous-région qui entretiendrait des forces du mal au pays dHouphouët-Boigny. Après les premiers coups de feu tirés à Abidjan, le gouvernement ivoirien a pourtant cru avoir affaire à un mouvement de mécontentement dun groupe de militaires qui étaient sur le point dêtre démobilisés. Depuis la fameuse mutinerie du 24 décembre 1999 qui sétait muée en coup dEtat, ce type de mouvement de colère est désormais coutumier en Côte dIvoire. Ici, lorsque les gendarmes veulent bénéficier des mêmes avantages octroyés aux policiers, ils occupent la rue. Et vice-versa. Le gouvernement de Pascal Affi Nguessan identifie donc le mouvement comme une petite mutinerie de 750 militaires intégrés dans larmée deux ans auparavant, sous le règne du général Gueï et sur le point dêtre démobilisés. Le président Gbagbo qui se trouve en visite officielle en Italie annonce même quil va poursuivre sa visite. Mais les insurgés sont trop bien organisés pour nêtre que des mutins revendiquant leur réintégration dans larmée. Ils ont en effet pris le soin dattaquer les domiciles des ministres clés du régime Gbagbo, dont le ministre de la Défense Moïse Lida Kouassi -dont lépouse sera enlevée et torturée -et le ministre de lIntérieur et de la décentralisation -qui trouvera la mort dans lattaque- mais aussi le chef détat-major des armées, le général Mathias Doué. Si les insurgés avaient voulu neutraliser le régime en labsence du président, ils nauraient pas procédé autrement. Mieux, ils attaquent simultanément sur plusieurs fronts: lécole de gendarmerie dAbidjan, le camp de gendarmerie dAgban, mais aussi, Bouaké la deuxième ville du pays située à 400 km dAbidjan et Khorogo la principale ville du Nord. Ces attaques multiples à des kilomètres de distance nont -elles été menées que par quelques centaines de mutins sans lapport de fractions militaires ou civiles? Le caporal Alexis Kouadio, lun des porte-paroles du mouvement reconnaît en tout cas que des officiers les ont aidés à élaborer les plans. Difficile dès lors de ne pas croire à une tentative de destabilisation des institutions ivoiriennes. 2- Qui est derrière le coup? Qui donc a pu organiser cette tentative de coup dEtat bien préparée, mais sans chef apparent? Le régime de Laurent Gbagbo na pas hésité à pointer Robert Gueï du doigt. Auteur du coup dEtat de décembre 1999 et chef de la junte militaire jusquen octobre 2000, Robert Gueï na jamais pardonné à Laurent Gbagbo de lui avoir soufflé le fauteuil de Houphouët-Boigny. Une semaine avant le jeudi sanglant, lancien homme fort du pays rompait même avec fracas lalliance de son parti lUDPCI avec le FPI, en critiquant au passage Laurent Gbagbo comme personne ne lavait fait jusque-là. Mais rien, absolument rien ne prouve que Robert Gueï qui a été retrouvé mort dans une rue dAbidjan ait participé à la préparation du coup de force. Les insurgés qui assurent avoir reçu laide de certains officiers ne reconnaissent pas en effet limplication de lex-patron de la junte dans le coup du jeudi 19 septembre. Le quotidien Notre Voie, proche du parti au pouvoir le FPI, a également tenté dimpliquer lancien Premier ministre Alassane Ouattara dans ce coup de force. La folie meurtière de Gueï et ADO, titrait-il samedi. Le leader du RDR a naturellement rejeté ces accusations en bloc. Reste que les antagonismes se sont profondément militarisés en Côte dIvoire ces dernières années. Il ny a plus darmée ivoirienne mais des factions militaires concurrentes correspondant aux différentes forces politiques qui se battent pour le contrôle du pouvoir en Côte dIvoire. La militarisation des antagonismes politiques et autres a connu son origine pendant le régime du président Henri Konan Bédié - larmement des milices autochtones pour combattre les allogènes -, a continué sous le régime du général Gueï - la création des commandos politico-militaires-, a connu un triste sommet de déchéance dans le cas du charnier de Youpougon et sest généralisée dans la politique de sécurité à outrance de Moïse Lida Kouassi et de Emile Boga Doudou sous le président Laurent Gbagbo, explique lADDHD (Association des défenses des droits de lhomme et pour la démocratie en Afrique). Dans ces conditions, nimporte quel homme politique qui y avait intérêt aurait pu être derrière le jeudi sanglant. Peut-il également y avoir une main étrangère dans ce coup de force? Le gouvernement ivoirien le croit dur comme fer. Laurent Gbagbo en tête, accuse les insurgés davoir des armes lourdes, nouvelles pour la plupart, dont ne dispose pas notre armée. Des armes utilisées dans les armées étrangères. Alassane Ouattara ne rejette pas non plus cette hypothèse allant même jusquà déclarer: ce qui sest passé nest pas ivoirien. Mais lEtat voyou dont parlent les autorités ivoiriennes serait moins le Burkina - Faso que le Libéria. Un homme daffaires français coincé à Bouaké a en effet certifié à lAfp avoir vu et entendu des mercenaires libériens. Cest plein danglophones. Il y a beaucoup de mercenaires. Je les ai vus: balafrés et qui parlent anglais. Des Libériens, aucun doute là-dessus, a-t-il notamment déclaré. 3-Gueï a-t-il été exécuté? Robert Gueï nest plus. Accusé par le gouvernement dêtre derrière le coup de force, le général à la retraite a été tué dans le jeudi sanglant. Son corps a été retrouvé dans une rue dAbidjan. Son épouse Rose Doudou et son aide de camp le capitaine Fabien Coulibally ont également été tués. La télévision ivoirienne a montré quelques images de la dépouille de lex-chef de la junte, gisant par terre, une balle dans la tête. A en croire les autorités ivoiriennes, Robert Gueï a trouvé la mort alors quil se rendait au siège de la télévision pour se proclamer chef de lEtat. Et de préciser que des gendarmes loyalistes ont tiré sur son véhicule quand son chauffeur a refusé de sarrêter à un barrage routier dans le centre dAbidjan. Mais il est difficile de croire quun général qui coordonne un coup dEtat et qui sapprête à se rendre à la télévision pour faire une déclaration, ne prend la peine de ne se vêtir que dun T-shirt et pantalon de survêtement. De plus, comment son épouse a-t-elle était tuée? Se rendait-elle aussi à la télévision pour se proclamer première dame de Côte dIvoire? Tout naturellement, les proches du général tué contestent la version officielle sur sa mort. Pour eux, Robert Gueï a été assassiné de manière préméditée. La mère du capitaine Fabien Coulibally assure même que le général, sa garde et son épouse ont été tués par des militaires peu après 11 heures à la résidence de Gueï. Ensuite, les gardes de Gueï ont été déshabillés et leurs corps ont été transportés et abandonnés dans différents quartiers de la ville. Selon les proches de lex-chef de la junte, le général était en train de prendre son petit déjeuner chez lui lorsquil a reçu un coup de fil dun proche le prévenant dun danger imminent et lui conseillant de quitter rapidement les lieux. Mais il était bien trop tard, sa maison étant déjà encerclée. Difficile en tout cas de ne pas croire que larmée na pas tiré profit du coup de force pour éliminer un homme devenu encombrant. En se réfugiant lun à lambassade de France et lautre à lambassade du Canada, Alassane Ouattara et lancien président Henri Konan Bédié ont sans doute craint eux aussi de subir le même sort. |
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