Dir. de Publication - Publisher : Pius NJAWE
Douala, Cameroun
A Weekly Electronic Publication of the GMM Group - Hebdo electronique publié par le groupe GMM

Le Nord en déperdition

Le mémorandum qui accuse


Le Grand Nord marginalisé, sous représenté dans les institutions républicaines et dans les entreprises publiques et d’économie mixte. Indifférence des pouvoirs publics aux fléaux qui frappent le Grand Nord, etc. Les élites de cette région du pays ont tissé un chapelet de griefs qui caractérisent leur région d’origine depuis que Paul Biya et le Renouveau sont au pouvoir. Le Messager présente à ses lecteurs “le mémorandum sur les problèmes du Grand Nord”.



Les pseudo-élections du 30 juin 2002 dernier et les multiples questions et autres leçons qu’elles imposent au pays ne peuvent susciter que des analyses diverses et d’inspirations souvent différentes voire apparemment contradictoires. Mais aucune interprétation n’est à négliger et surtout le respect de chaque démarche participe de notre quête collective de démocratie.

A ce titre, aucune invite à la réflexion ne mérite d’être écartée, encore moins d’être tournée en dérision, simplement par ignorance des vrais enjeux ou pour des raisons inavouables tant la noblesse des mobiles laisse à désirer pour certains esprits de critique.

A notre avis, l’essentiel réside dans un refus catégorique de la fatalité, dans une quête responsable de paix et de justice sociale, dans un souci constructif de créer l’espoir, car un avenir meilleur et valorisant est toujours à la portée des peuples conscients de leurs droits légitimes, et déterminés à les faire respecter coûte que coûte, face aux forces des ténèbres et du mal.

Le mal ne pullule que quand il est toléré, comme le dirait subliment Saint-Vincent-de-Paul.

C’est ainsi que, débarrassées de tout complexe réducteur, de toute fausse pudeur et de tout sentiment de culpabilité imméritée, des Elites du Grand-Nord, comme promis depuis le 31 juillet 2002, livrent à une méditation citoyenne ce Mémorandum confiné dans ses grandes lignes certes, mais suffisamment significatif pour faire comprendre ce qui se passe dans cette grande région de non-droit, de non-développement et de non-citoyenneté, par ailleurs livrée à l’omnipotence des coupeurs de route et des autorités officielles qui rivalisent avec une égale expertise dans l’art de semer l’insécurité et de racketter les populations meurtries, appauvries, malades, analphabètes et dont la vie n’a que la valeur de celle d’un sous-homme et d’un citoyen de seconde zone enfermé dans son ghetto, sans papiers d’identité nationale dans un pays policier où tout déplacement donne lieu à de contrôles aussi capricieux que mafieux.

Certes ce mémorandum requiert l’attention des décideurs et autres pouvoirs publics aux fins de réparations éventuelles. Mais il s’offre surtout à la réflexion prioritaire :
1- de ceux qui sont moralement honnêtes, responsables et aptes à comprendre l’enjeu que constitue le Grand-Nord dans le jeu démocratique qui serait en permanence faussé, si ce grand vivier électoral était laissé définitivement entre les mains de groupes d’intérêts mafieux ;
2- de ceux dont la conscience a pu résister à l’anesthésie du Régime du Renouveau par rapport à la fierté nationale et au respect de la personne humaine.

Ceux qui sont capables de générosité politique trouveront ici matière à conforter leur noble combat pour la liberté et le progrès pour tous.

A ceux qui veulent décourager les initiateurs de la présente démarche par le dénigrement et autres procès d’intention, de même qu’à ceux qui se targuent de les intimider en agitant un climat d’insécurité et de suspicion autour des «mauvais Nordistes», nous servons l’indignation d’un jeune journaliste qui traduit si bien l’état d’esprit de la majorité des populations du Grand-Nord : «Lorsque certaines Elites du Grand-Nord engagent une réflexion sur l’avenir et le devenir de notre pays, ils ont à leurs trousses les services spéciaux, comme si la concertation n’est que l’apanage et le monopole de certaines régions». (sic)

Pour rassurer tout le monde, nous affirmons de façon péremptoire, que celui qui a souffert de l’arbitraire n’a plus peur de l’arbitraire.

Pour rassurer tout le monde, nous affirmons de façon péremptoire, que celui qui a souffert de l’arbitraire n’a plus peur de l’arbitraire.

Comme aucune forme d’opportunisme ne peut justifier qu’un homme de conscience puisse applaudir la mise à mort ou l’agonie de ses parents, de sa communauté, de sa région ou de sa nation, il importe de livrer à tous ceux dont l’égoïsme étouffe l’intelligence et brouille la vision, le questionnement révolté de ce notaire originaire du Nord : «Pourquoi nos élites fonctionnaires et commerçantes poussent-elles nos populations, à grand renfort de billets de banque, de sacs de mil, de trafic d’influence, à choisir le Rdpc, pour le maintenir par tous les moyens et même par la fraude ?»

«Comment peut-on être élites instruite issue de ce peuple meurtri… et le piéger comme on l’a fait avec autant de zèle et de cynisme ?»

En définitive, dans ce Cameroun où le temps semble s’arrêter tant l’immobilisme est pesant et oppressant, tout espoir de mouvement en direction d’un changement toujours possible, est étroitement tributaire de la générosité politique de l’Elite, de la clairvoyance des leaders politiques et d’opinion ainsi que d’un encadrement plus serré et plus judicieux de nos masses… même dans un environnement institutionnel vicié comme le nôtre.

En tout état de cause, le plus grand défi du Cameroun d’aujourd’hui étant la promotion d’une démocratie véritable et face à la nécessité impérieuse de la réfondation de l’opposition, le Grand-Nord en toute lucidité entend - contre vents et marées - apporter une contribution qui soit à la mesure de son importance historique, stratégique et démographique.

Que le Tout-Puissant
• aiguise nos consciences irradiées par une puissante volonté d’avenir,
• inspire nos actions de salut public et de Rédemption nationale,
• raffermisse notre rage de survivre en tant que nation moderne et réconciliée avec elle-même.

Chapitre I

Les quelques lignes suivantes constituent les principaux repères de nature à établir la marginalisation effective des élites des provinces septentrionales dans la gestion des affaires du pays.
C’est surtout le moment de découvrir la grande misère des populations livrées à elles-mêmes dans une société Camerounaise à deux vitesses et dans ce Grand-Nord, grand oublié du développement.

Sous-représentation du Grand-Nord au sein des structures d’Etat

Il faut noter que le Grand-Nord c’est 4 575 000 habitants répartis entre les trois provinces septentrionales en sus des 2 100 000 ressortissants du Grand-Nord disséminés dans toutes les villes et villages du Grand-Sud pour une population camerounaise de 14 134 032 (estimation Pnud et Minpat horizon 1995 base recensement de 1987 et publiée en février 2000), soit environ 47 % du total national.

A/ Rappel historique

Dans le souci de faire participer toutes les parties du pays à la gestion des affaires publiques, les premiers responsables de la République avaient instauré une politique dite d’équilibre régional. Cette politique avait pour avantage certain, de donner des chances égales à tous. Mais, afin de punir collectivement le Grand-Nord, cette politique d’équilibre a été volontairement et progressivement rompue par le Renouveau.

C’est à cet effet que fut abandonnée l’application du décret nº 82/407 du 7 septembre 1982 modifiant et complétant certaines dispositions du Décret nº 75/496 du 3 juillet 1975 fixant le régime général des concours administratifs. Ces textes avaient formellement arrêté le principe de la répartition du nombre de places entre les candidats suivant leur région d’origine. Aussi bien pour les concours directs que pour l’entrée dans les établissements nationaux de formation. Ces quotas devaient tenir compte de l’importance démographique et du taux de scolarisation des provinces.

En plus, entre 1983 et 1986, un très grand nombre de cadres nordistes furent méthodiquement expurgés des centres de décision (Ministères, Sociétés d’Etat, Armée, Police, Diplomatie, etc.)

Les postes protocolaires de première importance qu’on nous attribue, président de l’Assemblée, président du conseil économique et social et autres, n’ont aucune emprise sur la vie quotidienne de nos populations confrontées à la sous-scolarisation chronique, au manque d’infrastructures de base, au manque d’eau, à la pauvreté croissante, à la famine, à la maladie, etc. Comme conséquence, le Grand-Nord est aujourd’hui totalement marginalisé au sein des administrations de la République.

Alors que le Grand-Nord représente environ 47 % de la population du pays, nos effectifs au sein de la Fonction publique n’atteignent guère 3 %. Et c’est une situation qui s’aggrave d’année en année.

La conséquence économique immédiate est que les fils du Grand-Nord ne reçoivent que moins de 3 % de la masse salariale que l’Etat verse à ses agents. Concrètement, sur les 28 milliards mensuels, les fils du Nord eux, reçoivent moins d’un milliard, pendant que les autres reçoivent plus de 27 milliards. Dans ces conditions comment le développement est-il possible quand on sait par ailleurs que l’Etat n’investit plus dans le Grand-Nord, que les hommes d’affaires du Grand-Nord sont pratiquement exclus des marchés publics et que l’initiative privée y est embryonnaire.

Sous d’autres cieux, une telle politique de déséquilibre et de marginalisation à outrance est source de conflits tragiques que nous ne saurions souhaiter à notre pays. Les cas du Rwanda et du Burundi en sont des illustrations éloquentes.

B/ Manifestations concrètes du phénomène

La sous-représentation du Grand-Nord sur l’échiquier national se vérifie dans tous les domaines de la vie publique :
- Au niveau des Institutions Républicaines ;
- Au niveau des Administrations Publiques :
- Au niveau des Etablissements Publics et Sociétés d’économie mixte.

1- Au niveaux des Institutions républicaines

a/ Assemblée Nationale
Le département de la Bénoué avec ses 676 000 habitants a 4 députés. Dans le même temps le département du Dja et Lobo avec ses 138 000 habitants, a 5 députés. Si le département de la Bénoué avait bénéficié du même traitement que le Dja et Lobo, il aurait 24 députés. De même, le département du Mayo Tsanaga infiniment plus peuplé que la province du Sud serait aux anges.
Cette situation de discrimination flagrante heurte la conscience de tout démocrate, car elle vise de manière parfaitement arbitraire à diminuer le poids du Grand-Nord dans cette Institution malgré son poids démographique.

b/ Justice
Aucun fils du Grand-Nord ne siège à la Cour suprême, aucun n’est président de Cour d’Appel.

c/ Gouvernement
En dépit de la présence des originaires du Grand-Nord au sein du gouvernement, tous les problèmes cruciaux demeurent. C’est dire qu’il y a absence de volonté politique du gouvernement pour les régler. La présence des nôtres ne sert que de faire-valoir. C’est pour cela que sur 12 secrétaires d’Etat en fonction 6 sont du Grand-Nord.

2- Au niveau des Administrations Publiques

A la présidence de la République, sur 100 responsables de haut rang (du Sg au chef de division) seuls 9 sont originaires du Grand-Nord. Alors qu’ils devaient être 40 au moins.

Dans les services du Premier ministre, la situation n’est guère meilleure. En effet sur 83 responsables, 6 seulement sont issus des provinces septentrionales. Là aussi, ils auraient dû être au moins 30.

Dans les autres départements ministériels d’importance la situation est pire.

  • Au ministère des Investissements publics, aucun directeur au sein des services centraux. Dans ce ministère, sur 45 postes de haut niveau, seuls 3 sont occupés par des cadres du Grand-Nord dont 1 sous-directeur et 2 délégués provinciaux. Ce qui explique en partie la grande faiblesse des investissements publics dans le Grand-Nord et l’abandon des chantiers tels que le Pont de Makabaye, l’aéroport de Maroua, les bureaux du gouverneur de l’Extrême-Nord et la résidence présidentielle de Maroua.
  • Au ministère de l’Administration Territoriale, aucun directeur au sein des services centraux. 11 préfets sur 58 contre 29 pour le Centre-Sud-Est. 30 sous-préfets sur 268 contre 125 pour le Centre-Sud-Est, qui totalisent également 31 chefs de district sur 53. Cette sur-représentation n’a pour seul objectif que l’organisation de fraudes massives lors des différentes élections, sans compter les exactions quotidiennes à l’égard des populations déjà fragilisées.
  • Au ministère des Relations extérieures, aucun directeur au sein des services centraux. 2 chefs de missions diplomatiques sur 31.
  • Au ministère de la Santé publique, aucune direction, aucun des trois hôpitaux de référence, aucun centre de formation en Santé publique n’est confié à un ressortissant du Grand-Nord.
  • Au ministère de l’Economie et des Finances, en dehors de la nomination récente d’un fils du Nord à la tête des Douanes, il n’y avait aucun fils du Nord directeur sur au moins 12 directeurs.
  • Dans certains ministères il n’y a aucun haut responsable originaire du Grand-Nord.
  • Dans les services de sécurité, à la Sûreté nationale, les directions telles que la Sécurité publique, la Police des frontières, les Renseignements généraux, la Surveillance du territoire, la Police judiciaire, l’Ecole nationale supérieure de police, n’ont jamais été occupées par un fils du Grand-Nord depuis l’avènement du Renouveau. Sur les 6 contrôleurs généraux de police récemment promus il n’y aucun fils du Grand-Nord.
    De toutes les façons, aujourd’hui en dehors du ministre de la Défense et du directeur de la Sécurité présidentielle, tous les autres responsables des services de sécurité et de défense sont du Centre-Sud-Est (secrétaire d’Etat à la Défense, délégué général de à la Sûreté nationale, directeur général de la Recherche extérieure, chef d’Etat major des Armées, chef d’Etat major de l’Armée de terre, de l’Armée de l’Air, de la Marine, secrétaire général du ministère de la Défense, commandant de la Garde présidentielle, chef d’Etat major particulier du président de la République).
  • A la Dgre sur les 9 responsables aucun fils du Grand-Nord.

3- Au niveau des sociétés d’Etat

En dehors de la Sodecoton dont le siège est à Garoua et où l’équilibre est à peu près respecté, dans toutes les autres sociétés importantes, les fils du Nord brillent par leur absence.

A la direction nationale de la Banque centrale, le directeur national est le seul haut cadre du Grand-Nord au niveau du siège.

Le cas de certaines sociétés retient l’attention :

La Crtv
Au sein de cette structure qui aurait dû être le reflet de la diversité culturelle et ethnique du Cameroun, le Grand-Nord est totalement ignoré tant du point de vue des effectifs et des responsabilités qu’au niveau des programmes diffusés.

Du directeur général aux chefs de stations en passant par les responsables des services techniques et administratifs, centraux comme extérieurs, il y a exactement 100 responsables dont 3 seulement sont originaires du Grand-Nord.

Malgré tout le tapage fait à ce sujet dans un numéro récent de Dikalo, le ministre de la Communication et le directeur général sont restés imperturbables : quelques chauffeurs et veilleurs de nuit y représentent le Grand-Nord. Même les deux présentatrices qui faisaient illusion ont disparu de l’écran.

Même exclusion concernant les programmes : rien n’est diffusé concernant la culture du Grand-Nord, excepté une cassette et toujours la même, que l’on passe à la télévision en période préélectorale.

Ceci confirme une volonté délibérée d’étouffement des cultures soudano-sahéliennes.

Au Nord, en fait de Radiodiffusion, c’est celle du Nigeria ou du Tchad qu’on écoute, tandis que les stations d’Arab Sat envahissent les écrans de télévision.

Le Feicom
Pendant de longues années au Feicom, il n’y avait qu’un seul responsable originaire du Grand-Nord. Aujourd’hui avec la nomination récente du directeur général adjoint ils sont 2 sur 24 responsables.

Dans la plupart des entreprises importantes, les fils du Grand-Nord sont contraints à la figuration. Ils ont souvent rang et prérogatives de directeur mais on ne leur confie jamais une direction opérationnelle.
C’est le cas aujourd’hui de la Camair, de la Cnps, du Port autonome de Douala, du Crédit foncier etc… On n’est nulle part parce qu’on est partout indésirable comme des parias.

Il faut noter par ailleurs que les directeurs généraux de Crtv, Feicom, Cnps, Camtel, Sic, Crédit foncier, Labogénie, Ceneema, Art. etc… sont tous de la province du Sud.

Si on peut nous donner des coquilles vides comme l’Agence d’électrification rurale, la Caisse d’épargne postale, on se garde bien de nommer des cadres du Grand-Nord à la tête des grandes entreprises comme celles citées plus haut ou comme à la Snh, la Sonara, la Scdp, la Camair, la Sni, le Port Autonome de Douala où seuls 2 fils du Grand-Nord sont en fonction sur 28 responsables, etc…

A l’Agence de régulation des marchés publics sur 33 responsables jusqu’au rang de chef d’équipe, il n’y a que 2 fils du Grand-Nord alors que 16 sont du Centre-Sud-Est. C’est ici le lieu de souligner la situation combien pitoyable de nos hommes d’affaires, victimes résignées de l’ostracisme du régime :
Sur près de 800 milliards dépensés annuellement par l’Etat pour son fonctionnement (fourniture diverses) et pour ses investissements, les hommes d’affaires du Grand-Nord bénéficient des marchés pour à peine 3 milliards. Ils sont à tel point exclus du circuit que même les travaux relatifs aux crédits délégués dans le Grand-Nord y sont exécutés par d’autres sur recommandation de Yaoundé.

Tous nos hommes d’affaires sont réduits aux petits négoces (farine, sucre, riz et autres) de très faible plus-value.

Depuis l’avènement du Renouveau, plusieurs hommes d’affaires du Grand-Nord ont dû arrêter toute activité parce que harcelés et rackettés par des fonctionnaires véreux, puis privés du soutien des banques et exclus des marchés de l’Etat.

Tout cela relève d’une volonté politique bien appuyée et savamment mise en oeuvre. L’objectif est clair et trouve sa justification dans la suspicion rampante, insidieuse et tenace à l’encontre des Nordistes qui eux, continuent naïvement de soutenir le régime.

Dans le Cameroun du Renouveau, tout se passe comme s’il y avait une division du travail implacable entre le bétail électoral du Nord et les seigneurs d’ailleurs.

Mais si le Nord ne prend pas fortement conscience de sa triste condition et continue à ne pas s’unir pour se battre comme un seul homme, il disparaîtra. Tant pis pour tous les peuples du Nord. Aujourd’hui le peuple du Grand-Nord ne sert que de marche-pied et de bétail électoral. Il n’est plus possible de continuer de se voiler la face comme si tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible. Plus royalistes que le roi, certains d’entre nous vont jusqu’à brutaliser leurs propres familles et les habitants de leur village pour les obliger à soutenir un système aussi inique et félon qui se nourrit de la discrimination, et qui de toute façon s’abstient de leur témoigner sa reconnaissance.

Un tel opportunisme plutôt suicidaire, n’est justifiable ni devant Dieu, ni devant les hommes, ni devant l’histoire.

Chapitre II

Indifférence ou insouciance du pouvoir face aux problèmes du Grand-Nord
Au Cameroun, le terme de Grand-Nord est synonyme de sécheresse, d’épidémies, de sous-scolarisation, de pénurie d’infrastructures et d’équipements collectifs de toutes natures. Malgré la gravité croissante de cette situation, à aucun moment le pouvoir n’a cru devoir s’attaquer à la résolution de ces problèmes. Et si certains de ces problèmes ne sont pas spécifiques au Grand-Nord, ils y prennent une tournure plus tragique.

1- Les épidémies

Chaque année le Grand-Nord est frappé, de façon récurrente, par deux épidémies : le choléra pendant la saison des pluies et la méningite en période de forte chaleur. Malgré la régularité de ces épidémies qui font pourtant de nombreuses victimes, le ministère de la Santé n’a jamais cru devoir anticiper. Il intervient généralement quand le mal est déjà fait. C’est souvent le Tchad qui assure la couverture vaccinale des populations camerounaises du Logone et Chari et du Mayo Danaï, lorsque ces épidémies sont annoncées.

D’une manière générale, il faut relever un fait :
Alors que sur le plan national le taux de couverture sanitaire est de un médecin pour 14 730 habitants, il est de un médecin pour 46 972 habitants dans l’Extrême-Nord où d’ailleurs il n’y a aucun chirurgien, aucun dentiste, aucun cardiologue. Un seul gynécologue dans l’Extrême-Nord pour plus de 2 500 000 habitants. La situation est à peu près la même dans la province du Nord et dans l’Adamaoua.

2- La sécheresse

Le niveau de pluviométrie dans l’Adamaoua aujourd’hui correspond à ce qu’il était dans l’Extrême-Nord dans les années 50, soit environ 1200 mm par an. C’est dire que la désertification est un phénomène réel qui est accentué par une forte poussée démographique et une urbanisation rapide.

Afin de limiter l’avancée du désert, l’opération “Sahel vert” avait été mise en oeuvre et avait permis de planter des milliers d’arbres à l’époque.

L’abandon de cette opération marque le désintérêt des pouvoirs publics et des autorités actuelles par rapport à ce programme d’importance. Plus condamnable encore est l’indifférence irresponsable du gouvernement vis-à-vis de l’aide internationale disponible dans ce domaine, alors que les pays comme le Tchad, le Burkina Faso, le Niger, le Mali bénéficient de financements et d’appuis techniques multiformes de la part de la communauté internationale.

Au Cameroun aucune politique de maîtrise et de gestion de l’eau n’est vraiment mise en oeuvre, alors qu’en dépendent étroitement toutes possibilités d’amélioration des revenus et des conditions de vie des populations du Grand-Nord paysannes.

Le ministère de l’Environnement et des forêts créé à cet effet, ne s’occupe plus aujourd’hui que de l’exploitation du bois où la corruption génère d’importants revenus au profit des responsables de ce département ministériel et de tous autres intervenants.

Ainsi donc, les aléas climatiques exposent-ils nos populations à une précarité alimentaire quasi-chronique.
Quand l’aide alimentaire est requise et obtenue, elle est honteusement détournée par les autorités administratives et les responsables du Rdpc pour leur propre compte et à des fins de clientélisme politique, en alléguant que c’est un don du président national du Rdpc au profit de ses seuls militants, tout en prenant soin d’oublier que Paul Biya est aussi président de la République et que cette aide alimentaire est très souvent de provenance internationale, le Pam en tête des donateurs.

Tant pis pour les habitants des zones indexées comme étant de l’opposition!

Ainsi va la République du Renouveau revu et corrigé, pour exportation dans le Grand-Nord.

3- La sous-scolarisation

De tout temps, le Grand-Nord et l’Est ont été considérés comme étant les régions les moins scolarisées du Cameroun.

Dans le Grand-Nord, pendant que le taux de scolarisation est en baisse depuis 20 ans, le gouvernement reste indifférent, comme le montre le tableau ci-dessous qui décrit éloquemment la situation.

Provinces Pop. Nbr.e Nbre.
Lycées htants/Lycée
Extrême-Nord 2 544 805 29 87 751
Centre 2 285 025 75 30 467
Littoral 1 838 565 42 43 775
Ouest 1 693 278 50 33 865
Nord-Ouest 1 537 042 29 53 001
Nord 1 316 026 14 94 037
Sud-Ouest 1 064 106 24 44 338
Adamaoua 713 836 14 50 988
Est 697 133 24 29 047
Sud 443 717 26 17 066
Total : 14 134 032 327 43 220

(Population : estimation Pnud et Minpat à l’horizon 1995 à partir des chiffres du recensement de 1987 publiée en février 2000).

Si dans la province du Nord il y a un lycée pour 94 000 habitants, dans la province du Sud c’est un lycée pour 17 000 habitants. Ces chiffres sont fortement aggravés par le fait que l’enseignement privé est très faible dans le Grand-Nord du fait de la grande faiblesse des revenus des populations.

A titre d’exemple, en 2000-2001 les effectifs de l’enseignement privé ont été de 231 771 élèves dans la province du Centre, de 288 455 élèves dans la province du Littoral et seulement de 47 133 dans la province de l’Extrême-Nord, de 27 624 dans la province du Nord, et de 21 866 élèves dans l’Adamaoua.

Il faut par ailleurs relever pour le déplorer que ces établissements publics connaissent une carence chronique d’enseignants : l’Etat ne recrute pas en nombre suffisant des enseignants originaires du Grand-Nord et ceux originaires du Sud refusent de travailler dans le Grand-Nord.

Malgré cette situation alarmante bien connue des pouvoirs publics, le gouvernement non seulement ne fait aucun effort significatif pour réduire cet écart grâce aux fonds publics, mais refuse d’orienter vers le Grand-Nord l’aide extérieure destinée à la construction des établissements scolaires.

Pour mémoire, la récente et importante aide japonaise en est l’illustration : cette aide de 32 milliards de f cfa répartie en deux phases de 16 milliards chacune a permis la construction de plusieurs dizaines d’établissements à Douala, à Yaoundé et dans la province du Sud. Il est prévu une troisième phase destinée à la construction de 11 établissements scolaires dans la province de l’Ouest. N’est-ce pas là une volonté manifeste d’aggraver la sous-scolarisation du Grand-Nord?

S’agissant de l’enseignement primaire, la situation est infiniment plus grave. Aucune école primaire dans le Grand-Nord n’a le nombre d’instituteurs nécessaire à son fonctionnement normal. Face à cette démission de l’Etat, on enregistre aujourd’hui une prolifération d’écoles dites “écoles des parents”. Dans de telles structures, les parents construisent eux-mêmes les salles de classe en matériaux précaires et provisoires et recrutent des enseignants évidemment sans formation pédagogique qu’ils paient malgré leur très grande faiblesse de revenus. Alors qu’ailleurs des ordinateurs sont installés dans des écoles primaires et maternelles, dans le Grand-Nord il n’est pas rare de voir des classes de 200 élèves assis à même la terre.

En matière de formation d’instituteurs, il faut noter qu’il n’existe aucune école normale d’instituteurs de l’enseignement technique (Eniet) dans tout le Grand-Nord.

Quant aux écoles normales d’instituteurs de l’enseignement général (Enieg), leur nombre est bien en dessous de la moyenne nationale. A titre d’exemple, il y en a 4 dans la province du Sud pour une population de 443 000 habitants et 3 dans la province du Nord pour une population de 1 316 000 habitants. En plus, ces écoles situées dans le Grand-Nord, ont des effectifs d’élèves instituteurs plus faibles.

Dans l’enseignement supérieur, le Grand-Nord est complètement absent de la direction des 6 universités du pays. Pas un seul recteur, et sur les 23 doyens de faculté un seul du Grand-Nord. Tout ceci, conjugué à l’appauvrissement des parents, hypothèque dangereusement la formation universitaire de nos enfants : moins de 2% d’étudiants des universités sont du Grand-Nord.

Que penser du centre de formation professionnelle rapide de Pitoa dont les bâtiments sont construits et les machines disponibles sur place, le tout abandonné aux intempéries depuis 20 ans, le centre n’ayant jamais ouvert ses portes? La coopération allemande qui a financé ce projet dans le souci de promouvoir la formation des filles et fils du Nord se heurte ici à une forte absence de volonté politique.

Comment peut-on objectivement envisager l’avenir dans une situation pareille?

Dans tous les cas, on sait qu’en vingt ans le Renouveau aura contribué inexorablement à la détérioration de tous les indices de développement humain dans les trois provinces septentrionales avec en prime le mépris vis-à-vis de nos populations habilement enveloppées dans un sentiment de culpabilité et de peur de revendiquer.

Dans ces conditions, vouloir par la force transformer le Grand-Nord en fief électoral du Rdpc tout en hypothéquant durablement son avenir, en l’excluant obstinément du tissu économique et administratif national est humainement incompréhensible, politiquement révoltant, et intellectuellement insultant. Plus insultant est le fait de croire que les “Nordistes” ne s’en rendront pas compte et que de toute façon ils ne sauront jamais s’entendre pour faire bloc, empêtrés qu’ils sont dans l’analphabétisme, la misère et l’opportunisme.


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