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L’éclairage
Vérités et mensonges sur la Côte d’Ivoire
SHANDA Tonme


Les graves troubles qui caractérisent à nouveau la situation en Côte d'Ivoire, ne constituent une surprise que pour tous ceux qui refusent de tirer les conséquences logiques de l'évolution de ce pays depuis cinq ans. L'ancienne vitrine de Houphouët-Boigny est même devenue un laboratoire qui permet de prendre connaissance, des pires produits de la mauvaise gouvernance, et de comprendre sans effort, comment des individus planifient consciemment ou inconsciemment, la destruction d'un pays pour satisfaire des ambitions personnelles de pouvoir.


La situation offre une autre occasion de mesurer l'irresponsabilité de la France, autant que l’égoïsme de piètres personnages que l'on a trop vite célébré comme des pseudo Pères des indépendances. Ce n'est pas tout, puisque à travers Gbagbo, on a une idée à peu près fixe de l'influence en dépit du bon sens, de l'idéologie ethnocentrée des intellectuels africains une fois parvenus au pouvoir.

Il serait fastidieux de reprendre complètement le fil des événements depuis la disparition de Houphouët pour une compréhension des événements. Il est vrai que Houphouët Boigny a laissé un pays stable qui faisait presque figure d’exception en Afrique francophone. Célébré comme un exemple de réussite à plus d'un titre, le pays l'était surtout pour une culture de la tolérance et de l'ouverture qui lui a énormément servi sur les plans financier et diplomatique. Par contre, il est faux de prétendre que la Côte d'Ivoire par cette simple distinction liée à la personnalité du Président, était à l'abri du désordre. Les développements actuels démontrent à souhait, que la seule chose qu'il aurait pu véritablement léguée à son pays pour l'épargner des dangers de la guerre civile, ce sont des institutions solides, démocratiques et transparentes. Or qui dit institutions, dit loi fondamentale. Il a échoué sur ce plan, comme bien d'autres. C'est lui qui a voulu, jusqu'au bout, régler sa succession dans une combine bassement ethnique et régionaliste. C'est donc lui le premier responsable.

Il est faux de situer le début de la polémique sur l'Ivoirité au seul règne de Konan Bédié et de lui faire porter seul le chapeau. C'est Laurent Gbagbo, alors qu'il est encore le champion de l'opposition, qui a introduit le premier cette notion abjecte dans le débat politique en Côte d'Ivoire. Le leader du Fpi utilisa cette carte, pour contester la nomination de Ado au poste de Premier Ministre. Il est cependant vrai, que Bédié, devenant impopulaire et redoutant la concurrence de Ouattara, transformera le débat sur l'ivoirité en un dangereux serpent de mer. C'est en fait lui qui va définitivement tout empoisonner avec cette querelle, suscitant la révolte des gens du Nord dont est originaire Ado, décourageant les opérateurs économiques étrangers, et plongeant le pays dans l'incertitude totale. C'est le père de l’apocalypse.

Il est faux d'attribuer le renversement de Bédié à Guei. La situation qui prévalait en Côte d'Ivoire tout le long de l'année 2000, était quasiment insurrectionnelle. Le moindre incident aurait renversé le régime, et tout courageux se serait emparé du pouvoir. C'est l'occasion que saisirent des soldats pour se mutiner en décembre 1999, et invitèrent tout simplement Guei en tant que ancien Chef d'état-major charismatique à prendre les rennes du pouvoir. Par contre, il est vrai que le Général Président est néanmoins l'homme par qui la suite du drame se tissa et déboucha sur les massacres horribles de Youpougon, après une élection présidentielle des plus bizarres. Ce qu'il importe de comprendre, c'est que si Guei n'a pas résolu de façon satisfaisante la querelle de l'ivoirité, Gbagbo est en fait celui qui a joué dans l'ombre pour maintenir Ouattara à la marge. Voici reproduit les déclarations du Général à la tribune du Forum de réconciliation nationale:
"Je suis un militaire et je dois dire la vérité avant tout. Laurent Gbagbo, arrêtons de faire du cinéma et de dire des mensonges. Tu te souviens que tu es venu me voir nuitamment à trois reprises, et que tu as tout fait pour me convaincre qu'il faut rédiger la constitution avec des dispositions dures pour écarter Allassane Ouattara. Tu m'as même remis des projets des articles que nous avons adoptés et qui font maintenant problème. Moi je dis une seule chose: Ouattara est Ivoirien et c'est tout. Pour réconcilier notre pays, il faut réviser la constitution et enlever ces dispositions".

Il est faux de prétendre que Gbagbo a réussi la réconciliation nationale avec son Forum bidon. Ceux qui ont délivré le certificat de bonnes intentions au Président se sont lourdement trompés. Il est vrai que la stratégie de Gbagbo était et demeure de tout faire pour isoler Ouattara, en contenant son influence politique. Dans cette logique, rien n'a été négligé. D'abord une alliance avec le Pdci, ensuite la non délivrance des cartes nationales d'identité à une grande partie des ressortissants du Nord fidèles à Ado. Les dernières élections ont permis d'appliquer cette stratégie avec succès. De premier parti, le Rdr a été classé troisième, en dépit d’une supériorité en nombre de voix.

Dans ce contexte, pourquoi avoir invité le RDR au gouvernement? La réponse tient au fait que le pays devenait ingouvernable avec des grèves un peu partout. Les Nordistes (Dioulas) sont les plus nombreux et les plus actifs dans tous les secteurs, et si l'on y ajoute le fait que la majorité des étrangers originaires d'Afrique sont musulmans, leur poids est tel que leur colère devient rapidement une injonction. Or à la suite des dernières élections municipales, ils ont compris que ce régime a décidé de les exclure. C'est pour donner l'illusion de les flatter, que Gbagbo a ouvert les bras vers Ouattara, lui décernant même au passage son certificat de nationalité. Il est faux de parler de tentative de coup d'Etat pour les événements actuels. L'histoire s'est simplement répétée. Il n'y a pas eu préméditation pour renverser le régime. Un millier d'hommes de troupes menacés d'exclusion de l'armée se sont soulevés, en fondant leurs stratégies sur trois axes : occuper les garnisons importantes; prendre des membres influents du régime en otage; poser des conditions et ouvrir des négociations. Le Niger a connu exactement la même chose il y a à peine deux mois. Comme dans toute situation où des gens en armes s'excitent, il y a eu des résistances, des tirs, des morts, et enfin le dérapage.

Il est faux que Guei a été abattu les armes à la main. Il ne serait pas mort au front comme tentent de le faire croire les autorités ivoiriennes. Le général a certainement été pris chez lui, abattu et jeté dans la rue. Ouattara aurait été également abattu s'il ne s'était pas réfugié dans une mission diplomatique. Cette logique ne s'applique pas à Bédié, lequel d'une manière ou d'une autre, demeure dans une alliance régionaliste de fait avec Gbagbo. Pour preuve, son domicile n’a pas été incendié comme celui d’Ado. En fait, le fait que Guei ait retiré récemment son unique ministre du Gouvernement et qu'il ait proféré des menaces ne justifie rien.

L'implication du Burkina Faso dont fait état le régime de Gbagbo, est fort improbable et participe d'une volonté malhonnête de susciter condamnations et sympathies à l'étranger. Les Burkinabés très forts en complots et par ailleurs commandos aguerris, n'auraient pas raté leur coup, s'ils avaient pris la décision de tremper dans un tel forfait. Les autorités ivoiriennes veulent développer une pression psychologique dans l'opinion internationale qui ferait croire deux choses: Les Burkinabés sont derrière cette affaire parce qu'ils nous accusent d'avoir éliminé Balla Keita, l'ancien ministre de la culture de Houphouët récemment assassiné à Ouagadougou. Ensuite, il n'y a aucun doute que Guei a instigué la tentative de coup d'Etat pour entre autre, venger l'ancien Ministre qui était son Conseiller personnel et Secrétaire général de l’Udpci, son parti.

Il est faux de parler d'une non intervention de la France dans ce dossier. Paris est concerné au premier plan, et a déjà pris des dispositions d’urgence pour peser sur le dénouement de la crise actuelle. Les renforts envoyés sur place ne visent pas à protéger les ressortissants français. Il s’agit d’une force d’intervention, de combat et d’appui logistique positionnée sous la pression de Bongo et de Sassou Nguesso. La responsabilité de la France dans ce qui arrive est d'ailleurs totale et inexcusable, ce qui semble aussi être le cas de l'Union européenne dans son ensemble. Seuls les Etats-Unis ont gardé à ce jour, une position cohérente en déniant une légitimité de fait au régime de Gbagbo.

On ne comprend pas comment la France qui ne rate aucune occasion de rappeler l'importance de la Côte d'Ivoire, n'a rien fait pour attirer l'attention de Gbagbo sur la dérive inéluctable de sa politique vers la guerre civile, et l’éclatement au bout du compte. La même remarque vaut d'ailleurs pour le Congo et le Cameroun, où des politiques similaires sont en oeuvre.

Il n' y a pas d'autres issues à la crise en Côte d'Ivoire, que celles prônées par les Etats-Unis au lendemain de la prise de pouvoir par Gbagbo. Il s'agit en clair de reprendre l'élection présidentielle en ayant rédigé une nouvelle constitution effectivement démocratique, en ayant élaboré un nouveau code électoral transparent, et en autorisant la participation de tous les candidats sans exclusion.

Ce que vit aujourd'hui la Côte d'Ivoire, interpelle et met cruellement en garde, tous ceux qui se livrent aux politiques d'exclusion politiques, et qui organisent la pérennisation des pouvoirs subjectifs en cultivant l'apartheid, le régionalisme, et le tribalisme. Par ailleurs, Le mauvais traitement des hommes en tenue est une réalité et une bombe partout sur le continent. Ceux qui se montrent complaisants à l'égard de tels régimes ou qui se refusent à les dénoncer sous de fallacieux prétextes de neutralité ou de réserve, sont encore plus coupables devant l'histoire. Il faut tirer très vite des leçons de là - bas et changer les choses ici, pendant qu'il est encore temps, car nous n'en sommes peut être pas si éloignés, si l’on s’en tient à l’état du moral des troupes où des braqueurs notoires font de plus en plus parler la poudre pour survivre.


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