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Exposition des pygmées dans un parc animalier en Belgique
Zoo humain ou action humanitaire ? Lexposition
de huit Baka dans le parc animalier de Champalle à Yvoir en Belgique
nous interpelle tous. Elle rappelle les zoos humains qui ont permis à
lOccident au 19ème et au 20ème siècle de modeler
linconscient collectif de ses citoyens par linfériorisation
des autres peuples et spécialement les Africains que nous sommes.
La polémique sur ce quil est convenu dappeler les
pygmées de Belgique a jusquici esquivé le problème
de fond : sagit-il dun zoo humain ou dune action humanitaire
? Regard sur le dessous des cartes dune ténébreuse
mésaventure. Il y a quelque temps, lAfrique du Sud a organisé des funérailles nationales de Srtje Baartman connue sous le nom de la vénus Hottentote. Cette brave Africaine avait été arrachée à sa terre nourricière et exposée comme une bête partout en Europe jusquà sa mort en ... 1815 en France. Son corps avait été découpé en morceaux et livré à la curiosité des scientifiques anatomistes. Il a fallu des années pour que lAfrique du Sud obtienne de la France la rétrocession des restes de notre ancêtre. Lexposition des êtres humains a pris son envol en 1869 aux Usa sous linitiative de T. Barnum. Il exposa dans tous les Etats-Unis la vieille Joice Heth, une Noire dorigine africaine quil disait être âgée de 160 ans et davoir été la nourrice de... Georges Washington (1). Décédée, la pauvre dame fut elle aussi dépecée pour des raisons de recherches scientifiques. Devenue célèbre, Barnum installe à New York au coeur de Manhattan, maintenant bien connu de tous (11 septembre oblige), lun de ses musées américains où il exhibe ses indigènes, ses bons sauvages et ses primitifs à la curiosité des millions de visiteurs enchantés. Dès 1874, cest le tour de lAllemagne avec Carl Hagenbeck,
revendeur danimaux sauvages et futur promoteur des plus grands zoos
européens. En 1876, il fit venir du Soudan des animaux et
des Nubiens quil exposa dans toute lEurope et notamment
à Berlin, à Londres et à Paris. Son succès
pousse lorganisation en 1878 et 1889 des expositions universelles
de Paris avec la construction dun village nègre
animé par 400 figurants indigènes. Suivra celle
de 1900 à Paris avec... cinquante millions de visiteurs ! Il y
a eu Marseille en 1906 et 1922 puis à nouveau Paris en 1907 et
1931 avec trente trois millions cinq cent mille visiteurs. Des lieux comme
le champ de Mars où trône la tour Eiffel en furent les théâtres
dopération... Ce quil faut retenir, cest que toutes ces expositions ont constitué le ferment idéologique pour justifier les conquêtes impérialistes, coloniale et néocoloniale, cette dernière rebaptisée mondialisation. Cest dans ce sens que P. Blanchard, N. Bancel, et S. Lemaire écrivent : lapparition, puis lessor de la mode des zoos humains ressortent de larticulation entre trois processus concomitants : la construction dun imaginaire social sur lautre (colonisé ou non), la théorisation scientifique de la hiérarchisation des races dans le sillage des avancées de lanthropologie physique et enfin lédification dun empire colonial alors en pleine expansion. Ces trois axes (...) constituent les fondements dun modèle non encore déconstruit [cest-à-dire toujours existant] et dont les répercussions se font encore sentir [aujourdhui] (2) Cest donc clair. Il sagissait, il sagit toujours de passer dun racisme scientifique à un racisme populaire pour légitimer la domination des nations faibles. Dans linconscient collectif des occidentaux (et dans le nôtre aussi) sommeille des stéréotypes, des images déformées de lautre et spécialement des Noirs, ces bons sauvages que, par humanisme, il faut civiliser. Le drame est que nous avons si bien intériorisé cette infériorisation que nous la reproduisons nous-mêmes. Il faudrait une révolution culturelle pour sen débarrasser et se forger un nouveau destin. Ce rappel historique est utile si on veut comprendre les jeux et les enjeux de lexposition de nos frères baka. Alors zoo ou humanisme? Un sauveur pour les Baka, enfin! Voici les arguments de Louis Raets, responsable de Oasis nature et initiateur du projet : il affirme que cest lors dun voyage au Cameroun quil a découvert le dénuement total des Baka et quil a investi 50.000 euros (32.750.000 F Cfa) à dans lopération. Il ajoute quil veut sensibiliser la population belge aux problèmes des Pygmées qui vivent aujourdhui comme nous il y a deux mille ans, et récolter des fonds pour construire 14 points de captage deau, 4 dispensaires et 4 écoles au Sud au Cameroun. Par ailleurs, le bienfaiteur des Baka estime que ces gens qui manifestent aujourdhui nont jamais rien fait pour les Pygmées. Il a ainsi fait le tour de presque tous les organismes daide au développement en Belgique notamment le ministère de la Coopération, le Centre national de la coopération au développement (Cncd) et la communauté française en la personne dHervé Hasquin, ministre-président (3). Voilà ce qui aux yeux de M. Raets constitue la preuve du caractère humanitaire de son exposition. Analysons ces arguments un par un :
Les deux accompagnateurs se retrouvent au centre de cette histoire rocambolesque bien malgré eux car on voit bien quils sont un peu naïfs et quils nont pas mesuré tous les tenants et les aboutissants du projet. Le soin avec lequel Mme Alem soccupe quotidiennement de ses huit frères baka dont une maman très malade est la preuve de son honnêteté et de son dévouement. Cest pour cette raison, entre autres, que le collectif de défense des Baka (CDB) créé par les Camerounais avec dautres Africains et des Belges a tenu à expliquer aux médias le 16 août dernier quil ferait tout ce qui est possible pour que les Baka ne rentrent pas les mains vides et que même après leur retour au pays, il continuerait de travailler pour leur porter assistance et plus généralement à tous les autres Pygmées du pays. |
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