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Douala, Cameroun
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Festival Katé
Les nouveaux Sawa
Danielle L. Nomba


En langues de leur terroir, la jeunesse sawa a présenté son savoir-faire culturel, entre leçons et détente.


Il est pratiquement 20 heures. Une nuée de jeunes chantant à tue-tête, au rythme des tambours et tam-tams, débouchent au parc des princes de Bali, ce 12 avril. Partis du centre Katé à Deïdo, en fin d’après-midi, les hommes en sanjas savamment noués et chemises blanches pour la plupart, et les femmes en kabas coiffées, de foulards, atteignent ainsi le site de la 7ème édition du festival culturel de la jeunesse sawa, le Katé.

Pour la circonstance, la demeure du prince Alexandre Doualla Bell -servant généralement de toilettes publiques aux badauds- est recouverte de chaux blanche. Dans la grande cour se dresse une arène formée de 63 torches de bambou (Katé en douala). Cà et là, quelques jeunes gens à la peau noircie, métamorphosé dans des vêtements faits en toile de jute, recouverts d’herbes et de morceaux de tissu multicolores, crachent le feu à tout vent. Ce sont les fontélés, l’armée de feu.

Le prince René Bell, père spirituel du katé, fait son entrée, accompagné du secrétaire général de la jeunesse sawa, Kouoh Songuè, ainsi que du chef Ndoumbè Moïse de Bonendalè I et des personnalités de la ville telles que Jean-Jacques Ekindi.

Dans un coin jusqu’ici dans l’ombre, une cinquantaine de jeunes forment une haie d’honneur. Les torches qu’ils brandissent diffusent une lueur douce. Le prince René Bell et sa suite s’y engagent. Les manifestations sont lancées par le prince René Bell himself, par l’allumage d’une torche géante de plus de deux mètres, faite de branchages et de feuillage.

Beau lutteur noir

Sons et rythmes des tambours. Les jeunes filles du Bolo ba besombè, groupe de chant et de danse du canton Bell, esquissent l’essèwè. L’assistance autour des danseurs se délecte du spectacle. Pas pour longtemps. Bien vite, les Besua, lutteurs traditionnels, investissent le cercle de torches ardentes. Ils sont dix et s’observent. A tour de rôle, ils s’empoignent deux à deux. Les perdants se retirent et les gagnants continuent jusqu’au combat final.

Elolongué Epanya Yondo ne croyait pas si bien décrire la scène dans son poème , “Beau lutteur noir”: “Tu avances tênki-tênki, comme l’oiseau hypnotisé par le regard du serpent minute [...] Entends-tu la clameur qui monte, esa! esa! esa! esa!” écrit-il. Ce soir au parc des princes, le lutteur aux reins ceints d’un pagne s’avance vers son adversaire au pas de danse, au son des tambours. Tous les deux bandent leurs muscles. Soudain, ils s’empoignent dans un corps à corps où les bras et les jambes s’emmêlent. Le principe de la victoire? Etaler son adversaire dos contre sol.

Les torses des athlètes luisent de sueur sous la lueur des torches. Au final un seul l’emportera, sous l’arbitrage des professionnels de la lutte que sont Olivier Mbella, champion de lutte du Ngondo en 1997, et Christian Mbodi, double champion national de lutte gréco-romaine et quadruple champion du Ngondo qui sera détrôné en 1997.

Héritage culturel

“Esanja minam” (la corbeille des bénédictions) est la pièce de théâtre qui clôture l’essentiel du festival ce soir. Elle relate l’histoire d’un ancêtre qui voit ses enfants dilapider l’héritage qu’il leur a laissé. On brade les terres et autres richesses. Les enfants à venir sont ainsi spoliés de tout héritage.

“Il ne nous reste plus rien” se lamentent les acteurs, exprimant par leur voix le désarroi de la jeunesse actuelle. Sa résolution aussi: “le Sawa cosmopolite par nous se construit”, clament-ils fermement. Car il reste tout de même quelque chose à cette jeunesse, peut-être l’essentiel: “la tradition”, que le Katé se charge de leur transmettre.

A Suivre

Mercredi, 17 avril
Centre Katé (rendez-vous)
- apprentissage de la culture et la tradition sawa pour tous (19h)

Jeudi, 18 avril
Espace Doual’Art (rendez-vous)
- projection vidéo et débat sur les arts plastiques (16 h)

Vendredi 19 avril
Maison des jeunes et des cultures
- séminaire de formation sur la démocratie et la transparence électorale, qui se poursuit également le 20.

Samedi, 20 avril
Centre culturel Blaise Cendrars
- animation littéraire sur Victor Hugo (10h30)
- café littéraire sur le thème de la coopération française , animé par Robert Tabarant, conseiller culturel à l’ambassade de France (17h)


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