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L’éclairage
La loi des tuteurs internationaux
Shanda Tonme


Même si la guerre froide a officiellement pris fin, la géopolitique internationale demeure marquée par une répartition explicite des zones d’influence entre les principales puissances mondiales. L’erreur de certains analystes et de certains dirigeants imprudents, est justement de penser que l’ouverture des relations internationales sur la philosophie de la mondialisation, entraîne de facto un affranchissement des liens historiques de vassalité diplomatique.

Le coup d’Etat qui vient d’être déjoué de justesse au Venezuela, rappelle de façon brutale à tous ceux qui avaient tendance à oublier les notions d’arrière cour et de pré carré, qu’aucun dirigeant politique ne peut se maintenir à la tête d’un Etat, s’il entreprend de s’attaquer systématiquement aux intérêts établis des puissances tutélaires.

Hugo Chavez qui a été renversé puis réinstallé dans son fauteuil, n’est pas seulement un chef d’Etat atypique dans l’arrière cour latino américain, il constitue depuis longtemps une menace grave, précise, et certaine contre les intérêts des Etats-unis dans la région. Son action, ses déclarations et ses sorties internationales, ont pris l’allure et la signification d’un défi voire d’une provocation à l’endroit de la Grande Amérique.
C’est le Président qui trouve en Saddam Hussein, Castro et Kadhafi, les meilleures références. Prenant ainsi le contre - pied d’une ligne de conduite dans le monde caractérisée par une crainte des Etats - unis, le président étale un internationalisme digne des révolutionnaires romantiques des années 1960. Ses dernières initiatives dans le domaine de la gestion du pétrole, ont définitivement convaincu l’Amérique qui importe 80% de la production vénézuélienne, qu’il était temps de mettre fin à son règne remuant. Comme au Chili en 1973, les services secrets américains ont financé et soutenu les syndicats qui à leur tour, ont paralysé le pays, et suscité l’intervention des généraux. Hélas tout ne s’est certainement pas passé comme prévu. Pour une fois, les Etats - unis ont joué et perdu.

Le cas de Hugo Chavez, rappelle, dans des termes complètement identiques, celui de Pascal Lissouba, l’ancien Président du Congo Brazzaville démocratiquement élu qui fut renversé par un certain Sassou Nguesso sur les injonctions de la France. Sans doute plus tourné vers une vision romanesque de l’exercice du pouvoir que mu par une lecture pratique de la complexité des enjeux qu’il intègre, Lissouba se laissa aller dans la croyance selon laquelle il pouvait retoucher les contrats d’exploration et d’exploitation pétrolières de son pays, y compris en trouvant de nouveaux partenaires en dehors du giron français.

Ce sont sans doute les données de base de la coopération entre les grandes puissances qui ont changé, et non les principes essentiels d’appropriation et de domination concertée et contrôlée des espaces géographiques. En effet, le président vénézuélien qui en dépit de l’échec du coup d’Etat revient vraiment de loin, passe pour un populiste irréaliste.

Chavez constitue incontestablement un caillou dans la chaussure américaine en Amérique latine et centrale. Sa chute est depuis longtemps programmée comme une urgence par les responsables diplomatiques les plus avisés dans le monde. Les plus renseignés pensent d’ailleurs que le coup d’Etat qui vient d’être déjoué aurait dû intervenir plus tôt, n’eut été l’irruption de la tragédie du 11 septembre. Ce que cet événement porte plus loin comme message, c’est la démonstration de la résolution de la Maison Blanche à frapper fort et sans aucune gêne, tous ceux qui voudront résister à son hégémonie. La presse internationale s’empresse à cet effet de relever que Chavez n’avait démontré que très peu de compassion après les attentats du 11 septembre, et par ailleurs, ne s’est pas associé ouvertement au vaste programme de lutte contre le terrorisme.

Si le coup de force manqué au Venezuela semble encore plus important, c’est par rapport à l’évolution générale du monde dans les cinq ou dix prochaines années. Les américains qui ont maintenant positionné des troupes actives en situation de combat dans une dizaine de pays périphériques à travers le monde, donnent clairement l’impression de ne pas craindre le risque d’une confrontation généralisée. Washington en faisant le choix de la force partout, reconstitue ou réactive petit à petit toutes ses bases jadis éparpillées sur plus de 350 sites et dans toutes les régions de la planète. Quelles seront les conséquences à terme ?

Au Congo Brazzaville, le régime de Sassou n’est rien d’autre que la volonté des barbouzes de la françafrique parisienne. Les médias occidentaux qui se félicitent vite de l’arrivée de ces mercenaires qu’ils qualifient de recours utiles, feignent d’ignorer le cycle de dangers et de troubles qui se profile à l’horizon. L’échec au Venezuela pourrait amorcer un mouvement de reflux défavorable aux Etats - unis.

L’union européenne et la suite de ce que l’on appelle bailleurs de fonds ou partenaires de développement, ont très vite salué « le retour de la paix à Brazzaville », allant jusqu’à dire même que l’élection de Sassou Nguesso a été honnête. Or tout le monde voit ce qui se passe sur place depuis quelques jours. Une partie importante de la population a repris les armes pour contester le pouvoir d’un homme qui a renversé par la force, un président démocratiquement élu. Au Venezuela, on veut nous faire croire que le coup de force des militaires a été voulu par le peuple. Les liesses populaires après l’échec du coup constituent un vibrant démenti. Pourquoi ne renverse-t-on pas, en dehors du processus électoral, un Président de pays occidental lorsqu’il s’égare avec autant d’inconsistance que Bush au Proche orient?

L’enseignement fondamental c’est que si les aspirants révolutionnaires d’Afrique ou d’ailleurs ne prennent pas la précaution de bien maîtriser la géopolitique des réseaux d’influence des grandes puissances, ils courent le risque de finir comme Lissouba et Chavez. Il faudrait donc penser à concevoir un niveau acceptable de compromis entre les idéaux nationalistes d’une part, et les exigences de la géopolitique internationale d’autre part.


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