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Société civile et réduction de la pauvreté
Société civile et
réduction de la pauvreté
Sévérin Cécile ABEGA,
Editions CLE, Yaoundé, 1999, 6 000 F CFA
Le livre bien documenté est introduit par une anecdote qui met en scène le mouvement spontané d'un groupe de femmes, sorties de l'anonymat à Douala pour protester contre une décision de l'administration coloniale en 1931 selon laquelle elles devaient désormais payer l'impôt. Ce genre d'anecdote, il y en a plusieurs dans ce pays où la protestation est devenue monnaie courante. Mais ce qui fait l'originalité de celle-ci, c'est qu'elle est citée en introduction d'un livre dont le titre semble ne pas avoir de relation directe avec un tel mouvement populaire. Que non ! La société civile commence là où la conscience d'un groupe, d'une association ou d'un mouvement naît en dehors des structures de l'Etat.
Le livre de Sévérin Cécile ABEGA décrit la société civile dans un pays précis, le Cameroun. Pour lui, l'une des tâches principales qui incombent à la société civile est celle de la réduction de la pauvreté. Si la société civile par définition correspond à toute entité, tout mouvement en dehors des structures étatiques, cette tâche constitue un véritable défi. Parce que d'une part, les structures de l'Etat contrôlent tout le processus ou presque de création d'emplois et de génération des ressources et, d'autre part, la société civile "se caractérise au Cameroun par un contraste frappant entre un réel dynamisme visible dans la multiplicité des organisations et des associations créées par les groupes à la base ou des acteurs sociaux importants tels les cadres, les élites, les mouvements religieux et les intellectuels, et la faible mobilisation sociale, résultat de l'hétérogénéité des structures sociales et de l'administration autoritaire du pays après la période coloniale. A cette faiblesse, on peut ajouter une drastique paupérisation qui empêche les citoyens de participer pleinement aux activités associatives. On relève aussi la confusion créée par l'oppoptunisme financier, les inféodations particularistes à caractère politique, régional, ethnique ou religieux".
Société civile et réduction de la pauvreté définit d'abord le cadre et l'environnement du pays, évoque la structure, l'évolution et les perspectives démographiques d'une population camerounaise en pleine expansion. Le cadre socio-historique, les conditions d'émergence d'une société civile font ensuite l'objet d'un sérieux diagnostic du professeur ABEGA. L'économie camerounaise est également passée en revue dans cet ouvrage avec une certaine aisance et une facilité dans la manipulation des statistiques, ce qui pourrait amener le lecteur à croire qu'il a affaire à un économiste. Pourtant, le professeur ABEGA est un anthropologue qui dresse le tableau clair d'une société civile camerounaise qui a de la peine à trouver ses marques. La conclusion de cette remarquable contribution apparaît dès lors comme une évidence: "Cette foule qui ne sait pas faire foule, cette foule étonnamment passée à côté de son cri, le seul cri qu'on eût aimé l'entendre crier, cette foule d'Aimé Césaire est la société civile camerounaise d'aujourd'hui, ou ce qu'il est convenu d'appeler ainsi."
Pour en savoir plus :
- GAUTIER C., L'invention de la société civile, PUF, 1993.
- COLAS D., Le glaive et le fléau: généalogie du fanatisme
et de la société civile, Grasset, 1992.
- GATSI J., La société civile au Cameroun, PUA, Yaoundé,
2001.
- KENGNE FODOUOP, Les métiers de la rue et l'emploi: le cas de Yaoundé,
SOPECAM, 1991
- LELART M., La tontine, Montrouge, 1990. MVENG E., L'Afrique dans l'Eglise,
paroles d'un croyant, Paris, l'Harmattan.
- MOUMIE-ETIA L., Cameroun: les années ardentes, Paris, Jalivres,1991.
- MAXIME HAUBERT et PIERRE PHILIPPE REY, Coordinateurs,
- Les sociétés civiles face au marché. Le changement social
dans le monde postcolonial, Paris, Karthala, 2000.
Roger KOUAM, Documentaliste