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Le partenariat international :
Un défi pour la société
civile Africaine
Maurice TADADJEU
Le partenariat international pour le développement constitue un défi majeur auquel la société civile africaine doit résolument faire face. L'enjeu consiste à pouvoir traiter d'égal à égal avec les partenaires du Nord. Mais jusqu'à quand les partenaires occidentaux resteront-ils les décideurs principaux dans le partenariat international pour le développement ? Jusqu'en 2015, date butoir des grands objectifs internationaux de développement ?
Il est évident pour tout le monde, depuis l'époque coloniale, que dans le cadre des relations intergouvernementales, d'Etat à Etat, entre les ONG du Nord et celles du Sud, même entre les Eglises du Nord et celles du Sud, les décisions sont principalement prises, d'une manière ou d'une autre, par les partenaires du Nord. Le cas de l'Afrique est même plus grave parce que, sur un grand nombre d'actions internationales, le Nord ne nous consulte même pas. Bien plus, nous nous auto-censurons très souvent. De plus nous manquons souvent à l'appel de l'Histoire. Sinon, comment comprendre qu'avant la Conférence de Durban contre le racisme, aucun Etat africain n'ait déclaré la Traite Négrière comme un crime contre l'humanité ? Ne parlons même pas de la colonisation (qui est l'autre crime contre l'humanité et que nous avons tant peur de dénoncer comme tel).
En prenant les Organisations Non Gouvernementales (ONG) comme référence de cette réflexion, on peut se demander s'il y a un véritable partenariat entre les ONG du Nord et les ONG africaines en matière de développement ? N'y a-t-il pas plutôt, dans une certaine mesure, une forme de colonialisme larvé qui ne dit pas son nom ? Sinon, on devrait pouvoir citer des exemples de grandes propositions originales émanant des ONG africaines et adoptées, puis appliquées par nos partenaires du Nord, en notre faveur.
A quand donc un vrai partenariat où les partenaires sont des égaux ? Il faudrait arrêter une date butoir pour la fin du pseudo-partenariat à sens unique. Il faudrait voir dans quelle mesure la législation peut nous aider à évoluer dans ce sens. L'année 2015 pourrait constituer une date butoir, tout au moins pour fixer les idées et planifier des actions communes marquantes.
Rôle particulier de la société civile africaine
On peut se demander quel est le rôle particulier que la société civile peut jouer pour équilibrer les rapports des forces dans le partenariat international pour le développement.
Il est évident que les ONG jouent actuellement un rôle de locomotive de la société civile au Nord comme au Sud.
C'est ainsi que le courant d'anti-mondialisation, qui est bon pour l'Afrique, est né en Occident et a forcé l'attention des gouvernements occidentaux. Aux Nations Unies, le Forum du Millénaire des ONG (mai 2000) a puissamment contribué au contenu du Sommet du Millénaire (septembre 2000) et a donné naissance au Forum Mondial de la Société Civile qui fait son bonhomme de chemin. A Durban, des représentants de la société civile ont été autorisés à prendre la parole à la tribune officielle qui était jusqu'ici réservée aux seuls représentants des Etats. C'est dire que le rôle joué par les ONG tout au long de la décennie 90, particulièrement dans le cadre des Sommets Mondiaux des Nations Unies, débouche progressivement sur un partenariat statutaire, institutionnalisé, entre les Etats et la société civile. Mais l'équilibre des forces entre le Nord et le Sud n'y est pas encore. Peut-être est-ce parce que nous sommes ici dans le domaine des relations internationales où seul le rapport des forces prévaut.
Mais il faut aussi reconnaître que les Organisations de la Société Civile (OSC) africaines ne jouissent pas encore de la même considération auprès de leurs gouvernements respectifs que leurs surs du Nord. En fait, rien n'empêche les Etats africains en particulier de légiférer sur la prééminence décisionnaire des OSC africaines sur celles du Nord, en matière de développement. Ceci permettrait à la société civile africaine de mieux jouer son rôle dans un rapport des forces plus équilibré.
Vision originale du développement africain
Pour pouvoir jouer efficacement son rôle dans le partenariat international, la société civile africaine doit promouvoir une vision globale et originale du développement africain.
En effet, c'est aujourd'hui un lieu commun que de dire que l'Afrique doit prendre son destin en main. C'est également un lieu commun que de dire que l'Etat ne peut pas tout faire. En fait, dire que l'Etat ne peut pas tout faire revient à dire que l'Etat n'a pas le monopole d'élaboration de la vision globale du développement, encore moins celui du modèle social. La société civile, en tant que partenaire de l'Etat, a l'obligation morale de contribuer à l'élaboration de la vision globale du développement national et continental.
Mais, que constatons-nous ? Que beaucoup trop d'organisations de la société civile africaine font du suivisme : suivisme derrière l'Etat et les gouvernements; suivisme derrière les organisations internationales ; suivisme derrière leurs homologues occidentales. Ainsi on parlera d'Ajustement Structurel parce que c'est le mot d'ordre de la Banque Mondiale, du FMI et des gouvernements. On parlera de la lutte contre la pauvreté comme si elle allait automatiquement générer un modèle social, fondement authentique du développement. On s'attachera à l'initiative PPTE comme si c'était la locomotive du développement national, etc.
La société civile africaine est (encore) à l'image de l'Afrique actuelle: pauvre, dépendante, largement suiviste. Elle fait même dans l'épicerie du développement. Ses sociétés savantes, qui devraient être ses éclaireurs, sont encore absentes de la ligne de front.
Mais, il faut reconnaître pour s'en réjouir, que cette société civile progresse quand même dans ses efforts d'auto-organisation, secteur par secteur, aux niveaux national, sous-régional, régional et continental. Ainsi l'Organisation de la Société Civile Africaine (OSCA) est née à Yaoundé en mai 2001 et fait son chemin, lentement et sûrement. Au niveau du Cameroun, un Comité de Suivi pour l'Organisation de la Société Civile Camerounaise (OSCA-Cameroun), mis sur pied en juillet 2001, est à pied d'uvre pour créer cette organisation faîtière nationale au courant de l'année 2002.
Par ailleurs, le Forum des ONG de Développement au Cameroun (FONGDEC), qui regroupe près d'une quarantaine d'ONG, sert déjà de noyau référentiel d'une organisation nationale.
Enfin, il est important de réfléchir pour savoir comment la société civile africaine va participer au plan d'action de l'Union Africaine, appelé aujourd'hui Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique (NEPAD), précédemment appelé Nouvelle Initiative Africaine (NIA). En d'autres termes, comment les Etats africains, à commencer par les initiateurs du NEPAD, vont-ils concrètement intégrer la société civile, comme partenaire, dans la mise en uvre de ce plan ?
Dès août 2001, l'OSCA a proposé aux Etats initiateurs et à l'Etat camerounais, un document devant servir de base du volet de la société civile africaine dans le NEPAD. C'est un document qui, entre autres, promeut une vision globale et originale du développement de l'Afrique, à savoir celle de la Renaissance Panafricaine. Des démarches auprès des institutions des Nations Unies à Genève pour obtenir leur appui nous ont révélé en octobre 2001, à juste titre, que sans aval des Etats africains, il serait difficile au système des Nations Unies d'appuyer la participation de la société civile au NEPAD. Par contre, avec un tel aval, le partenariat entre les institutions de l'ONU et la société civile africaine pour la réalisation du NEPAD serait tout acquis.
Il y a des choses que les ONG et la société civile ne peuvent pas bien faire sans aval des Etats et des gouvernements. Le partenariat international en général, et en matière du NEPAD en particulier, fait partie de ces choses-là. La société civile africaine doit aujourd'hui relever le défi du partenariat international afin de contribuer, de manière marquante, à la renaissance et au véritable développement de l'Afrique.