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Nouvelle Initiative pour l'Afrique :
La société civile
au front
Dr Jacqueline NKOYOK
Quelque 50 000 personnes ont pris part au deuxième Forum Social Mondial (FSM) qui s'est déroulé du 31 janvier au 5 février dernier, à Porto Alegre au Brésil. Parmi elles, près de 200 représentants de la société civile africaine qui, avec les antiglobali-sationnistes d'autres continents, ont planté des jalons pour l'avènement d'un monde meilleur.
Le rôle et l'importance de la société civile sont reconnus aujourd'hui partout dans le monde.Les dirigeants africains pour la plupart ont intégré cette nouvelle réalité dans leur agenda. La charte sur la participation populaire adoptée à Arusha en 1990 marque cette reconnaissance en même temps qu'elle ouvre la voie à de nombreuses initiatives en faveur de notre continent dont la Nouvelle Initiative pour l'Afrique aujourd'hui baptisée Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique, de son acronyme anglais NEPAD.
Le traité instituant la communauté économique africaine dans son article 90 stipule qu'elle doit mobiliser les ressources humaines et matérielles de l'Afrique et établir des relations de coopération avec les ONG africaines afin de stimuler, d'encourager l'implication cruciale des peuples africains dans le processus de l'intégration économique. En réponse à ces exigences, plusieurs pays d'Afrique ont créé des cadres juridiques d'intervention des ONG et de la société civile en général. D'autres aussi, pour des raisons multiples, ne l'ont pas encore fait.
Pendant ce temps, l'Afrique reste traversée par une grave crise socio-économique : la plupart des programmes sont conçus dans l'urgence (aide humanitaire, SIDA, programme post conflit etc.) ; la détérioration des conditions économiques obligent à l'abandon de secteurs clés de la vie sociale (éducation, santé, emploi, etc.). Les conflits se multiplient, la criminalité augmente, les déplacements massifs des populations s'accentuent, la corruption gangrène le tissu social, les pays riches sont de plus en plus sollicités par de nouveaux émigrants, la paupérisation et la marginalisation s'installent.
Pour le sauvetage de l'Afrique
Les Nations Unies dénombrent plus de 300,000,000 d'affamés en Afrique actuellement. Ce chiffre, selon les mêmes sources, pourra doubler dans les 10 ans si rien n'est fait. Pire encore, la Banque Africaine de Développement, dans son rapport sur le développement à long terme de l'Afrique, révèle que celui-ci devrait croître de 4% au moins pour assurer la sécurité alimentaire à plus d'un milliard d'habitants à l'horizon 2020, ce qui montre que l'Afrique a besoin véritablement d'une aide accrue, exceptionnelle pendant au moins 15 ans pour pouvoir opérer des réformes nécessaires à son développement. Or il est amer de réaliser qu'aujourd'hui l'aide au développement diminue considérablement. Les investissements globaux, détenus à 80 % par les pays de l'OCDE en direction des pays en développement, se chiffrent à plus de 5 milliards de dollars et l'Afrique au sud du Sahara ne bénéficie que de 3 milliards qui sont d'ailleurs absorbés par les pays producteurs de ressources minières et minérales, qui deviennent des foyers des tensions en Afrique comme le démontrent les recherches de PAC sur l'exploitation des diamants (en Sierra Léone, au Congo et autres )
S'agissant de la dette, bien que l'Afrique ait déjà remboursé deux fois le montant de sa dette extérieure entre 1980 et 1996, elle se retrouve trois fois plus endettée qu'il y a 18 ans ; en 1996 la dette s'élevait à plus de 323 milliards environ de dollars (Discours de KOFI ANNAN à TICAD II) alors qu'en 1980 elle n'était que 84,3 milliards. Entre temps, l'Afrique pour le service de la dette, paye 4 fois au moins le montant de ses budgets de santé et d'éducation. Les pays empruntent pour rembourser, et l'aide publique octroyée par les pays du Nord est réutilisée pour rembourser les institutions financières internationales, y compris d'ailleurs les ressources (PPTE) prétendument destinées à l'amélioration de la vie des populations.
Devant un tableau aussi noir, la Nouvelle Initiative pour l'Afrique milite pour le sauvetage de l'Afrique. Tout en reconnaissant l'importance de l'appui des pays du Nord, elle estime que le bilan de l'aide au développement durant les quatre dernières décennies a été négatif. Il faut renverser cette tendance. L'adhésion à cette cause est manifeste aussi bien au sein des gouvernements que des organisations de la société civile.
Pour certains, l'expansion du libre échange semble être la meilleure voie et les procédures de cette approche sont les plans d'ajustement structurels qui, dans la recherche des équilibres macro-économiques, ont conduit à la réduction des dépenses publiques de la plupart des pays d'Afrique et à l'obligation d'ouvrir les marchés. Mais pour le moment, cette approche s'est surtout soldée par la déconfiture des économies et a plutôt favorisé les multinationales et le secteur bancaire expatrié, en entraînant la faiblesse ou l'absence des planifications internes du développement.
A cette approche, la société civile africaine propose une alternative. Les causes de la paupérisation étant liées aussi bien aux facteurs internes qu'externes, il s'agit fondamentalement de constituer des alliances fortes entre la société civile africaine et la société civile du Nord afin de faire le plaidoyer pour pouvoir s'attaquer au fléau de la pauvreté en Afrique. Ainsi avec Partenariat Afrique Canada (PAC), le Comité de Liaison des ONG Européennes (CLONG), la coalition des ONG asiatiques et les groupes de travail constitués en collaboration avec les institutions africaines (CEA, BAD, OUA etc.), la société civile trouve un espace pour apporter sa contribution aux efforts de reconstruction de l'Afrique.
Avec ces alliances et groupes de travail, la société civile africaine a par exemple revu :
Ce travail a porté des fruits sur plusieurs points :
Mais le défi actuel, c'est de travailler en collaboration avec les gouvernements
pour combattre les causes structurelles de la pauvreté à travers
la conception des politiques viables, la gestion efficace des ressources publiques,
la gestion des emprunts publics. C'est dire qu'il faut domestiquer et placer
dans le contexte africain la bonne gouvernance, les droits de l'Homme et la
démocratisation.